l@s zapatistas no están sol@s.

Infos

Esta es la nueva pagina de europa Zapatista : Contiene noticias y artículos publicados en los sitios web y blogs de los diferentes colectivos europeos solidarios con l@s zapatist@s y con los de abajo y a la izquierda. Permitiendo así colectivizar e intercambiar la información desde nuestros rincones.

Estado de la pagina

Número de artículos:
10  15  20 

 

[Mexico] Fernando Barcenas : « Je ne reconnais pas la prison et je ne veux pas qu’elle soit améliorée ».

reclunorte

Depuis la prison Nord de la ville de Mexico – ReNo

Une fois de plus l’institution carcérale a cherché à me dissuader et à affaiblir mes convictions rebelles en ordonnant mon transfert au Centre d’Exécution des Sanctions Pénales. Cela s’est fait avec l’approbation du Tribunal pénal 43, qui a fait parvenir le jugement déterminant signifiant que je ne pouvais plus rester dans le Pénitencier Nord puisque ma condamnation était devenue définitive. Sous la direction de Rafael Oñate Farfán, l’administration précédente a eu de nombreux motifs de voir ses intérêts menacés par les troubles répétés ainsi que les protestations à l’intérieur de la prison ; il savaient parfaitement que quel que soit l’endroit où ils m’enverraient, ils rencontreraient le même conflit et la même remise en question permanente des normes quotidiennes, sachant que peu importait l’endroit, il y aurait toujours des tentatives d’insurrection.
Ils ont pu s’en rendre compte dans la zone 3 du module d’entrée et dans la zone 7 et 5 de « mise à l’écart et de sécurité institutionnelle » du module du C.O.C (Centre d’observation et de sélection).

Chaque fois que je me suis révolté ils ont essayé de jouer avec moi, essayant de me faire croire qu’ils étaient mes amis, jusqu’à ce que je sois parfaitement ferme et que je leur fasse clairement connaître ma position face aux circonstances auxquelles j’étais confronté ; l’agression contre les surveillants s’est avérée alors une obligation pour ma survie ici à l’intérieur, faire que la révolte consciente à l’intérieur de ces murs devienne une nécessité constante.

C’est ainsi qu’après deux ans de mise à l’écart dans les zones de « Sécurité Institutionnelle », ils m’ont servi un nouveau châtiment déguisé en « privilège » : mon transfert au Centre d’Exécution des Sanctions ou Annexe Nord, zone dans laquelle les prisonniers sont soumis au chantage avec la promesse de leur liberté en échange d’une parfaite obéissance au régime carcéral, qui inclut de façon obligatoire l’esclavage et les travaux forcés, car il est impossible de protester vu que le travail de domestication inclut aussi le lavage de cerveau, nous faisant croire de la sorte que c’est une chance qui nous est offerte. Mais pour cela, il est indispensabe que nous nous sentions coupables et que nous nous repentions tout le temps, tout en remerciant la miséricorde du système pénal. Par contre, si tu refuses d’accepter la domestication alors tu es menacé d’être transféré aux Tours de Haute Sécurité (équivalent des Q.H.S.) ou au pénitencier.

Pour toutes ces raison en arrivant et après avoir été présenté à l’administration, j’ai refusé le « traitement », en refusant de signer le contrat des droits et obligations, et en refusant également de recevoir un matelas, des vêtements et tout autre type de choses qui auraient pu me compromettre à respecter cette institution. Je ne reconnais pas la prison et je ne veux pas qu’elle soit améliorée.

Ces comportements ont provoqué mon nouveau transfert très tôt à l’aube pour être de nouveau conduit au pénitencier Nord, et à ma surprise on ne m’a pas conduit au module d’entrée comme c’est normalement le cas lors d’un retour avant d’être ensuite conduit vers la zone des dortoirs. J’ai en fait été directement conduit à la zone 7 de Sécurité Institutionnelle, où j’avais été jusqu’à présent mis à l’écart.

Tout cela me redonne envie d’écrire et donc de réfléchir sur la prison qui représente de fait nos relations quotidiennes et dont chaque conflit ouvre une infinité de possibilités pour la détruire.

Fernando Bárcenas
13 février, 2017

Lire également : [Mexico] Fernando Barcenas a été transféré au Centre Nord d’Exécution des Sanctions Pénales + Lettre

Traductions Amparo, Les trois passants / Corrections Valérie

____________________

FERPORTLe 9 février 2017 Fernando Bárcenas Castillo a été transféré depuis le Pénitencier Préventif Nord pour hommes au Centre Nord pour hommes d’Exécution des Sanctions Pénales, c’est de cette prison que le compagnon n’a cessé d’exprimer son rejet du régime pénitentiaire ainsi que son clair refus de participer à ce que cette juridiction nomme “réinsertion sociale”.


Rassemblement pour la mémoire des victimes de disparition au Mexique & dans le monde

tags : mexique, pl-fr,
Bonjour,

Le lundi 20 février, à l’occasion de la Journée mondiale de la justice sociale, le collectif Paris-Ayotzinapa et Libera France (ONG italienne anti-mafia) organisent un rassemblement pour la mémoire des victimes de disparition au Mexique et dans le monde:
Aucun texte alternatif disponible.
Place de la République - 18h00
« Où sont-elles ? Où sont-ils ? Où sont tou.te.s nos disparu.e.s ?»
https://www.facebook.com/events/396019857425693/


Nous voudrions faire de cette journée une occasion de rencontre entre les collectifs et les associations qui travaillent sur le thème des disparitions (en Amérique Latine comme en Algérie, en Égypte, en Libye, en
Syrie, au Sri Lanka ou dans la Méditerranée, pour ne citer que quelques exemples). L’idée est de partager une action de sensibilisation et d’unir nos forces autour d’un objectif commun : briser le silence et l’indifférence quasi-générale, dénoncer l’impunité et la complicité des gouvernements et des forces de sécurité, rappeler les noms, les
histoires et les visages de toutes ces personnes qui nous manquent.

Venez nombreux et solidaires ! Le rassemblement se veut pluriel et participatif : venez avec les histoires et les portraits de vos disparu.es, vos tracts et vos banderoles (mais pas de drapeaux ou logos de partis politiques !).

Merci de nous confirmer votre présence et de nous dire si vous souhaiterez faire une prise de parole.

Pour toute question, écrivez-nous par mail : parisayotzi@riseup.net Pour partager cet événement sur les réseaux sociaux :
https://www.facebook.com/events/396019857425693/

N’hésitez pas à relayer cette invitation à tous ceux qui pourraient être
intéressés.

Un abrazo solidaire,

Collectif Paris-Ayotzinapa

***

« OÙ SONT-ELLES ? OÙ SONT-ILS ? OÙ SONT TOU.TE.S NOS DISPARU.E.S ?»

Dans cette journée mondiale de la Justice Sociale nous voulons rappeler
toutes les personnes qui disparaissent dans le monde. Enlevés en raison de
leurs opinions politiques, ou par le simple fait que chez eux les réseaux
criminels grandissent au même temps qu'une impunité généralisée. Au
Mexique, comme en Algérie, en Colombie, en Égypte, en Libye, en Syrie, au
Sri Lanka ou dans la Méditerranée, des milliers de personnes continuent à
disparaître. Que les auteurs de ces actes portent ou pas l´uniforme de
forces de sécurité, le résultat est le même : la terreur pour les
populations et la désintégration des liens sociaux.

Le problème des disparus est l'un des phénomènes les plus violents en
termes de justice sociale, d´autant plus que il est très souvent
accompagné de différents types d'exclusion, soient-ils d'ordre
économique, sexuel, racial ou migratoire. Dans ce contexte, les
revendications de la journée de la Justice Sociale, qui vise à
promouvoir l’égalité de droits et l’accès aux bénéfices économiques sans
discriminations, semblent plus que jamais indispensables. Il faut
repartir à la recherche de justice, à la recherche de ces traces de
mémoire pour dignifier toutes ces personnes qui nous manquent.

LES DISPARITIONS FORCÉES AU MEXIQUE

Les meurtres dus à la « guerre contre les drogues » imposée au Mexique
depuis 2007 cachent un autre drame moins connu : il s’agit de dizaines de
milliers de personnes - jeunes, pour la plupart - disparues sans laisser
de trace. Selon les chiffres du gouvernement, elles seraient 29.903, mais
les chiffres réels sont certainement plus élevés, car beaucoup de familles
n’osent pas déposer une plainte formelle par crainte de représailles. En
effet, beaucoup de ces disparitions sont « forcées », ce qui signifie
qu’elles sont perpétrées par des agents de l’État - notamment des
policiers ou des militaires - ou par des personnes agissant avec leur
aval.
Bien que la situation ait atteint une dimension de crise humanitaire, les
autorités parlent de « cas isolés » et généralement ne donnent aucune
suite aux sollicitations des familles. Au contraire, elles
cherchent à entraver leurs recherches, à criminaliser les victimes et à
dissimuler l’implication des fonctionnaires publics.
Incapables de faire le deuil, soumises à l’hostilité de l’État et à
l’indifférence de la société, les familles des disparus sillonnent le pays
à la recherche de leurs proches, enquêtent à la place des autorités et
encourent d’énormes risques pour parvenir à la vérité. Leur lutte est
celle de nous tou.te.s.

Chiapas: convocan al reconocimiento jTatik Samuel jCanan Lum 2018

tags : 2018, pl-fr,
@ foto Denuncia Publica
dsc09529
El pasado 26 de enero, en San Cristóbal de Las Casas, se lanzó la convocatoria al reconocimiento jTatik Samuel jCanan Lum 2018. Se se hace extensiva esta convocatoria a las organizaciones sociales y civiles, a iglesias y grupos religiosos, colectivos y grupos de base, para participar en la promoción y presentación de candidatos y candidatas para recibir el reconocimiento en el 2018 en el marco de su sexta entrega.


El “Reconocimiento jTatic Samuel jCanan Lum” tiene como objetivo reconocer el trabajo de mujeres y hombres, organizaciones y colectivos que se han caracterizado por su contribución al pueblo en la construcción de alternativas comunitarias y/o regionales, así como por su trabajo a favor de la unidad y la transformación social pacífica, además de difundir y animar este trabajo.

La sexta entrega se va a tomar lugar en enero 2018. El reconocimiento tiene su raíz en el año de 1999, cuando a 40 años de servicio en la Diócesis de San Cristóbal de las Casas, de caminar y defender a los, entonces, más pequeños del sureste mexicano, los pueblos Zoque, Chol, Tojolabal, Tsotil, Tseltal de Chiapas reconocieron a Tatik Samuel Ruíz como jCanan Lum/Cuidador del pueblo.

Para más información:

Salen de las mesas de trabajo contra el megaproyecto de mina en el soconusco

tags : pl-fr, trabajo,
Résultats de recherche d'images pour « l Frente Popular en Defensa del Soconusco 20 de Junio »


Comunicado del Frente Popular en Defensa del Soconusco 20 de Junio (FPDS) - Acacoyagua, Chiapas, a 16 de febrero del 2017

A 143 días de campamento, el FPDS salimos de las mesas de trabajo con el gobierno por ignorar nuestras exigencias

  • El Frente Popular en Defensa del Soconusco 20 de Junio (FPDS) llevamos 143 días y nos mantenemos en campamento en Acacoyagua para exigir el cierre de la mina "Casas Viejas" de la empresa El Puntal S.A. de C.V. así como la cancelación de las 13 concesiones mineras que existen en el municipio.
  • El FPDS decidimos suspender las mesas de trabajo que iniciamos en octubre con el gobierno de Chiapas con el objetivo de investigar la legalidad de los proyectos mineros, por no cumplirse con los acuerdos establecidos durante el proceso.
  • Denunciamos los conflictos comunitarios causados por la protección del gobierno a la minera del El Puntal S.A. de C.V.


El FPDS llevamos 143 días manteniendo dos campamentos en Acacoyagua en la entrada de la mina de titanio "Casas Viejas" de la empresa El Puntal S.A. de C.V., ubicada entre las comunidades Magnolia, Los Cacaos y Satélite Morelia. Emprendimos esta acción el 26 de septiembre del 2016 al ver que el presidente municipal de Acacoyagua, el Ing. Patricio Eli Matias, no estaba cumpliendo con la Declaratoria de Municipio Libre de Minería que él mismo había firmado en agosto del 2015. Este documento lo comprometía a revocar la licencia de "Casas Viejas" y de los otros 2 proyectos mineros en actividad en el municipio, además de no otorgar licencia a las 10 concesiones mineras restantes en Acocayagua.
Anunciamos que decidimos suspender las mesas de trabajo iniciadas con el gobierno de Chiapas en octubre del 2016 en paralelo de nuestro bloqueo. Como ya lo habíamos informado, pocos días después de instalar nuestros campamentos, los representantes de la Subsecretaria de Gobierno Región X Soconusco de Chiapas nos convocaron a dichas mesas de trabajos, a las cuales aceptamos participar como FPDS ya que habíamos acordado esos tres objetivos que no fueron respetados:
a) Abrir un espacio de trabajo multidisciplinario para la revisión técnica y legal del proyecto "Casas Viejas" y para tomar las medidas necesarias ante los daños a la salud y al medio ambiente causados por el proyecto en Acacoyagua y en las reservas naturales de El Triunfo y La Encrucijada;
b) Solicitar estudios para la atención a la salud y a la contaminación de los ríos de Acacoyagua;
c) Realizar un protocolo de investigación de los impactos a la salud por la minería coordinado por especialistas y académicos con el fin de atender los casos de muertes por cáncer y enfermedades en la piel en Acacoyagua.
Desde el inicio de las mesas, el Prof. Lugardo López, Subsecretario de Gobierno Región X Soconusco de Chiapas, y el Lic. Ramón Miranda, Delegado de Gobierno, pretendieron convocar a los representantes de las empresas. Desde entonces expresamos nuestra oposición a sentarnos en un mismo espacio de trabajo por lo siguiente: el papel de las instituciones de gobierno es actuar a favor de los derechos de los/as habitantes ante su violación; no debe ser el promover técnicas de disuasión para el beneficio de las empresas, ni de encontrar soluciones que permitan  a la minera evadir sus responsabilidades.
Desde el inicio, advertimos al gobierno que la empresa El Puntal S.A. de C.V. lleva varios años intentando generar división comunitaria en los ejidos de Acacoyagua; le informamos también sobre los procesos de criminalización y las amenazas que sufren los integrantes del FPDS desde el 2015. Al pretender abrir un diálogo con la minera,  el gobierno ignoró nuestras advertencias y sabía entonces que eso significaba aumentar los conflictos en las comunidades, aumentar el nivel de riesgo en el que viven los integrantes y no reconocer que la actividad minera causa afectaciones en diferentes niveles.
Avanzando el proceso de las mesas de trabajo, el Subsecretario impuso la atención en mesas de trabajo y la presencia en ellas de los ejidatarios de Los Cacaos a favor de la minería y de los transportistas que trabajan para la empresa El Puntal S.A. de C.V. Su pretexto: tenía "la obligación de atender a todas las partes" y "debía aceptar las demandas de la población a favor de la minería". Este juego político tuvo tres graves consecuencias:
- Los grupos a favor de la minería, subsidiados por la empresa, pagaron a ejidatarios y avecindados de Los Cacaos $250.00, más comida y pasaje, para asistir a una mesa de trabajo con la subsecretaría y solicitar al gobierno de Chiapas actúe contra el FPDS;
- La empresa organiza a los ejidatarios de Los Cacaos para mentir a la población divulgando que el FPDS les solicitamos estudios de sangre para comprobar los impactos a la salud de la explotación de Titanio, más una cuota de $600.00 para demostrar que la minera ha causado daños a la salud;
- El Delegado de Gobierno nos envió un oficio número SGG/SGRS/DGE/001/2017 el 31 de enero del 2016 para informarnos del rechazo de los ejidatarios a favor de la minería de someterse a los estudios de sangre que el FPDS supuestamente solicitamos y para pedirnos que nosotros propongamos en 48 horas la relación de personas para realizar dichos estudios. En este oficio, el Delegado ignoró totalmente el acuerdo de la reunión del 5 de diciembre donde ambas partes nos comprometimos a coordinar a partir del 7 de febrero un protocolo de investigación con expertos y una estrategia comunitaria para atender problemas a la salud por la minería.
EN RESPUESTA A ESO, DECLARAMOS QUE:
  1. El FPDS no participaremos en espacios de trabajo con el gobierno de Chiapas que fomenten la división comunitaria y la difamación de nuestro movimiento y de nuestros integrantes. Por ello no acudimos a la mesa de trabajo del 7 de febrero del 2017.
  2. No nos prestaremos a juegos políticos que dilaten la atención de nuestras demandas por la violación de nuestros derechos por parte de las empresas mineras y por parte de las instituciones de gobierno, como la SEMARNAT, que a través de su política ambiental permiten la exploración, explotación y contaminación de nuestros bienes naturales, del agua y la tierra.
  3. Seguiremos exigiendo las demandas de la población: un municipio libre de minería, de represas y de proyectos de geotermia; un territorio con ríos y tierra libres, sanos, donde podamos sembrar y producir; un territorio con familias sin enfermedades, sin conflictos, sin compra de conciencias y donde desde la organización y la autodeterminación de los pueblos se decida el proyecto de desarrollo y de vida.
¡VIDAS SÍ! ¡MINAS NO!
FRENTE POPULAR EN DEFENSA DEL SOCONUSCO 20 DE JUNIO (FPDS)
CONTACTO PARA LA PRENSA: LUÍS VILLATORO, INTEGRANTE DEL FPDS - 918 117 33 26

Quelques premières questions aux sciences et leurs consciences

tags : pl-fr,

Quelques premières questions aux Sciences et leurs Consciences

26 décembre 2016

Scientifiques :

Compas de la Sexta :

observateurs et auditeurs qui êtes ici et à distance :

Bons jours, après-midis, soirs, aurores toujours.

Mon nom est SupGaleano. Comme je suis âgé d'à peine plus de deux ans et demi, ce qui avant s'appelait “curriculum vitae”, et qui maintenant se dit “mon profil d'utilisateur” est très bref. En plus d'être insurgé et zapatiste, j'ai différentes professions. Par exemple, l'une d'entre elles est d'incommoder les bonnes consciences et réveiller les plus bas instincts des mauvaises, en montrant mes évidentes et séduisantes formes voluptueuses – que j'ai gagné, non sans efforts, grâce à une rigoureuse diète riche en grenaches, avec assez de beurre et de la malbouffe à discrétion -.

Je suis aussi, malgré moi et malgré un certain nombre de lecteurs, le gratte-papier involontaire des hauts et des bas d'un être, mythologique pour les personnes de plus de 12 ans, et d'une évidente existence pour n'importe quelle personne passionnée de science et pour n'importe quel enfant pouvant s'ennorgueillir de n'avoir que faire du calendrier si ce n'est pour jouer. Je veux parler, évidemment, de cet être dont la seule existence réelle mettrait à bas le darwinisme social et biologique, et marquerait le surgissement d'un nouveau paradigme épistémologique : le chat-chien. Peut-être, lorsque cette entité aura abandonné la prison de la parole, faudra-t-il diviser l'histoire mondiale, et son calendrier se redéfinira en un “avant et après le chat-chien”.

(Le Sup sort deux petites figurines du Chat-Chien, taillées dans le bois et peintes par des mains insurgées)

Je me dédie également, parfois et sur instruction de mes cheffes et chefs, à alimenter les théories paranoïaques du complot contre la toujours “résignée”, “dévouée” et bien portante gauche institutionnelle qui, par manque d'arguments et de véritables propositions, se réfugie dans son rôle d'éternelle victime, dans l'espoir que la pitié se transforme en votes, et que le fanatisme souffle la raison et un minimum de décence.

Une autre de mes professions est celle de transgresseur de lois, que ce soit celle de la gravité, celle des séries et des bonnes manières.

Une autre, qui en cette occasion tombe à pic, ou à côté, c'est selon, est celle d'alchimiste. En réalité, ce devrait être celle de scientifique, mais comme je n'ai toujours pas réussi à transformer l'essence d'une chose en son contraire-contradictoire, ils ne m'ont toujours pas donné le niveau que mon louable travail mérite. Mais je n'en ai que faire, dans mon laboratoire je continue en expérimentant à base d'arums et d'éprouvettes, sous l'œil toujours critique du chat-chien, tentant d'annuler l'essence de cette aberration de la nature qu'est la soupe de citrouille, et de parvenir à la transmuter en celle gustative et nutritive de la glace aux noix qui, avec le pop-corn et la sauce piquante, sont quelques-unes des peu de choses que la science a produit au bénéfice de l'humanité et qui nous différencient, de même que le pouce opposable et malgré le spécimen Donald Trump, des primates non-humains.

Et, pour cela, eh bien c'est à moi qu'échoit aujourd'hui d'essayer de vous faire sentir, et non savoir, la joie que nous éprouvons, en tant que zapatistes que nous sommes, du fait que vous ayez répondu positivement à notre invitation et que, malgré le calendrier, vous ayez trouver le moyen et la façon de participer à cette rencontre.

En tant que zapatistes ça fait presque 23 ans que nous vous attendons. En tant que peuples originaires, hé bien, faites le compte avec vos sciences des mathématiques.

Bien sûr, beaucoup diront que ce n'est pas la première fois que vous êtes ici, de corps ou de cœur, et ils auront raison. Vous avez été ici, mais pas comme vous le serez ces jours-ci, c'est à dire, en étant ce que vous êtes pour nous enseigner et, peut-être – c'est une hypothèse -, pour apprendre quelque chose de ce que nous sommes.

Nous, femmes, hommes, zapatistes, sommes maintenant ici comme vos élèves, vos étudiants, vos apprentis. Bien que prêts à apprendre comme les plus assidus, nous sommes des étudiantes et des étudiants très différentes, différents. Et pour que vous nous connaissiez en tant que zapatistes, nous commencerons donc en vous disant ce que nous ne voulons pas et ce que, au contraire, nous voulons.

Par exemple, nous ne vous aiderons pas à porter les livres, ni à préparer la bibliographie, ni à trouver le matériel pour le laboratoire. Pas plus que nous n'attendrons que vous ne fassiez pas classe pour faire l'école buissonnière. Nous ne cherchons pas à avoir de bonnes notes ou à certifier une matière, ou obtenir un titre, ou, en finissant les études, à ouvrir une boutique de sciences ou de pseudo-sciences, ou fausses sciences cachées derrière un bout de papier à en-tête officiel.

Nous n'aspirons pas à nous enrichir grâce à la connaissance, ni à obtenir gains et prestiges en offrant ces perles de verres que sont les pseudo-sciences et les philosophies du “changement qui est en chacunE”, “l'amour rachètera le monde”, “ce breuvage-parti-politique-leader-d'occasion-vous-apportera-le-bonheur”, qui sont à la mode - ou pas en temps de crise, lorsque le moins commun des sens, le sens commun, est défait par l'offre de solutions magiques pour tous et pour tout.

Nous ne concevons pas la connaissance comme symbole d'un statut social ou mesure de l'intelligence. Vous voyez bien que n'importe qui peut être diplômé en se prévalant de la certification en matière de plagiat, ou peut sembler avoir de véritables solutions par la grâce de la toujours plus épuisée magie des médias de masse.

Nous ne voulons pas aller à l'université : nous voulons que l'université s'élève dans nos communautés, qu'elle enseigne et apprenne au milieu de notre peuple.

Nous ne voulons pas aller dans les grands laboratoires et centres de recherches scientifiques des métropoles : nous voulons qu'ils se construisent ici.

Nous voulons qu'à la place des casernes de l'armée et de la police, de mines à ciel ouvert et des hôtels de luxe, soient édifiés sous notre direction et notre mise en oeuvre collectives des observatoires astronomiques, des laboratoires, des ateliers de physique et de robotique, des postes d'observation, d'étude et de conservation de la nature, et même un collisionneur de Hadrons ou quelque chose qui permette de libérer le Graviton de la prison hypothétique d'une particule semblable, et commencer à définir ainsi, une fois pour toutes, si les physiciens qui soutiennent la Théorie des Cordes ne sont que les membres d'un néo-culte inachevé ou un groupe de scientifiques paradigmatiques.

Nous voulons que soient érigées des écoles pour la formation de scientifiques, pas des ateliers déguisés en écoles, qui ne font qu'enseigner des métiers employables au service du capitalisme (main d'œuvre pas chère et mal qualifiée), ou qui ne servent qu'à passer le temps et que les mauvais gouvernements, ou ceux qui aspirent à l'être, disent avoir fait de nouvelles écoles et instituts.

Nous voulons des études scientifiques, pas seulement techniques.

Nous ne voulons pas seulement conduire ou réparer un véhicule, une machine à coudre, un outil de menuiserie, un microscope ; nous voulons aussi savoir ce que sont les principes scientifiques des mouvements mécaniques et de la physique optique, et ce qu'est la combustion ; nous voulons connaître la différence entre vélocité et accélération, tout comme il ne faut pas confondre valeur et prix.

Nous ne voulons pas entrer en compétition scientifique et technologique, celles qui enthousiasment les universités publiques et privées, pour voir quelle machine et quel mécanicien sont les meilleurs ; nous voulons apprendre et faire de la science et de la technologie pour gagner l'unique compétition qui en vaut la peine : celle de la vie contre la mort.

Nous ne voulons pas aller dans les grandes villes et nous y perdre. Et ce n'est pas par manque de connaissances (nos enfants forméEs dans les écoles autonomes ont un meilleur niveau de connaissance que ceux éduqués dans les écoles officielles), ni par manque d'intelligence, ni par manque d'argent.

C'est que nous ne voulons pas cesser d'être ce que nous sommes. Et nous sommes des peuples originaires, indigènes, comme ils disent. Et ce qui nous fait être ce que nous sommes c'est notre terre, notre peuple, notre histoire, notre culture et, en tant que zapatistes, notre lutte.

En résumé, nous voulons comprendre le monde, le connaître. Parce que ce n'est qu'en le connaissant que nous pourrons en faire un nouveau, un plus grand, un meilleur.

-*-

Un vieux sage des peuples originaires, purépecha de sang, mexicain de géographie et internationaliste de cœur, le Grand Tata Juan Chávez Alonso, a dit un jour que la vie parmi les peuples originaires était, entre autre choses, une préparation continue. « Nous devons nous préparer pour tout : pour naître, pour grandir, pour aimer, pour haïr, pour apprendre, pour construire, pour détruire, pour lutter, pour mourir. Et au final, voilà ce qu'on laisse vraiment à ceux qui suivent. Nous ne leur léguons pas de richesses, de nom, de postes. Nous ne leur laissons que la leçon qu'il faut se préparer. Pour tout, tout le temps, et partout. »

Et c'est pour ça que vous devez savoir que, depuis des mois, nous nous sommes préparés pour ces jours qui viennent.

Nous n'arrivons pas face à vous les mains dans les poches, pour voir ce que vous allez dire, comment vous êtes, vos manières, votre temps, votre géographie. Non, au contraire, avec du temps nous nous sommes préparés.

Car le doute qui nous pousse, la curiosité scientifique, la soif d'apprendre, de connaître, vient de loin dans le temps, tellement loin que les calendriers scientifiques ne tiennent pas les comptes.

Par exemple, nous préparons les questions.

Parce que nous savons bien que, ainsi que ceux qui savent doivent se préparer pour enseigner, de même nous qui ne savons pas devons nous préparer à apprendre.

Et nous savons aussi que, comme il faut étudier pour donner des réponses, hé bien il faut aussi étudier pour poser des questions.

Et ça n'a pas été facile. Parce que, par exemple, nous avons dû étudier comment écrire et dire certains mots comme « anaboliques », « salbutamol », « clenbuterol », « pré-éclampsie » et « éclampsie » ; nous avons dû savoir qu'on dit « le » myome et non « la » myome ; nous avons dû chercher la manière de vous expliquer ce que c'est que ce « poisson éclos », ainsi que d'autres choses que nous voyons dans notre monde en tant qu'indigènes que nous sommes.

Nous nous sommes réunis plusieurs fois. D'abord il y eut une assemblée de zone. Là ont été élus ceux qui vont participer à ces rencontres, selon leur domaine, qui promoteur de santé, d'éducation, d'agroécologie, de plantes médicinales, de radio communautaire, de sage-femmes-et-hommes, d'ostéopathes, etc. Peu importe qu'il soit jeune ou âgé, peu importe si il a 15 ans ou 524 ans. Par contre, qu'il doit comprendre le castillan, pour pouvoir nous comprendre avec vous. Et, bien sûr, que la science l'intéresse.

Ensuite, les compañeras et compañeros qui avons été sélectionnés, nous nous sommes réunis plusieurs fois pour préparer les questions. Les premières questions et plus importantes que nous nous sommes posées sont : qu'allons-nous demander à ces frères et sœurs scientifiques ?, est-ce qu'il ne faut les interroger que sur ce qu'ils savent de leur science ? Ou allons-nous aussi leur demander comment ils voient la situation, s'ils la voient bien mal barrée ou tout va bien ? On leur demande comment ils voient leur travail scientifique ? On leur demande comment ils luttent pour la justice et la liberté ?

Bref, dans ces réunions que nous avons eues, nous avons préparé quelques-unes des questions que nous allons vous lire. Comme vous vous en rendrez compte, plusieurs de ces questions ne concernent pas les sciences exactes et naturelles, de manière que vous ayez une idée de ce que sera la prochaine rencontre. Voilà les questions :

Les transgéniques nuisent à mère nature et aux êtres humains ou ils ne leur nuisent pas ?

Existe-t-il une explication scientifique de pourquoi, dans certaines régions, des ravines qui en temps de sécheresse n'ont pas d'eau, au début des premières pluies, (durant les mois de mai et juin), jaillit la production de poissons ? d'où viennent ces poissons, s'il n'y avait pas d'eau ? Voilà ce que nous appelons « le poisson éclos ».

Voyons si je peux vous éclaircir un peu cette question. Il y a bien des années, disons 30, mettons-nous d'accord sur l'année 1986, nous étions dans la montagne…

1986, quand l'ezèdélène avait été défait par les communautés, mais nous ne le savions pas encore, ni eux ni nous…

1986, quand là-bas dehors Michael Jackson était encore de teint afro-américain…

1986, quand le Parti Vert Écologiste du Mexique, le parti Mouvement Citoyen, le Parti du Travail, le Parti de la Révolution Démocratique et le parti Mouvement de Régénération Nationale s'appelaient encore Parti Révolutionnaire Institutionnel et voyait en Carlos de Salinas de Gotari le dauphin successoral dont tous avaleraient aujourd'hui la politique économique, et où le Parti Nouvelle Alliance et le Parti Rencontre Sociale s'appelaient encore Parti Action Nationale.

(Des décennies plus tard, l'ezédélène a dorénavant reconnu sa défaite et possède une autre structure ; Michael Jackson, bien que d'une autre couleur, est toujours Michael Jackson ; et le PRI et le PAN sont toujours les mêmes, bien qu'avec d'autres couleurs)…

Prenons 1986, quand quelques semaines après, lors du mondial de football, ce derviche, cet « intermédiaire entre le ciel et la terre » appelé Diego Armando Maradona, a démarré depuis le milieu du terrain, et laissa planté avec la taille endolorie combien de joueurs anglais véritables taupes, jusqu'à ce que, enfin rassasié, il plante le ballon dans les filets en une action de jeu qui marqua le XXe siècle et fait qu'encore aujourd'hui les vieux supporters se disent, en regardant les broderies de Lionel Messi, « bah ! Moi j'ai vu Maradona faire la démonstration scientifique que dieu existe et qu'il est rond ».

Ok, ça ne sonne pas très orthodoxe ce que nous disons.

Bon, 1986, dans cet alors, nous étions dans un campement insurgé appelé « Les Recrues ». Un groupe des susdits demanda au gradé l'autorisation d'aller dans un village proche pour cueillir des poissons. « Vous voulez dire pécher », dit le gradé. « Non », dirent-ils, « cueillir, parce que c'est le moment où éclot le poisson. » Le gradé voulut savoir de quoi il s'agissait et ils lui dirent : « il y a le ruisseau sec, les premières pluies, éclot le poisson, il n'y a pas d'eau, tu le prends, c'est tout. » « Mais c'est un bébé poisson ? », demanda sceptique le gradé. « Non, déjà grand, déjà péché, sardine ou bobo quoi », lui répondirent-ils. Le gradé dit « La magie n'existe pas, mais allons voir ». Un autre jour ils sont revenus avec un sac plein de poissons frais. Cette après-midi-là nous avons mangé tellement de soupe de poisson que les arbres qui couvraient le campement s'ornèrent d'une lumière fluorescente qui aurait pu être vue sans problème par le télescope spatial Hubble.

En résumé : il n'y a qu'un lit de rivière sec, une première et timide pluie, et, sur le lit à peine humide et entaché de quelques rares petites flaques, des milliers de poissons adultes sautant déconcertés et avec le même regard méfiant que vous avez maintenant. Quelle est l'explication scientifique ? Fin de l'oisif éclaircissement.

Je continue avec les questions :

Quand il y a un patient ou une patiente et qui souffre d'une fracture d'os, le médecin ampute la partie affectée ou y pose un fer (clou). Mais si ce patient est traité par un ostéopathe, il le soigne. Quelle est l'explication de cette situation ?

Les aliments chimiques, mis en boîte, emballés, embouteillés, nuisent ou non à la santé ? Ce sont les substances qui nuisent ou qui font un peu de mal à la santé ou en fait ils ne sont pas dangereux ces produits alimentaires ?

Quelle est l'explication scientifique, si les médicaments chimiques soignent une maladie, mais lèsent une autre partie de l'organisme ? Peut-on scientifiquement faire que la médecine chimique ne nuise pas et soigne seulement la partie affectée ?

Est-il prouvé scientifiquement quels sont les herbicides chimiques les plus nuisibles et ceux qui nuisent moins ?

Comment avoir la connaissance scientifique pour savoir et améliorer la production, quelles substances organiques sont utiles ?

Quelle est l'explication scientifique du pourquoi de l'existence de la nervosité, la peur et le courage ?

Pourquoi il y a des nuages noirs et des nuages blancs ?

Y a-t-il une explication scientifique pour quand on rêve de quelque chose, après ça se réalise dans la réalité ?

Existe-t-il ou y a-t-il une explication à travers une étude scientifique sur la télépathie ?

Quelle explication scientifique y a-t-il sur la relation du mouvement de la lune sur les semailles de graines, d'arbres fruitiers ? Aussi sur la tombe (de tomber) d'un arbre pour la construction, et pour qu'on ne s'entaille pas comme à la coupe du palmier pour le toit de la maison. Quelle relation a la lune avec les mouvements de la terre et quelle explication scientifique y a-t-il ?

J'essaye d'éclaircir : le palmier qui sert pour le toit, et le bois qui sera colonne et traverse de la baraque, doit être coupé à la pleine lune (« lune massive », disons-nous), si tu coupes quand la lune n'est pas pleine, le palmier et le bois s'emplissent de charançons, pourrissent, ne servent plus.

Quelle est l'explication scientifique du fait qu'ils calculent le temps de la construction des ruines ?

Quelle est l'explication scientifiques à propos des éclairs, du tonnerre, etc. ?

De quoi sont constitués ou comment se sont formés, de quelles substances, les ressources minérales qui sont dans la terre comme l'or, l'argent, le pétrole, etc. ?

Quelle explication scientifique y a-t-il quand certains animaux comme le coq, le singe hurleur, ou la chachalaca [oiseau galliforme volant, ndt], chantent et annoncent l'un ou l'autre phénomènes ou changements de la mère-nature ?

Quelle explication scientifique il y a quand certaines personnes ronflent en dormant, et quel est le remède ?

Comment est scientifiquement étudié que les aliments mis en boîte, embouteillés, pendant le temps d'expiration indiqué ne souffrent d'aucun changement nuisible à la santé des personnes ?

Avez-vous fait des études scientifiques sur la manière dont nos ancêtres étudiaient le mouvement des astres ?

Quelle est l'explication scientifique sur le pourquoi il y a des tremblements de terre ?

Quelle est l'explication scientifique de la formation des volcans, et de quelles substances ils sont fait ?

Scientifiquement, quelle est l'explication du pourquoi surgit le vent, comment se forment les tornades et les ouragans, les cyclones et ce qu'ils sont ?

Quelle est l'explication scientifique de que quand il y a des maladies (infectieuses) des animaux de basse-cour, les poules meurent mais il n'arrive rien aux canards, pourquoi cela arrive ? Ou que quand les poules sont avec les agneaux et les lapins, il n'arrive rien aux poules, quelle est l'explication scientifique ? Et si l'infection est très forte, même si les vaccins ou traitements sont à jour (de même pour le bétail), même comme ça, toutes les poules tombent malades et meurent, quelle est l'explication scientifique ?

Quelle est l'explication scientifique du fait que certains animaux voient très bien dans l'obscurité et d'autres non, et pourquoi les personnes, nous ne pouvons voir que de jour ou avec de la lumière ?

Quand un bébé naît et que seul son cœur bat, qu'il est vivant mais que son corps est verdâtre, mort, il est immobile, alors dans un récipient avec de l'eau bouillante, on place le placenta du bébé et sans couper le cordon ombilical, le bébé commence à récupérer pendant que le placenta se désintègre dans l'eau bouillante. De même si on brûle le placenta, jusqu'à ce qu'il soit complètement cramé, le bébé récupère, quelle est l'explication scientifique ?

Quelle est l'explication scientifique quand les personnes tombent malades et deviennent comme folles, et que cette maladie se déclare à 12, 20, 30 ans ?

L'eau salée et soufrée qu'il y a dans certains ruisseaux ou sources, scientifiquement quelle utilité ont-elles pour l'humanité ?

Est-il scientifiquement nécessaire de se vacciner et pourquoi, ou y a-t-il des moyens et ou des manières de remplacer les vaccins par autre chose ? Par exemple, les maladies comme la coqueluche, la rougeole, la variole, le tétanos, etc.

Comment explique-t-on scientifiquement la façon dont se forment l'arc-en-ciel, pourquoi dit-on qu'il a 7 couleurs et quelle fonction a-t-il ?

Comment ça se définit, quand il y a une grossesse, si se sont des jumeaux, des triplés, etc.? Quelle est la cause de ceci et pourquoi ça arrive ? Et, pourquoi à l'heure de la fécondation, c'est un garçon ou une fille ? Quelle est l'explication scientifique ?

Nous autres, nous savons que les abeilles font un travail important de pollinisation des plantes et des fleurs pour la fécondation et la reproduction, alors que se passe-t-il avec les serres qui font bien éclore les fleurs, mais il n'y a pas de pollinisation, comment ça s'explique scientifiquement ?

Peut-on expliquer scientifiquement si c'est vrai que les téléphones et les cellulaires sont dangereux à l'usage à cause des radiations des ondes, quelle est la puissance minimale et maximale et quel est le niveau de fréquence ? Une antenne relais de téléphones et cellulaires, quelle puissance minimale et maximale transmet-elle ou retransmet-elle, est-ce dangereux ou non ? Les émetteurs d'ondes courtes, l'AM, la FM et la TV sont-ils dangereux à cause de leurs ondes ? Les micro-ondes des liaisons d'émissions (FM) et les micro-ondes domestiques, quelle est leur rang de fréquence, les ondes provoquent-elles des lésions ?

Explique-t-on scientifiquement quelle est la vitesse de la lumière du soleil et quelle est la différence avec la lumière artificielle ?

Scientifiquement, quelles méthodes ou formules applique-t-on pour mesurer les distances en longitude et en latitude ?

Scientifiquement, à quelle altitude minimum et maximum vole un avion, à la différence d'un hélicoptère ?

Scientifiquement quelles méthodes sont utilisées pour calculer le diamètre d'un ballon, d'un entonnoir et le convertir en carré ?

Scientifiquement, quelle est le diamètre, le volume et le poids du globe terrestre ?

Scientifiquement, existe-t-il une fin aux nombres entiers et décimaux ?

Scientifiquement, en quoi consiste la science la plus exacte que sont les mathématiques ? Depuis quand et où sont nées les mathématiques et qui les a découvert ?

Scientifiquement, la transformation de l'homme est venue du singe ?

Scientifiquement, quelles substances contient un canon (vin) et l'alcool, et quels effets causent-t-il à l'être humain ?

Scientifiquement, étudie-t-on les substances qui contiennent des anaboliques, du salbutamol et du clenbuterol et les implants utilisés pour engraisser le bétail, les poules, les porcs nuisent-ils à la santé humaine ?

Scientifiquement, étudie-t-on si les méthodes contraceptives (par exemple, les hormones) sont dangereuses pour la santé des femmes ?

Est-il étudié scientifiquement pourquoi les radiothérapies et chimiothérapies (et autres) soignent certaines partie du corps humain malade, mais provoquent d'autres dommages ?

Scientifiquement étudie-t-on quels maux apporte le croisement par la pollinisation des graines transgéniques et améliorées avec des graines natives ? Quels lésions cela cause-t-il à l'environnement (arbres fruitiers, fleurs, abeilles) ?

La science a-t-elle découvert comment protéger les graines natives et l'environnement de la contamination des nouvelles graines améliorées et transgéniques ?

Scientifiquement est-il prouvé que le fluor en gel, pâte dentifrice, la fluoration de l'eau, influe positivement sur la résistance de l'émail aux attaques de caries, mais il y a un article intitulé « les mensonges du fluor » qui dit qu'il est la cause d'indices plus élevés de cancer, caries, fluorose dentaire, ostéoporose et autres problèmes de santé. Quelle est la vérité ?

Si le couple est de deux types sanguins différents, cela pose-t-il problème ou y a-t-il des conséquences sur les personnes ?

Pourquoi se produisent les pré-éclampsies et les éclampsies ? Comment en prévenir l'apparition chez les femmes enceintes ?

La maladie de Chagas qui est produite par la punaise américaine, les recherches scientifiques ont été suspendues depuis 1989 car pas considérées comme rentables parce que cette maladie n'existe que dans les communautés pauvres. Les recherches ont-elles reprises et y a-t-il un médicament pour la combattre ?

Scientifiquement peut-on expliquer ce que contiennent les rayons du soleil du matin et de l'après-midi qui aide le corps du bébé prématuré dans son développement, et, comparé à l'incubateur, que fait ou que contient l'incubateur ?

Expliquer scientifiquement pourquoi la déficience du langage technique des différentes sciences empêche la formulation de concepts précis sur les objets fondamentaux pour le bien de la terre ou de l'humanité ?

Scientifiquement est-il étudié que les savons détergents et aromatisés nuisent à la santé et à la nature, quelles substances ont-ils ?

Y a-t-il une explication scientifique pour qu'une personne effrayée devienne pâle, que ses cheveux tombent, qu'elle dorme beaucoup ou que soit déstabilisée quelque fonction de son corps ?

Y a-t-il une explication scientifique au sujet de la fonte des deux pôles ? On dit que c'est le réchauffement climatique, d'autres disent que c'est un cycle, quelle est la vérité ?

Scientifiquement est-il démontré ce que font les transplantations d'organes ? Pourquoi pas des os ?

Avec les études du génome humain, quelles maladies peuvent être prévenues et soignées, et quelles sont les conséquences si il y en a ?

On dit qu'en utilisant les ordinateurs, les cellulaires, les tablettes et autres, en allant sur internet, on peut automatiquement tracer nos fichiers. Est-ce vrai ou pas, scientifiquement, de quelle manière pouvons nous éviter que ça arrive ?

La croissance du cerveau des enfants est différente de celui des adultes, comment explique-t-on scientifiquement ce changement et que pouvons-nous faire pour entretenir et améliorer le bon fonctionnement du cerveau ?

Les maladies spécifiques à la femme, comme les tumeurs ou cancer du col de l'utérus, cancer des seins, kystes sur les ovaires, le myome, quelles en sont les causes ? Comment les prévenir ou les soigner ?

Quelles substances toxiques possèdent les serviettes hygiéniques féminines, les couches jetables, les bandages, etc. Et en quoi cela affecte la santé des femmes et des enfants ?

Scientifiquement, peut-on prouver qu'existent des choses surnaturelles chez les personnes ou certaines personnes ?

Pourquoi ces temps-ci a accéléré ou augmenté le nombre d'enfants qui naissent avec une déformation physique (sans bras, sans pieds, etc.) ? Comment ça s'explique scientifiquement ?

Scientifiquement a-t-il été prouvé qu'on pouvait maintenant cloner les gens et les animaux ?

Les verres grossissants utilisés pour mieux voir quand la vue est lésée pour différentes raisons, est-il étudié scientifiquement si ils causent un mal quelconque au cerveau des personnes qui les utilisent ?

Avec les grandes avancées scientifiques et technologiques, y a-t-il une quelconque conséquence dont pourrait souffrir l'intelligence des êtres humains ?

Quelle est l'explication scientifique du fait que nous devenons vieilles et vieux ?

Quelle est votre explication scientifique au fait qu'il y a des cerveaux qui sont rapides à capter, d'autres moins, d'autres très lents et d'autres rien ?

Comment pouvez-vous nous conseiller si nous voulons pouvoir apprendre, nous, à utiliser les équipements et appareils de laboratoire et, entre autres appareils, pour améliorer la terre et élaborer des médicaments ?

Bon, ça c'était quelques-unes des questions faciles. Maintenant quelques-unes de celles qui, peut-être, pourraient vous poser quelques difficultés :

Scientifiquement avez-vous étudié si tous vos travaux, en tant que scientifiques que vous êtes, un jour puissent bénéficier au peuple ?

Que dites-vous quand ce que vous avez inventé ou créé à l'aide de la science, faits pour augmenter la connaissance et pour le bien du peuple, mais qu'en fait quelqu'un le détourne ou l'utilise à d'autres fins, par exemple les bombes atomiques, ou tous les déchets qui contaminent tellement à la mère-nature ?

Scientifiquement avez-vous étudié s'il est possible de faire des constructions sans endommager la mère-nature, comme le faisaient nos ancêtres ?

Scientifiquement, la Mère Terre a-t-elle des organes et des défenses comme les êtres humains ? Pourquoi l'être humain, si il a un parasite qui lui fait du mal, il a des défenses pour éliminer ce mal. Ce ne serait pas que la Terre a le parasite du Capitalisme et se défend contre ce mal ?

Quelle est l'explication scientifique à ce qui fait que la même mère-nature a des réactions fortes ou qu'elle subit des changements ? Par exemple : la mer qui mord de plus en plus sur les terres, etc.

Pourquoi les scientifiques inventent-ils des choses dont ils savent qu'elle vont faire du mal, ou est-ce que c'est qu'on invente et qu'on ne sait pas si ça va être dangereux ou pas ?

Est-il scientifiquement étudié ce qu'on dit, que la couche d'ozone (atmosphère) est trouée ? Et on dit qu'à cause de ces dommages il y a de nombreuses calamités, alors comment on soigne ça ? Qui ou quoi l'a endommagé ou l'endommage ? Et a-t-on fait des études scientifiques pour savoir si c'est possible de la réparer ou si définitivement c'est un dégât irréparable.

Sachant que le monde est dans un processus de déshumanisation, en tant que scientifiques, quelles analyses ou quelles études scientifiques avez-vous faites sur le futur de l'humanité ?

Est-ce qu'a été étudié scientifiquement si ces sciences scientifiques que vous avez sont en votre contrôle ?

Y a-t-il une démonstration scientifique que les maladies (infections) d'animaux sont artificielles ou naturelles ?

Y a-t-il une étude scientifique sur ce qui va se passer une fois que seront épuisées les ressources naturelles (or, argent, pétrole, uranium, baryta, etc) ? Y a-t-il une étude scientifique disant que lorsque tout sera épuisé, il y aura une autre manière pour les remplacer ? Et en combien de temps ça se régénérera, si ça se régénère ou pas ? Scientifiquement, pouvez-vous nous dire si extraire chacune de ces richesses occasionne des lésions, ou non, à mère-nature ?

Frères et sœurs scientifiques, dans vos travaux, études scientifiques, quand vous mener vos expérimentations, etc., en tant que scientifiques que vous êtes, partagez-vous vos connaissances, vous créez, vous expérimentez en équipe ou en collectif, ou chacun pour soi, en individuel, ce qui revient à de la compétition ? Alors, est-il possible de partager en équipe, donner des cours ou des ateliers, répartir des formations avec d'autres personnes ?

Toutes les connaissances naturelles des peuples originaires, est-ce juste que d'autres les brevettent ?

Scientifiquement, y a-t-il des études qui disent que si vous en tant que scientifiques n'existiez pas, peut-être n'existeraient pas les riches ?

Scientifiquement y a-t-il des études disant qu'on peut vivre sans le capitalisme ?

Quelle est l'explication scientifique, ou non scientifique, sur les raisons de l'invention de l'argent ?

Quelle explication scientifique y a-t-il et quelle certitude y a-t-il qu'un jour les machines vont se substituer à l'humanité (c'est-à-dire aux personnes) ?

Quelle est l'explication scientifique au fait que les spécialités médicales ne peuvent pas s'occuper d'un accouchement normal et, lorsque le bébé a une position anormale, ils font une césarienne ; et les sage-femmes traditionnelles arrangen- sa position pour un accouchement normal ? ; de même, lorsque le bébé a le cordon ombilical autour du cou, le médecin fait une césarienne et, par contre, la sage-femme l'ajuste et fait un accouchement normal.

Scientifiquement, pourquoi et dans quel but on été créées les banques, quelle est la fonction scientifique d'une banque et quels sont ses secrets ?

Scientifiquement y a-t-il ou y aura-t-il une explication au fait que les pays pauvres ne peuvent payer leur dette externe ou y a-t-il une explication pour qu'ils ne payent pas la dite dette ?

Scientifiquement, pouvez-vous nous expliquer les principes du néo-libéralisme ?

Quels sont les principes éthiques de la science ?

Peut-on, avec la science des mathématiques mettre fin à l'extermination de la mère terre, et sinon, qui le peut ?

Scientifiquement, pourquoi y a-t-il quelques riches et des millions de pauvres ?

Étudie-t-on scientifiquement comment et qu'est-ce que nous détruisons de notre mère-nature, de manière que nous ne voyons pas et que nous ne connaissons pas ?

Quelle est l'explication scientifique au fait que les grands entrepreneurs veulent devenir maîtres du monde en détruisant l'humanité et la mère-nature ?

En sachant que la pétrochimie fabrique la majorité des produits que nous utilisons et qui sont toxiques, pourquoi on continue à les fabriquer ?

En tant que scientifiques vous avez créé quelque chose qui ne détruit pas, qui ne fait pas de mal, sachant que d'autres l'utilise comme marchandise, mais maintenant vous savez qu'en fait ça fait du mal. Qu'en pensez-vous maintenant, comment pensez-vous continuer et avec qui continuer ?

Il y a des études scientifiques disant que nous autres, peuples originaires, nous détruisons la mère-nature ou y a-t-il des études scientifiques disant que ce sont d'autres qui détruisent l'humanité et la terre-mère ou qui sont ceux qui font tant de mal ?

Voyez-vous, vous, la nécessité et l'urgence d'unir la science aux efforts et savoirs organisés des peuples originaires en résistance et révolte en défense de la vie, de la santé et de la Terre-Mère ?

Selon vos expériences en tant que scientifiques, quelle est la meilleure manière d'enseigner les sciences aux enfants, aux jeunes hommes et jeunes filles des écoles autonomes et aux peuples afin de préparer les générations futures, et seriez-vous prêts à partager collectivement vos savoirs ?

Est-il maintenant prouvé scientifiquement que l'énergie solaire peut mettre en mouvement des machines, des voitures et remplacer les hydrocarbures, et si oui, pourquoi ne les ont-ils pas déjà remplacé ?

Peut-on scientifiquement prédire combien de temps de vie il reste à la planète terre ? Et peut-on prédire combien de temps de vie il reste au capitalisme ?

Existe-t-il une explication scientifique au pourquoi il existe certaines valeurs de monnaie, par exemple le dollar, l'euro, différentes du peso et en quoi consiste les limites de production de monnaie de chaque pays ?

Avez-vous étudié scientifiquement si ce n'est pas un problème que là où les capitalistes font la guerre, ils tuent jusqu'aux animaux sans savoir pourquoi, et que pensez-vous au sujet de ces dégâts ?

Que pensez-vous, en tant que scientifiques, du fait que la science est utilisée et contrôlée par les militaires pour la construction d'armes sophistiquées et que peut-on faire pour arrêter la course à l'armement ?

Est-il vrai qu'existent les sciences occultes et sur quoi se basent-elles ?

Y a-t-il une explication scientifique aux comportements humains ? Par exemple, y a-t-il une explication scientifique à la conduite des satanés capitalistes, de pourquoi ils sont si mauvais et ne sont jamais satisfaits ? Est-ce que quelque chose ne va pas bien dans leur tête, ou peut-être est-ce leur cerveau, ou pourquoi est-ce que plus ils assassinent et détruisent, plus ils sont contents ?

Scientifiquement pouvez-vous nous expliquer pourquoi le capitalisme concocte certaines crises de temps en temps afin de réactiver son économie ?

Avec tous les maux provoqués au peuple par les capitalistes faisant un mauvais usage de la science, peut-on créer scientifiquement une science réellement humaine afin de ne pas tomber dans une science inhumaine, et, si on peut en créer une véritablement humaine, qui peut la créer ?

Nous autres, avec notre lutte de libération, nous voyons et sentons la réalité provoquée par l'hydre capitaliste et nous devons faire quelque chose, c'est pour ça que nous créons une nouvelle société et un monde neuf, pour sauver la nature pour le bien de l'humanité où il n'y aura pas d'injustice, d'inégalité, d'exploitation et de misère. Pour ça l'unité des peuples originaires est nécessaire, de tous les exploités, des artistes et de vous en tant que scientifiques. Parce que vos inventions et vos découvertes sont très importants pour le développement de l'humanité. Qu'en pensez-vous et qu'avez-vous à en dire ?

Frères, sœurs, camarades scientifiques, vous qui êtes différents de nous en connaissances, nous avons quelque chose en commun, avec d'autres secteurs, parce que le capitalisme nous exploite de la même manière et utilise mal nos connaissances. Que pensez-vous, va-t-on permettre que continue l'exploitation ou y a-t-il une autre manière de vivre dans la justice et la liberté, y aurait-il une manière de travailler dans l'unité et collectivement, défendre la vie et l'humanité ?

Frères, sœurs, camarades scientifiques, l'exploitation et le mauvais traitement des être humains et de la nature ont provoqué beaucoup de souffrances et de morts, nous voudrions que les exploiteurs et ceux qui ne souffrent pas comme nous avons souffert et nous mourons, se mettent à notre place. Cela nous fait penser qu'il faut faire quelque chose et ceux qui seront nécessaires. Nous finissons par penser que les artistes, les scientifiques et les peuples originaires, ensemble avec ceux d'en-bas, nous devons unir nos savoirs et commencer à construire un monde nouveau où ceux qui vivront, nous vivrons bien. Seriez-vous d'accord pour faire partie de la construction du nouveau monde avec nous ?

Frères, sœurs, camarades scientifiques, nous, femmes et hommes, en tant que zapatistes, nous pensons que la science en soi est une série de connaissances qui pourraient nous aider à développer un système plus humain, où nos rêves d'unité et de préservation de la terre-mère et les êtres vivants, est possible. En même temps nous détruirons le plus vite possible le monstre capitaliste. Alors, vos rêves, vos connaissances, votre science, rentrent-ils dans le monde de l'oppression ? Dans la spoliation, dans l'horreur, la peur et l'extermination de la vie, vous rêves rentrent-ils ? Croyez-vous que la science peut s'humaniser collectivement avec les peuples de la campagne et de la ville ?

Frères, sœurs, camarades scientifiques, que pensez-vous de la perpétuation de l'exploitation des femmes, de leur manipulation, leur marginalisation, leurs assassinats, leurs tortures, leurs enfermements, des discriminations liées à la couleur, et qu'on nous utilise comme des objets pour promouvoir les marchandises des capitalistes, qu'on nous utilise comme publicité de propagande et le passage de drogues, qu'on nous utilise pour obtenir la satisfaction de relations sexuelles, qu'ils nous prostituent pour obtenir des ventes d'articles afin de faire des gains ? Pourquoi voyons-nous avec tristesse la violence et la mort que, jour après jour, affrontent des milliers de femmes à travers le monde, et nous ne sentons pas seulement de la tristesse mais aussi de la rage et de la colère.

Par exemple, nous, en tant que femmes zapatistes, nous exerçons notre droit et notre liberté de participer à nos gouvernements autonomes, de commander en obéissant, nous voyons qu'il s'agit d'un espace pour nous, pour la construction d'une nouvelle société. Que pensez-vous, en tant que scientifiques, que nous pouvons faire, vous et nous, pour pouvoir être libres de toutes ces souffrances et méchancetés que nous fait le système capitaliste ? Puisque sans nous les femmes le monde ne peut vivre, combien de temps devons-nous attendre, en tant que femmes, pour être libres, est-ce maintenant ou jamais ? Nous, en tant que femmes zapatistes, nous voyons qu'il est possible d'organiser, de lutter et de travailler, nous voyons que vous et nous, avons besoin les unEs des autres.

-*-

Et, pour en finir avec cette partie, je pose là deux questions. La première a été ajoutée par le Sous-Commandant Insurgé Moisés :

Quelle est l'explication scientifique au fait que les insurgéEs, pendant les discussions politiques, sombrent dans leurs rêves ? Bien qu'ils disent ne pas pouvoir dormir, à peine commence la discussion politique qu'ils vont jusqu'à ronfler. Y a-t-il une explication scientifique ou est-ce qu'ils font les idiots et les idiotes ?

La seconde prendra sens à la prochaine session :

Pourquoi cette fleur est-elle de cette couleur, pourquoi a-t-elle cette forme, pourquoi a-t-elle cette odeur ?

-*-

(Le Sup sort les marionnettes de Einstein et Sherlock Holmes, et les place au centre, flanquées de la paire de figures du chat-chien)

Comme tout alchimiste qui se respecte, je ressens un mélange d'envie et d'admiration pour ceux qui, sans arrêter de s'atteler aux problèmes mondains de l'injustice et de l'esclavage, font des sciences dures (comme Albert Einstein, ici présent) et pour ceux qui parviennent à aller au-delà de l'univers abstrait et appliquent les sciences à la recherche de la vérité et de la jsutice (comme le détective-consultant Sherlock Holmes). Einstein et Holmes, chacun représente l'engagement de son travail scientifique et technique pour la transformation sociale. Chacun nous rappelle que, comme l'a signalé auparavant le compagnon Sous-Commandant Moisés, nous ne pouvons déléguer à d'autres la tâche qui nous incombe en tant qu'êtres accomplis.

Pourquoi, bien que je sois un alchimiste médiocre, vous, qui avez fait du travail scientifique votre moteur et votre destin, coïnciderez-vous avec moi et avec le pluriel présent ici et qui vous rencontre, sur le fait que nous devons faire quelque chose. Et que cette chose n'a rien à voir avec l'irresponsabilité de déléguer à d'autres la responsabilité de faire quelque chose.

Bien sûr, vous direz que je vous tends un piège. Que, en vous mettant face aux figures d'Albert Einstein et Sherlock Holmes, j'ai recours à un chantage grossier et caricatural pour ainsi vous obliger à adhérer à une proposition politique aspirant à hégémoniser et homogénéiser tout : les sciences, les arts, la vie.

Ça se pourrait, mais non. Laissons de côté un moment les chantages, plus appropriés aux romances adolescentes et à la politique d'en-haut qui a la bouche pleine “d'amour” et de “fraternité” pendant qu'elle milite pour le mépris, le racisme, l'intolérance et le “avec moi ou contre moi” que toute proposition fasciste suppose.

Notez qu'aux côtés de Einstein et Holmes, j'ai mis les figurines du Chat-chien. En même temps, regardez cette paire et regardez-vous vous-mêmes.

Le Chat-chien dans le rôle du Docteur Watson, prêt à conter ses prouesses scientifiques, c'est-à-dire, humaines.

Mais le Chat-chien désignant également les ombres de Moriarty et du Projet Manhattan, vous avertissant sur la présence abominable et prédatrice de l'Hydre, le système toujours prêt à faire opérer son alchimie perverse et à convertir la connaissance pour la vie et la création, en connaissance pour la destruction et la mort.

Donc, plus qu'un chantage, je vous symbolise ce qu'est cette rencontre entre votre science et connaissance avec nous, femmes et hommes zapatistes.

Je vous montre que nous vous regardons et que notre regard est aussi une manière de vous écouter et d'apprendre de vous.

Que notre regard possède ce mélange d'admiration et d'envie pour ce que vous êtes ; pour ce qui, au moins pour nous, femmes, hommes zapatistes, vous rend spéciaux.

Et notre regard ni n'espère ni ne désespère.

Notre regard vous demande simplement :

Et vous alors ?

Depuis le CIDECI-Unitierra, Chiapas, Mexique, Amérique Latine, Planète Terre, Système Solaire, etcétera.

SupGaleano

Mexique, 26 décembre 2016.

L'EZLN explique sa proposition faite au CNI de présenter une candidate indigène en 2018

tags : 2018, cni, ezln, pl-fr,

 Après la proposition de l'EZLN faite au Congrès National Indigène de s'organiser pour présenter une candidate indigène aux élections présidentielles Mexicaine de 2018, plusieurs questions ont surgi de part et d'autre dans le débat public et militant.

Ce communiqué, particulièrement complet propose de comprendre cette proposition, ces tenants et aboutissants mais aussi d'où est née l'idée, et comment celle-ci après plusieurs années a germé pour enfin être proposée et acceptée par les intégrantEs du Congrès National Indigène

Nous vous invitons également à lire les autres documents et communiqués liés à cette proposition:

Parole d'ouverture "C'est l'heure du CNI"
Communiqué de l'EZLN et CNI annonçant la proposition
Aclarations de l'EZLN "Réponses sans questions"
Calendrier suite au 5* Congrès
Ce n'est pas la décision d'une personne
Dénonciation d'agression durant la consultation
En plénière le CNI révèle un "oui" à la proposition


UNE HISTOIRE POUR TENTER DE COMPRENDRE.

17 novembre 2016.
 
A la Sexta nationale et internationale :
A celles et ceux qui sympathisent et soutiennent la lutte des peuples originaires :
A celles et ceux qui sont anticapitalistes :
Compañeras, compañeros, compañeroas :
Sœurs et frères :

Ce long texte, nous l’avons fait ensemble avec le Sous-commandant insurgé Moisés, porte-parole et chef actuel de l’EZLN, et en consultant sur quelques détails certaines des Commandantes et des Commandants de la délégation zapatiste qui a assisté à la première étape du Vème Congrès du Congrès National Indigène. 
 
Bien que cette fois, comme à d’autres occasions, ce soit à moi qu’en revienne la rédaction, c’est le Sous-commandant insurgé Moisés qui lit, ajoute ou retire, approuve ou rejette, non seulement ce texte, mais tous ceux qui apparaissent à la lumière publique comme étant des textes authentiques de l’EZLN. A bien des reprises, au long de ces écrits, j’emploierai la première personne du singulier. La raison de cela se comprendra plus loin. Bien que la destinataire principale de ces lignes soit la Sexta, nous avons décidé d’élargir sa destination à ceux qui, sans être ni se situer avec nous, ont des inquiétudes identiques et des efforts similaires. Voici donc :

-*-

NOS CAUCHEMARS NON PLUS.

 
 
Il y a de cela quelques années, la créativité et le génie d’un certain collectif de la Sexta a produit une phrase qui, au cours du temps, a été décernée au zapatisme. Vous savez bien que nous sommes contre le copyright, mais nous n’avons pas l’habitude de nous décerner des paroles ou des actions qui ne soient pas les nôtres. Cependant, bien que nous n’en soyons pas auteurs, la phrase reflète en partie notre ressenti comme zapatistes que nous sommes. 
Brandie par la Sexta, dont le scepticisme face au "pouvoir" des urnes électorales institutionnelles a été attaqué (et l’est encore) par des moyens grossiers comme le chantage et les menaces, la phrase va bien plus loin et définit les limites et les carences d’une forme de lutte, la lutte électorale :
"Nos rêves ne tiennent pas dans vos urnes", disait-on, et dit-on.
Nous, comme femmes et hommes zapatistes que nous sommes, y souscrivions alors... et maintenant. Elle a la vertu de dire beaucoup avec peu de mots (un art aujourd’hui oublié). Mais depuis ce côté-ci du passe-montagne, depuis notre être qui nous sommes, nous ajoutons : "nos cauchemars non plus".
Certes, nous aurions pu mettre aussi : "et nos mortEs non plus", mais il se trouve que, en ces temps malheureux, la douleur s’est étendue encore plus loin. La mort naturelle n’est plus la seule responsable de l’éloignement de ceux qui nous manquent aujourd’hui ; comme, dans notre cas, du Sous-lieutenant insurgé d’infanterie Hernán-Omar (qui faisait partie des nôtres depuis avant le soulèvement, et que le cancer a arraché de notre bord, et de celui de sa compañera et de son fils – que nous embrassons spécialement en ce premier anniversaire sans lui-).
Maintenant ce sont, et de manière croissante, les assassinats, les disparitions, les prisons, les enlèvements.
Si vous êtes pauvres, vous êtes vulnérables ; si vous êtes une femme, vous êtes encore plus vulnérable. Comme si le système ne se contentait pas de vous agresser pour ce que vous êtes, et se donnait la macabre tâche de vous éliminer. C’est-à-dire que ce n’est plus seulement une histoire de harcèlement et de violence sexuelle. 

Que s’est-il passé dans ce système, pour que devienne "naturel", voire "logique" ("oui, elles l’ont bien cherché", dit la société tout entière), non seulement le viol, mais aussi la séquestration, la disparition et l’assassinat de femmes ? Oui, de femmes.
La démocratisation de la haine de genre égalise âges, races, couleurs, statures, poids, croyances, idéologies, militances ou non ; toutes les différences, à l’exception de celles de classes, diluées dans un faute majeure : être femme.
Et voila, à vous de rajouter des circonstances aggravantes, selon votre différence : couleur, stature, poids, indigène, afro-descendantE, fille, garçon, ancienNE, jeune, gay, lesbienne, transgenre, votre manière propre à vous, quelle qu’elle soit. Oui, un système qui se charge non plus seulement de séparer et de mépriser les différences, mais maintenant décidé à les éliminer complètement. Et non seulement à les exterminer, mais à le faire désormais avec toute la cruauté dont est capable la modernité. La mort continue à tuer, mais maintenant avec davantage de sadisme.
 Donc, ce que nous voulons dire, c’est que non seulement il nous manque les mortes et les morts, mais aussi : les disparuEs, les séquestréEs, les emprisonnéEs 
Combien des absents d’Ayotzinapa entrent-ils dans combien d’urnes ? Dans quel projet de parti politique les rencontre-t-on ?
Quel logo institutionnel croise-t-on, lorsque l’on pense à ceux qui nous manquent ?
Et si on n’a même pas la certitude qu’ils soient morts ? Et si ce n’est pas seulement l’absence qui fait mal, mais aussi le fait que s’y ajoute l’incertitude et l’angoisse (il a mangé ? il a froid ? il est malade ? il a suffisamment dormi ? Quelqu’un le console ? Est-ce qu’il sait que malgré tout, je le chercherai toujours ?) ?
Dans quelle aspiration à une charge, à un poste, à un gouvernement, y a-t-il place pour les femmes agressées, disparues, assassinées par tout le spectre idéologique ?
Combien de bulletins électoraux valent les enfants assassinés par le Parti d’Action Nationale, dans la garderie d’enfants ABC ?
Pour qui votent les exterminés ? pour le Parti Révolutionnaire Institutionnel et ses répliques mal dissimulées, dans toute l’extension des géographies et des calendriers du Mexique d’en-bas ? 
Dans quels décompte de votes apparaissent les persécutés par le Parti de la Révolution Démocratique, accusés du délit d’être jeunes ?
Dans quels partis politiques sont représentées les différences sexuelles persécutées en public et en privé, pour lesquelles il y a comme condamnation l’enfer dans la vie et dans la mort ?
Quels sont les partis politiques institutionnels dont les logos et slogans salissent les murs que doivent sauter des milliers de migrants, hommes, femmes et enfants, pour tomber entre les mains de gouvernants-criminels-entrepreneurs de la traite de personnes ?
Et on pourrait trouver bien des exemples dans des chroniques, des blogs, des reportages, des notes journalistiques, des articles d’opinion, des hashtags, etc... mais il restera toujours la certitude que les faits criminels qui ne sont même pas mentionnés publiquement sont les plus nombreux.
Où est l’urne électorale pour qu’on puisse y exprimer l’exploitation, la répression, la spoliation et le mépris des peuples originaires ?
Dans quelle urne déposer les douleurs et les rages du...
Yaqui, Kumiai, Mayo, Cucapá, Tohono O´odham, Raramuri, Kikapú, Pame,Totonaca, Popoluca, Nahua, Maya Peninsulaire, Binizáa, Mixteco, Hñähñü, Totonaca, Mazateco, Purépecha, Mixe, Chinanteco, Mazahua, Me´phaa, Téenek, Rarámuri, Chontal, Amuzgo, Ópata, Solteco, Chatino, Papabuco, Triqui, Cora, Cuicateco, Mame, Huave, Tepehuano, Matlatzinca, Chichimeca, Guarijío, Chuj, Jacalteco, Lacandón, Comc´ac, Wixárika, Kanjobal, Chontal, Chocho, Tacuate, Ocuilteco, Kekchí, Ixcateco, Motocintleco, Quiché, Kakchiquel, Paipai, Pápago, Cochimí, Ixil, Kiliwa, Aguacateco, Mame, Chol, Tzotzil, Zoque, Tojolabal, Tzeltal ?
Où tout cela peut-il tenir ?
Et quand est-ce qu’en réajustant les critères, la dictature de la terreur et sa logique perverse qui envahit tout ont-elles obtenues leur autorisation légale ?

J’ai eu de la chance, dit n’importe quelle femme ou homme détroussée dans la rue, à son domicile, au travail, ils ne m’ont pas tiré dessus-mis un coup de couteau.
J’ai eu de la chance, dit n’importe quelle femme tapée et violée, ils ne m’ont pas séquestrée.
J’ai eu de la chance, dit l’enfant soumis à la prostitution, ils ne m’ont pas brûlé vif.
J’ai eu de la chance, dit le gay, la lesbienne, le transsexuel, ou l’AutrE avec les os cassés et la peau lacérée, ils ne m’ont pas assassinéE.
J’ai eu de la chance, dit l’ouvrier, l’employée soumisE à des heures supplémentaires de travail et un salaire plus réduit, ils ne m’ont pas licencié.
J’ai eu de la chance, dit le leader social torturé, ils ne m’ont pas fait disparaître.
J’ai eu de la chance, dit le jeune étudiant assassiné et jeté dans une rue, ma famille n’aura pas à me chercher.
J’ai eu de la chance, dit le peuple originaire spolié, ils ne m’ont pas exterminé.
Quelle enquête prend en compte la destruction de la Terre ? Pour qui votent les eaux polluées, les espèces animales traquées jusqu’à leur extinction, la terre stérile, l’air infecté ? Où met-on le bulletin d’un monde agonisant ?
Donc vous avez raison : "Nos rêves ne tiennent pas dans vos urnes".
Mais nos cauchemars non plus.
Chacun peut être responsable de ses rêves. Il reste à demander des comptes à celui qui est le responsable de nos cauchemars. Il manque ce qu’il manque...

UN "OUI", PLUSIEURS "NON".

Oui, la proposition initiale et originale est nôtre, de l’ezèdélène. Nous, hommes et femmes zapatistes, l’avons fait connaître aux déléguées et délégués du Cinquième Congrès du Congrès National Indigène. Cela a eu lieu les 9, 10, 11 et 13 octobre de l’année 2016, au siège du CIDECI-Unitierra, à San Cristobal de Las Casas, Chiapas, Mexique. Il y avait à ces dates-là des déléguées et délégués de collectifs, organisations, quartiers, tribus, nations et peuples originaires des langues amuzgo, binni-zaá, chinanteco, chol, coca, náyeri, cuicateco, kumiai, lacandón, matlazinca, maya, mayo, mazahua, mazateco, mixe, mixteco, nahua, ñahñu, ñathô, popoluca, purépecha, rarámuri, tlapaneco, tojolabal, totonaco, triqui, tzeltal, tzotzil, wixárika, yaqui, zoque, et chontal. Le 13 octobre 2016, la plénière de ce Cinquième congrès du CNI a décidé de faire sienne la proposition, et de la soumettre à une consultation entre ceux qui en font partie. Le 14 octobre 2016, aux premières heures, le CNI et l’EZLN ont rendu publique cette décision, dans un document appelé : "Que tremble la terre jusque dans ses entrailles".

-*-

Non, ni l’EZLN comme organisation, ni aucune, ni aucun de ses membres ne va participer pour "un poste d’élection populaire" au processus électoral de 2018.
Non, l’EZLN ne vas pas se convertir en un parti politique.
Non, l’EZLN ne va pas présenter une femme indigène zapatiste comme candidate à la présidence de la République en 2018.
Non, l’EZLN n’a "pas viré de bord" de quelque degré que ce soit, ni ne continuera sa lutte par la voix électorale institutionnelle.
Et donc l’EZLN ne va pas présenter une indigène zapatiste aux élections pour la présidence de la République ? Vous n’allez pas participer directement aux élections de 2018 ?
Non.
Pourquoi non ? A cause des armes ?
Non. Ils se trompent grandement ceux qui pensent que c’est pour ça : nous les zapatistes, femmes et hommes, nous avons pris les armes pour nous servir d’elles, pas pour en être les esclaves.
Donc c’est parce que le système politique électoral institutionnel est corrompu, frauduleux et illégitime ?
Non. Même s’il était transparent, équitable, juste et légitime, les zapatistes n’y participerions pas pour obtenir et exercer le Pouvoir depuis un poste, une charge ou une nomination institutionnelle.
Mais, dans certaines circonstances, pour des questions stratégiques et/ou tactiques, ne participeriez-vous pas directement pour exercer une responsabilité ?
Non. Même si "les masses" nous le demandaient, même si la "conjoncture historique" ait besoin de notre "participation", même si l’exigaient "la Patrie", "la Nation", "le Peuple", "le Prolétariat"  ou quel que soit le concept concret ou abstrait avancé comme prétexte (et derrière lequel se cache, ou pas, l’ambition personnelle, familiale, d’un groupe ou d’une classe) ; même si l’exigeaient la conjoncture, la confluence des astres, les prophéties, l’indice boursier, le manuel du matérialisme historique, le Popol Vuh, les enquêtes, l’ésotérisme, "l’analyse du concret de la réalité concrète", l’etcétéra qui conviendrait.
Pourquoi ?
Parce que l’EZLN ne lutte pas pour prendre le Pouvoir.

-*-

Vous croyez qu’avant on ne nous l’a pas offert, ça et plus encore ? Qu’ils ne nous ont pas offert des responsabilités, des postes, des ambassades, des consulats, des voyages à l’étranger "tout inclus", en plus des budgets qui y sont joints ? Vous croyez qu’ils ne nous ont pas offert de nous convertir en un parti politique institutionnel, ou de rentrer dans l’un de ceux qui existent déjà, ou de ceux qui se formeront, et de "jouir des prérogatives de la loi" (c’est comme ça qu’ils disent) ?
Nous avons accepté ? Non.
Et nous ne nous offensons pas, nous comprenons que l’ambition ou le manque d’imagination, ou la courte vue, ou l’absence de connaissances (et clairement, le fait de ne pas savoir lire), en amène plus d’un à se précipiter pour entrer dans un parti politique institutionnel, ensuite à en sortir et passer à un autre, ensuite à en sortir et en former un autre, et ainsi de suite. Nous comprenons qu’il y en a plus d’un (ou d’une) pour qui l’alibi de "changer le système depuis l’intérieur" marche encore. Pour nous, non.
Mais, en ce qui concerne la direction et les troupes zapatistes, notre refus ne concerne pas seulement le Pouvoir institutionnel, il s’applique aussi aux formes et aux processus autonomes que les communautés créent et approfondissent jour après jour.
Par exemple : aucun insurgé ou insurgée, qu’il ou qu’elle soit du commandement ou bien des troupes ; ni aucune commandante ou commandant du CCRI, ne peuvent être autorités dans une communauté, ni dans une municipalité autonome, ni dans les différentes instances organisatrices autonomes. Ils ne peuvent pas être conseillères, ni conseillers autonomes, ni conseils de bon gouvernement, ni commissions, ni aucune des responsabilités attribuées par assemblée, créées ou sur le point d’être créées au fil de la construction de notre autonomie, c’est-à-dire de notre liberté.
Notre travail, notre tâche en tant qu’ezèdélène, c’est de servir nos communautés, de les accompagner, de les soutenir, pas de les diriger. Les soutenir, oui. Parfois on y arrive. Et oui, c’est vrai, parfois nous sommes une entrave, mais, dans ce cas, ce sont les peuples zapatistes qui nous donnent une gifle (ou plusieurs, selon), pour que nous corrigions.

-*-

Tout cela n’aurait pas besoin d’être clarifié et réaffirmé, si une lecture attentive avait été faite du texte intitulé "Que tremble la terre jusque dans ses entrailles" , rendu public le matin du 14 octobre 2016.
Non, nous n’avons pas participé à la rédaction de la déclaration. Le texte a été rédigé par la commission provisoire nommée par l’assemblée du CNI et ils nous l’ont fait connaître. Nous n’avons pas ajouté ni retiré la moindre virgule, ni le moindre point. C’est tel que l’ont écrit les déléguées et délégués du CNI que nous l’avons fait nôtre.
Mais comme cela se voit, l’analphabétisme fonctionnel ne connaît pas de frontières idéologiques ni de signes partisans, puisque de tout le spectre politique ont surgi un certain nombre d’expressions, de commentaires et d’opinions oscillant entre racisme et stupidité. Oui, nous avons vu une partie des intellectuels de la gauche institutionnelle et certains de la gauche marginale coïncider avec le membre du parti du PAN Diego Fernandez de Cevallos, paladin du "féminisme", de "l’honorabilité", de "l’honnêteté", de "l’inclusion", et de "la tolérance", et qui s’occupe désormais, aux côtés d’Antonio Lozano Garcia, la version ésotérique de "La Loi et l’Ordre", de cacher d’ex(?) gouverneurs en fuite.
Qui oublie la Calderona applaudissant à en devenir fou de rage, lorsque le sus-nommé Fernández de Cevallos, alors candidat présidentiel en 1994, donnait aux femmes le "doux" nom de "bande de gonzesses", et qu’il appelait les paysans "les sans-caleçons" ? La Calderona est-elle le symbole de la montée en puissance des femmes d’en haut, ou bien le simple prête-nom d’un psychopathe insatisfait ? Cela trompe-t-il encore quelqu’un, qu’il se présente sous son nom de "femme célibataire" ?
 
Comme nous vous le raconterons après, les déléguées et délégués du CNI au Ve congrès avaient averti que le profond racisme qu’il y a dans la société mexicaine était un obstacle pour mener à bien cette initiative.
 
Nous, nous leur avons dit que ce n’était pas seulement du racisme. Il y a aussi, dans la classe politique mexicaine, un profond mépris. Pour celle-ci, les peuples originaires ne sont même plus aujourd’hui un obstacle, un vieux meuble qu’il faudrait jeter aux poubelles de l’histoire en le décorant de citations du Popol Vuh, de broderies multicolores et de rubans d’occasion. La politique d’en haut voit au travers des indigènes, comme si c’étaient les restes des pacotilles de verre oublié par un conquistador quelconque, ou les restes anachroniques d’un passé capturé sous formes de codex, de livres et de conférences "magistrales". Pour la politique institutionnelle, les peuples originaires n’existent pas, et quand ils "réapparaissent" (c’est comme ça qu’ils disent), c’est qu’il s’agit alors d’une sale manœuvre d’un esprit pervers et tout puissant. 524 ans après, ils ne conçoivent l’indigène que comme incapable, idiot, ignorant. Si les originaires font quelque chose, c’est parce que quelqu’un les manipule ; s’ils pensent quoi que ce soit, c’est parce que quelqu’un les oriente dans la mauvaise voie. Pour les politiciens d’en haut de tout le spectre idéologique, il y aura toujours "un étranger ennemi" derrière les peuples indigènes.
 
Le monde de la politique institutionnelle n’est pas seulement incroyablement fermé et compact, non. C’est aussi là où la "popularité" règne sur la rationalité, la bestialité sur l’intelligence, et l’impudence sur un minimum de décence.
Que les médias commerciaux dupent l’information pour la convertir en marchandise, on le sait déjà, passons. De toutes manières il faut bien que les reporters mangent, et c’est compréhensible que, pour eux, la "coupure de presse" disant que l’EZLN va participer aux élections avec une femme zapatiste se vende mieux que de dire la vérité, c’est-à-dire que c’est le CNI qui va décider s’il participe ou non, avec sa propre déléguée, et qui, si c’est le cas, comptera sur le soutien du zapatisme.
Cela se comprend, le manque d’information est aussi une marchandise. Les reporters et rédacteurs ont gagné leur pain quotidien, ok (oui, de rien collègues, non, non faut pas me remercier, non, sérieusement, bref).
Mais que des personnes qui se disent cultivées et réfléchies, dont on suppose qu’elles savent lire et écrire et qu’elles ont accès à un minimum d’information, qui donnent des cours dans des centres d’études supérieures, qui sont émérites, qui touchent sans faute leurs bourses et leurs salaires, et qui voyagent en vendant de la "connaissance" ne lisent pas ce que le document "Que tremble la terre jusque dans ses entrailles" dit clairement, et qu’ils disent et écrivent toutes sortes de sottises, et bien c’est, comment le dire calmement ?... et bien ça fait d’eux des escrocs et des charlatans.
On dirait que les 140 caractères et la maison de cristal de plomb des médias se sont déjà transformés en un mur qui nie la réalité, qui l’expulse et la déclare illégale. Tout ce qui ne rentre pas dans un tuit n’existe pas, se disent-ils et se content-ils de penser. Et les médias commerciaux le savent : "personne ne va lire avec attention un document de 6 pages, donc faisons un résumé quelconque et les "leaders d’opinion" sur les réseaux sociaux le prendront comme une vérité". Apparaissent ainsi une série de barbaries qui, d’ores et déjà, précipite une hystérie de suppression qui provoquera, peut-être, l’effondrement de l’immense royaume de l’oiseau bleu .
 
Combien de mépris de la part des peuples originaires méritent ces personnes, qui ne leur concèdent pas même l’existence. Bien que le texte dise clairement : "une femme indigène déléguée du CNI", la magie de la stupidité efface "du CNI" et le remplace par "de l’EZLN".
Et ensuite ? Et bien une déferlante de positionnements, de commentaires, d’opinions, de critiques, de disqualifications, de likes et de dislikes, de pouces vers le haut et vers le bas, et même un certain nombre de majeurs levés.
Lorsque quelqu’un qui avait effectivement pris la peine de lire le texte original, fit timidement remarquer que la possible candidate serait du CNI et non de l’EZLN et que, par conséquent, ce n’est pas l’EZLN qui participe aux élections, le monde entier lui tombe dessus : "nan, tout ça c’est une vile manipulation de la face de serpillière".
Et ensuite ceux qui réclamaient, presque immédiatement, pourquoi on ne "libérait" pas (oui, c’est comme ça que c’était écrit) tout d’abord le Chiapas. Bien sûr, vu que c’est au Chiapas que se trouvent les territoires des Yaquis, Kumiai, Rarámuris, Nahuas, Zapotecos, Mixtecos, Chinantecos, Totonacos, Popolucas, Mayas Péninsulaires, Wixaritaris, pour n’en mentionner que certains. Suite aux premières moqueries, ils ont commencé à rectifier le tir et à, au moins, consulter sur google qui pouvaient bien être ces autres indigènes là "manipulés par la face de chaussettes", et ils se sont alors rendus compte qu’ils ne survivent pas au Chiapas (ce qui, dit en passant, aurait impliqué que les prouesses manipulatrices du défunt en question surpassent déjà les frontières des "montagnes du sud-est mexicain").
Après avoir consulté des compas avocats, j’ai demandé au sous-commandant insurgé Moisés, et non. Il n’y aura pas de plaintes devant la CONAPRED (Commission Nationale pour la Prévention de la Discrimination) pour violation de l’article premier de la Constitution politique des États unis mexicains et de la Loi fédérale pour la prévention et l’élimination de la discrimination, ni devant les tribunaux pour divulgation d’information "inexacte et fausse" causant "un tort, qu’il soit politique, économique, d’honneur, de vie privée et/ou d’image".
Non, nous ne savons pas si le Congrès National Indigène (qui compte dans ses rangs un certain nombre de spécialistes en jurisprudence) procédera au dépôt des plaintes en question. 
Nous ne savons pas non plus si les étudiantEs, lecteurs et lectrices, disciples et celles et ceux qui leur paient bourses et salaires procéderont au dépôt d’une plainte judiciaire pour fraude (fraude : mensonge, donner l’apparence de la vérité à ce qui est mensonger), selon les termes de l’article 386 du Code pénal fédéral : "commet le délit de fraude celui qui trompant quelqu’un ou profitant de l’erreur dans lequel celui-ci se trouve, s’approprie illicitement de quelque chose ou obtient un profit excessif".

-*-

Cependant il y a eu, il y a, et il y aura des doutes et des questionnements légitimes et rationnels (l’immense majorité de la part de compas de la Sexta, mais pas seulement). C’est à ces doutes et ces questionnements que, dans la mesure du possible, nous tenterons de répondre dans ce texte. Il est certain que nos paroles ne seront pas suffisantes. Toutes les critiques formulées depuis tout le spectre politique et idéologique avec un minimum de rationalité, de respect et avec une information véridique, nous les prendrons en compte, si elles sont de notre ressort.
Et il faut ici le mettre au clair auprès de toutes et tous : la proposition n’est plus dans les mains du zapatisme. Depuis le 13 octobre 2016, la proposition a cessé d’être nôtre, et s’est transformée en proposition conjointe, au cours du Cinquième congrès du CNI.
Plus encore : depuis le jour où la consultation du CNI a débuté, l’acceptation, le rejet et/ou la modification de la proposition dépend uniquement et exclusivement des collectifs, organisations, quartiers, tribus, nations et peuples originaires organisés au sein du Congrès National Indigène. Plus de l’EZLN. Le résultat de cette consultation et les décisions qui en découleront, s’il y en a, seront connues lors de la Seconde étape du Cinquième Congrès, les 29, 30 et 31 décembre 2016 et le 1er janvier 2017, dans l’État du Chiapas, Mexique. Ou avant, si le CNI en décide ainsi.

-*-

Bien sûr, vous êtes en train de vous demandez pourquoi nous avons fait cette proposition. Si nous continuons à penser comme nous l’avons dit depuis le début de notre lutte, et nous le ratifions maintenant. Bon, nous vous l’expliquons maintenant.
Quand le Sous-commandant insurgé Moisés m’a dit qu’il m’incombait de faire l’explication à la Sexta, je lui ai demandé comment je devais le faire. "Très simple", m’a-t-il répondu, "raconte leur ce qu’il s’est passé". C’est ce que je vais faire...

UNE PETITE ET COURTE GENEALOGIE.

Nous n’avons pas pu préciser la date. Nous sommes tous les deux tombés d’accord que c’est entre les années 2013-2014. Bien que le défunt Supmarcos n’était pas encore défunt, sa mort avait déjà été décidée, le Sous-commandant insurgé Moisés était déjà à la tête de l’EZLN, et les premières observations de l’Hydre commençaient à s’éclaircir.
Je ne sais pas là-bas, mais ici, les idées ne surgissent pas à un moment particulier, ni n’ont d’auteur ou d’auteure précisE. Elles naissent et ensuite, elles se modèlent petit à petit, parfois elles en arrivent à se transformer en une proposition, puis en une initiative. D’autres fois, le plus souvent, elles n’en restent qu’au stade des idées. Pour franchir la limite entre idée et proposition, il faut des mois, des années, voire des décennies. Et, si cela arrive, il suffit que l’idée se concrétise dans la parole de quelqu’un pour que débute son chemin cahoteux.
Cela n’a pas non plus surgi d’une réunion ex profeso. Si vous me pressez de répondre, je dirais que ça a commencé au petit jour, un matin de café et de tabac. Nous analysions ce que les différents postes de vigie détectaient, et les changements profonds qui, bien qu’apparus il y a un moment de cela, étaient déjà manifestes dans les villages et les communautés zapatistes.
Moi, je dis que c’est par le Sous-commandant Moisés que l’idée à fait son chemin. Je suis quasiment sûr qu’à moi, quelque chose d’aussi insensé et absurde ne m’aurait pas traversé l’esprit. 
Quoi qu’il en soit, c’est à partir du moment où le SubMoy en a parlé que nous nous sommes mis à y penser sérieusement, avec la fameuse méthode zapatiste de faire retourner et retourner l’idée, jusqu’à arriver là où nous le souhaitons, c’est-à-dire "au jour d’après".
Commençons par le début, c’est-à-dire par les difficultés et les obstacles. Si les unes et les autres sont suffisamment grandes pour qu’elles soient dignes de défi, alors on passe à la phase suivante : ce qui s’y oppose. Après, et seulement après, on analyse les pour, ce qu’elle a de bien. C’est-à-dire qu’on ne décide pas avant de savoir si ça vaut le coup. C’est-à-dire que premièrement va le quoi, ensuite, tout ce qui s’oppose et tout ce qui va en faveur du comment, ensuite, où et quand (le calendrier et la géographie) et, à la fin du commencement, qui.
Tout cela, ça n’est pas le fait d’une personne, ça s’ouvre petit à petit à des collectifs chaque fois plus nombreux. C’est là que ça se "complète" petit à petit, à partir des questions, premièrement des comités les "plus vieux" (nous nous référons à ceux qui sont les plus anciens et qui connaissent notre histoire de première main), ensuite avec ceux qui se sont incorporés au travail de direction organisationnelle, ensuite à ceux qui participent déjà comme suppléants (c’est-à-dire ceux qui prennent peu à peu la relève des chefEs et chefs) et enfin, à ceux qui sont en formation, "les candidatEs" (c’est-à-dire ceux qui sont en train de se préparer pour faire le travail). Là, je parle déjà de centaines de têtes, de pensées, d’aller-retours de la parole, de l’écoute ; je parle d’un cœur collectif qui va s’élargissant ; en se faisant de plus en plus grand.
L’étape suivante a à voir avec la réponse à la question "Qui va le faire ?". S’il en incombe aux autorités autonomes, alors la consultation passe par elles ; s’il en incombe aux communautés, alors on fera une consultation générale : à toutes et tous. Si ça ne concerne aucune de ces instances, alors il faut demander à celui qui va le faire, parfois de forme indirecte, parfois directement. Si ce "qui" répond affirmativement, alors on consulte tout le monde, pour définir si oui on le soutient, et comment.
C’est ça que nous avons fait durant 2 ou 3 ans, au moins. C’est-à-dire que l’idée allait et venait, mais sans aller au-delà. Après, ils m’ont demandé de faire un sondage auprès de gens proches. Je l’ai fait.
Bien plus tard, au petit matin de cette année de 2016, le sous-commandant insurgé Moisés m’a appelé et m’a dit : "Il y a un travail, il faut en parler".
Le ton m’a provoqué de l’inquiétude : la dernière fois que je l’ai écouté, j’ai terminé mort et on m’a fait renaître en une seule journée, il y a un peu plus de deux ans de cela. Je me suis toutefois rendu à la réunion.
Cela devait être le premier janvier de cette année 2016, pour le 22e anniversaire du soulèvement. Il n’y avait personne d’autre dans les bureaux du Commandement général de l’EZLN, que le subMoy occupe depuis déjà plus de 3 ans. Le café était froid, mais il y avait suffisamment de tabac. Il m’a expliqué à grands traits, comme il en a l’habitude : comme s’il pensait à voix haute. Il a exposé les contre, les pour, et il a attendu. J’ai compris que c’était mon tour. L’idée, comme je l’ai déjà expliqué, mûrissait depuis un moment, raison pour laquelle je me suis limité à citer les contre, et à ajouter des questionnements au sujet des pour. Le "qui ?" nous dépassait, et tout ce qui n’a pas à voir directement avec nous, femmes et hommes zapatistes, reste une énigme. Lorsque le SubMoy a répondu à ma question de "qui ?", avec un laconique, "celui qui fête son anniversaire" (c’est-à-dire le CNI, qui allait fêter ses 20 ans), l’incertain s’est rétrécit : cela faisait deux décennies que nous nous connaissions, et le Congrès National Indigène était l’initiative la plus solide depuis que nous étions sortis au grand jour : le CNI s’était maintenu, avec ses hauts et ses bas, fidèle à son essence, et bien que ses douleurs soient éloignées des médias, il représentait le secteur le plus durement touché par l’Hydre. Cependant, tout cela ne faisait que renforcer les doutes.
"En réalité" lui dis-je, "ce n’est pas possible de savoir ce qu’il va se passer. Cela va faire jaillir de nombreuses complications et certainement, ce qui en aboutira sera, dans le meilleur des cas, une inconnue. Nous ne savons pas si le Congrès National Indigène va accepter, et encore moins si la Sexta va comprendre. Mais bon, les autres de là-bas en haut ne pensent pas, eux réagissent avec le foie, et ils vont détruire des choses qui seront probablement impossible à reconstruire. C’est très risqué. Maintenant précisément, en regardant et en analysant ce qu’il y a là dehors, je te dis que c’est plus probable que ça se passe mal plutôt que ça se passe bien".
Le Submoy mit de côté la tasse de café et alluma une cigarette. "C’est pour ça, c’est là où toi, tu interviens. Tu sais bien que notre manière à nous est de nous préparer avant tout à ce que ça se passe mal, rappelle-toi de comment s’est passé le soulèvement et tout ce qui s’en ait suivi. Donc si ça se passe mal, nous avons besoin ..."
Je me suis précipité pour l’interrompre : "D’un plan alternatif ?"
Il a ri de bonne foi et dit : "Non, nous avons besoin de quelqu’un sur qui rejeter la faute, si ça s’est mal passé".
A grands traits, le sous-commandant Moy s’est mis à évoquer des bouts du film "la loi d’Herodes" et, alors que je pensais qu’il allait s’arrêter au moment du discours final du député Vargas (l’histoire d’un médiocre qui devient criminel, puis gouverneur, ça vous dit quelque chose ?), il s’est référé au moment du "il y a une bonne et une mauvaise nouvelle".
(Note de dilettantisme : "La loi d’Hérodes" est un film de Luis Estrada, avec Martin Torres comme adjoint à la direction, histoire et scénario de Jaime Sampietro, Fernando León, Vicente Leñero et le même Luis Estrada, photographie de Norman Christianson, musique de Santiago Ojeda, maquillage de Alfredo Mora et Felipe Salazar. Avec "L’enfer" - de Luis Estrada également, avec dans le casting, dans le rôle du "Cochiloco", le grand Joaquin Cosio- ce sont les seuls films qui ont réussi à déplacer les films de Jean Claude Van Damme du "top" cinéphile des communautés et des campements zapatistes).
Ensuite, il a ajouté : "Nous avons besoin de planifier d’abord ce qu’on va faire avec la mauvaise nouvelle".
Il n’en fallait pas beaucoup pour deviner que la mauvaise nouvelle était l’échec de l’initiative. Je ne me réfère pas au fait qu’elle pourrait ne pas avoir de succès en soi, mais au fait qu’elle soit refusée par le CNI, qui, s’il l’acceptait, se convertirait en protagoniste indiscutable de quelque chose qui étourdirait le Mexique et le monde.
Le sous-commandant insurgé Moisés commença à rentrer dans les détails :
"Regarde, la première chose qui va le préoccuper, le CNI, c’est qu’on les accuse de trahir leur parole, de se plonger dans la merde, de se détourner du bon chemin, d’abandonner la lutte. C’est-à-dire de s’être laissés convaincre par le système et qu’ils veulent la rétribution, c’est-à-dire le Pouvoir, diriger, être comme les autres. Qu’ils se sont rendus, qu’ils se sont vendus. Ces critiques, c’est sûr qu’ils vont les avoir, mais je suis sûr qu’ils ont de la tête et de la réflexion pour répondre clairement. Mais le problème, c’est qui va les écouter ? Ils vont être attaqués très durement, et on ne leur donnera pas même l’opportunité de se défendre.
Après quelques heures de questions et de réponses, je lui ai dit : "Mais pour ça ce n’est pas nécessaire que je sois présent. Quelques communiqués suffiront, avec peut-être une interview. Les médias sont comme ça, ils penseront que rien n’a changé, qu’on peut faire pareil. Ceux d’en haut, bon, ils sont tellement prévisibles qu’ils me donnent la flemme. Ils sortiront le truc du protagonisme, de la manipulation, du divisionisme. Là oui, il se concentreront sur une personne, là-dessus tu as raison. Mais je te le répète, pour ça, ce n’est pas nécessaire que je sois là. Plus encore : ils sont tellement carrés, que même sans dire un seul mot, ils se ligueront contre moi."
"Non", répondit le subMoy, "il faut que ce soit toi qui présente la proposition. Pas simplement parce que s’ils te voient là, ils penseront que c’est une manigance de ta part et que la bande opposée va tomber dans le panneau, aussi et surtout, parce que les compas du CNI doivent comprendre que ce n’est pas quelque chose qui ne concerne que les peuples indigènes. C’est plus grand que ça, bien plus grand".
Alors, après avoir allumé une autre cigarette, il a ajouté :
"Aussi grand, voire même plus, que le premier janvier 1994".
L’affirmation n’était pas à prendre à la légère, surtout venant de qui la faisait. Le sous-commandant insurgé Moisés n’est pas seulement un vétéran de guerre, il est entré dans l’EZLN bien avant le début de la guerre. Le premier janvier 1994, il a dû assumer la direction d’un régiment, et se charger de la prise de la place centrale de la municipalité de Las Margaritas, en même temps qu’il portait le corps déjà sans vie du Sous-commandant insurgé Pedro. Des années plus tard, il s’est chargé des communautés zapatistes. Le 26 octobre 2010, il a été promu au grade de Sous-commandant insurgé, le plus haut dans la hiérarchie militaire de l’EZLN. En 2012, "le jour de la fin du monde", ce fut lui qui organisa et qui coordonna la mobilisation silencieuse de plus de 40 000 hommes, femmes, enfants et anciens zapatistes qui, à cette date, ont surpris le monde entier. Le 14 février 2013, il a assumé le rôle de porte-parole et de direction du zapatisme. Depuis lors, toute notre parole publique et n’importe quelle initiative nationale ou internationale doit obtenir son aval.
Et il a eu, et il a raison : l’engagement est tel, et à la fois si terrible et merveilleux, que cela pourrait être plus grand encore que ce fameux premier janvier de l’année 1994 qui nous a marqué de manière indélébile.
"Même si le CNI rejette la proposition, le simple fait de se mettre à penser, à discuter, à dialoguer, ce ne sera plus pareil, car on passera du "C’est cela qu’ils nous font" à "nous allons faire quelque-chose", et cela, ça débouche déjà sur une autre réflexion", a continué à dire le Sous-commandant insurgé Moisés.
"Ils ne seront plus seuls, ni seules" a-t-il dit, quasiment à la fin, "en plus de nous, ils auront de leur côté les arts et les sciences".
Avant de me retirer, je lui ai demandé pourquoi le Congrès National Indigène. Le Sous-commandant insurgé Moisés se leva pour m’accompagner jusqu’à la sortie, et me répondit :
"Car ce sont les seuls qui peuvent faire ce que nous, nous ne pouvons pas".
Après, il s’est passé ce qu’il s’est passé. Les enseignants démocratiques ont mis leur rébellion en berne, les peuples originaires ont continué à encaisser des coups, des spoliations et des actes de mépris, l’Hydre a continué à dévorer des mondes, et le pARTage a jailli en une explosion de couleurs, de sons, de formes et de mouvements qui n’ont été rien d’autre que le prélude à ce qui allait arriver par la suite : un tremblement terrible et merveilleux.
La veille encore, je demandais au sous-commandant Moisés si il y avait le moindre changement. "Effectivement comme nous n’avons dit, prépares-toi à faire ta sortie", m’a-t-il répondu, sans rien rajouter de plus.
Nous sommes arrivés le 9 octobre au CIDECI, au moment où l’après-midi étendait déjà ses vêtements tachés sur les arbres et les maisons. Plus tard, lorsque la nuit fut déjà maîtresse et seigneure du calendrier et de la géographie, arrivèrent les délégations du CNI, en ordre dispersé. Le chemin qu’ils avaient à parcourir n’était pas des moindres.
Nous avions suivi avec attention tout et chacun des processus en cours au sein du CNI, leur parole publique, et leur parole privée. Le CNI est l’unique espace où les originaires peuvent se faire écouter. Nous savions déjà qu’au décompte des assassinés, des disparus, des emprisonnés, des molestés, s’ajouteraient maintenant les cadavres de territoires entiers.
"Lorsqu’un territoire d’un peuple, d’une nation, d’une tribu ou d’un quartier originaire est spolié ou détruit", disait le Grand Tata Juan Chávez Alonso, un indigène purépecha qui a été maître et guide du CNI et de l’EZLN, "alors meurent avec lui les originaires qui y prennent racine et maison. Et quand meurt un peuple originaire, un monde s’éteint".
Nous savions déjà alors que, dans les tables de travail et les rapports de ce congrès, moins de mondes seraient présents. Ils n’étaient pas peu nombreux, ceux qui viendraient pour dire adieu, bien qu’ils ne le sachent pas encore.
"Il est temps de commencer", m’a dit le Sous-commandant insurgé Moisés, "il faut partager la responsabilité"...

NAISSANCE D’UNE PROPOSITION

Le 9 octobre 2016, alors qu’il faisait déjà nuit, nous avons demandé à avoir quelques premières réunions avec ceux qui arrivaient. Nous nous sommes réunis dans un lieu isolé des installations du CIDECI-Unitierra. La délégation zapatiste s’est assise face aux déléguées et aux délégués du CNI qui étaient en train d’arriver. Permettez-moi de vous parler un peu de la délégation zapatiste : ils étaient 34, 17 femmes et 17 hommes ; parmi elles et eux, 7 seulement étaient "des ancienEs" ; le reste, 27, étaient des commandantes et commandants qui étaient enfants et adolescents lorsque nous nous sommes soulevés le premier janvier 1994.
Nous nous sommes salués d’une poignée de main. ToutEs se sont assis, sauf le Sous-commandant insurgé Moisés et moi. Il m’a fait un signal.
J’ai commencé à parler, en essayant de rappeler tout ce dont nous avions parlé auparavant, en expliquant ce que, à quelques mots près, j’allais répéter le lendemain 10 octobre, durant la plénière à portes closes, et ensuite durant la plénière ouverte du 13 octobre :
"Nous pensons que nous avons une décision à prendre en tant que CNI et EZLN. Nous devons décider si ce Cinquième congrès sera comme d’autres réunions, où nous faisons part de nos douleurs, parlons de nos résistances, nous plaignons, maudissons le système, déclarons que nous n’allons pas nous rendre, et rentrons chacun sur nos terres pour y continuer le décompte des agressions, des spoliations, des injustices, des morts.
Notre douleur arrive chaque fois à de moins en moins de personnes. Nos morts ne trouvent pas le même écho qu’auparavant. Et ce n’est pas que les gens d’en dehors soient devenus cyniques ou apathiques. C’est que la guerre que nous subissons depuis un certain temps en tant que peuples originaires, est arrivée jusqu’à eux. Qu’elle est arrivée jusque dans leurs rues, dans leurs maisons, dans leurs écoles, sur leurs lieux de travail. Nos douleurs sont maintenant une douleur de plus parmi tant d’autres. Et, bien que la douleur s’étende et se fasse plus profonde, nous sommes encore plus seuls qu’auparavant. Chaque fois, nous allons être de moins en moins.
 
Bientôt le CNI ne pourra plus se réunir, car il ne pourra plus sortir de ses territoires, que ce soit à cause du coût, à cause du mauvais gouvernement, à cause des entreprises ou à cause de la criminalité, que ce soit parce que la mort naturelle ou bien la mort mauvaise l’en empêche. Un peu plus tard, nous ne parlerons plus qu’entre nous- mêmes, en sachant déjà à l’avance ce que nous allons dire.
Vous, déléguées et délégués du CNI, vous êtes là parce que vous avez été mandatés, parce que vos peuples, nations, tribus et quartiers cherchent un soutien, une parole et une écoute qui les soulagent et les réconfortent. Vous venez pour parler et pour écouter. Vous vous devez à vos peuples, et à personne d’autre. Tout va très mal et, vous le savez tout comme nous, ça va être pire. Vous devez faire quelque chose."
Je leur ai alors raconté une anecdote qui était arrivé au défunt supMarcos, au moment de l’Autre campagne, il y a 10 ans.
Il racontait que, dans une nation originaire du nord-ouest du Mexique, il s’était réunit avec un chef indigène. Comme à d’autres occasions, le défunt avait été critiqué, parce que le chef en question avait reçu auparavant des gouvernements institutionnels. Le défunt fit savoir que lui n’avait pas été envoyé pour juger et condamner ou bien pour absoudre, mais qu’il devait écouter, car un jour cela serait utile. Le chef indigène le reçut à part et en privé.
Le Chef dit au défunt : "je sais bien qu’ils ne voulaient pas que tu te réunisse avec moi, qu’ils ont insisté pour que tu ne sois pas ici présent. Moi aussi, ils ont insisté pour que je ne te reçoive pas. Je ne sais pas pourquoi tu es ici. Je m’imagine que ceux qui t’ont envoyé t’ont dit cela, que tu nous voies et que tu nous écoutes. Je ne sais pas. Mais je vais te dire pourquoi je t’ai reçu. Moi j’ai reçu les gouvernements. Il en est venu de toutes les couleurs et de toutes les tailles. Ils arrivent, ils se prennent leur photo, prononcent quelques mots, partent, ne reviennent pas. Moi je les ai reçu car mes ancêtres m’ont dit que mon devoir était de m’assurer que les miens, mon peuple, ne meurt pas, qu’il survive. C’est pour ça que je les ai reçu à ceux là, c’est pour ça que je te reçois, toi. Je ne crois pas que tu ne m’apportes ni des conseils, ni des enseignements, bien que ce soit bien que tu ne cherches pas la photo, et que tu écoutes au lieu de parler. A ceux-là, je les ai reçu parce que je pense qu’ainsi mon peuple survit un peu plus longtemps et ne meure pas. C’est pour cela que toi je te reçois, car je crois que quelque chose se verra de ce que nous sommes, et ce regard, bien que ce soit pour peu de temps, aidera mon peuple à survivre." Le défunt annota tout dans son carnet, c’est pour ça qu’il avait parfaitement les paroles du chef indigène. 
Après ces paroles, le chef est resté silencieux. Le défunt demanda alors permission de lui parler. Le chef lui concéda la parole. Le défunt dit plus ou moins (il n’a pas pu noter les paroles dans son cahier, parce qu’il ne pouvait pas parler et noter en même temps) : "Merci de me recevoir. J’ai seulement une question : ne vous sentez-vous pas préoccupé de pouvoir vous être trompé, c’est-à-dire que, en recevant les gouvernements ou bien en me recevant, vous n’ayez pas aidé votre peuple à ne pas mourir, et que vous soyez jugé comme un mauvais chef ?"
Le chef indigène attendit de voir si c’était toute la question, et répondit ensuite : "Moi, seul mon propre peuple peut me juger. Si mon peuple me condamne pour ce que j’ai fait et ce que je fais, ça veut dire que je ne me suis pas trompé. Car pour qu’il me juge et me condamne, il faut que mon peuple ait survécu. J’aurai ainsi donc rempli mon devoir et rendrais des comptes positifs aux morts, bien que les vivants me condamnent".
Ainsi se termine l’anecdote du défunt. Je continuai à parler :
"C’est pour ça que vous devez avoir clairement en tête à qui vous devez rendre des comptes. A l’EZLN, vous ne devez rien. Ni à la Sexta. A personne d’autre qu’à vos propres peuples, qu’à ceux que vous représentez, vous ne devez quelque chose. Vous devez faire quelque chose, parce que bientôt, pour beaucoup, il n’y aura plus rien, et ce sera trop tard".
Nous leur avons dit qu’ils devaient faire quelque chose, que leur devoir était auprès de leurs quartiers, de leurs tribus, nations et peuples originaires, auprès de leurs collectifs et de leurs organisations.
Nous leur avons dit qu’ils fassent quelque chose, quoi que ce soit ; que, s’ils le jugeaient nécessaires, ils rejoignent MORENA  (c’est dans les enregistrements, et les déléguées et délégués présents peuvent le certifier ; ce fut la seule fois que, pour notre part, mention fut faite de ceux qui, plus tard et bien avant tout le monde, délégitimèrent et condamnèrent la proposition, faisant montre de stupidité, de racisme, d’intolérance, de mépris et de franche schizophrénie. Oui, la première option qui a été présenté par le zapatisme au CNI, c’était de soutenir le Parti Mouvement de Régénération Nationale). Ou qu’ils rentrent dans n’importe quel autre parti politique. Ou qu’ils fassent leur propre parti politique.
Que dans tout cela, nous n’allions pas les suivre, mais que nous comprendrions pourquoi ils le faisaient, et qu’ils ne subiraient pas, de notre part, ni de jugements, ni de condamnations.
Nous leur avons dit que si la Sexta les dérangeait, qu’ils la laisse.
Que si l’EZLN les dérangeait, qu’ils coupent la relation avec nous.
Je n’ai pas besoin de vous dire que, à chacune de ces deux options, les déléguées et délégués faisaient de grands gestes, comme s’ils chassaient des mouches impertinentes. Toutes et tous se maintenaient silencieux. J’ai continué :
"Faites quelque chose, ça, ou autre chose."
A ce moment là, je me suis tourné en direction du sous-commandant insurgé Moisés. Il m’a fait geste de continuer :
"Nous, nous sommes venus vous proposer autre chose : nous subissons les coups, avec des morts, des disparitions, des rapts, des emprisonnements, des spoliations, des injustices, des territoires entiers détruits et d’autres en voies d’extinction. Nous sommes acculés, sans espoirs, sans forces, sans soutiens, faibles, agonisants. Pour les politiques et les médias, qu’ils soient de gauche ou progressistes, nous n’existons pas.
C’est pour cela que nous, hommes et femmes zapatistes, nous pensons que c’est le moment de passer à l’offensive. Est arrivée l’heure de la contre-attaque. Et il faut commencer en frappant l’un des cœurs du système : la politique d’en haut.
C’est pour ça que nous vous proposons que le CNI forme une Junta de Gobierno Indígena, un Conseil de Gouvernement Indigène ( c’est comme ça que cela s’appelait dans notre proposition originale ; mais en assemblée, et suite à la proposition d’une délégation indigène magoniste de Oaxaca, le nom devint "Conseil Indigène de Gouvernement"), un collectif formé par des délégués du CNI, aspirant à gouverner le pays. Et qu’il se présente aux élections présidentielles de 2018, avec une femme indigène du CNI en tant que candidate indépendante".
Non, face à cette proposition, les déléguées et délégués ne firent pas comme s’ils chassaient de leurs yeux un insecte dérangeant, mais il se sont bien plutôt franchement énervés. Certains, cela les a énormément dérangé (Bon, plutôt, ils sont devenus furieux). D’autres encore ont dit que comme blague, c’était de très mauvais goût, que ça ne les faisait pas rire, mais leur provoquait plutôt des douleurs d’estomac.
Mais la majorité a gardé le silence.
Je dois vous dire que, dans le mode des originaires, le silence ne signifie pas accord, conviction, ou manque d’arguments. Cela signifie qu’ils écoutent, et, attention, qu’ils pensent et analysent avant de parler (oui, à plus d’un ou d’une, ça leur ferait grand bien de suivre cette méthode).
Pourquoi nous ont-ils écouté ? Parce que nous nous considérons comme frères et sœurs. Le respect que nous nous portons mutuellement a fait qu’ils nous ont écouté jusqu’à la fin.
Et ils ont compris que ce n’était pas une idée saugrenue, mais une idée qui pourrait en arriver à devenir une proposition. Et c’est comme tel qu’ils ont commencé à y penser.
Après un silence prolongé, quelqu’un ouvrit la discussion en disant quelque chose comme : "je suis en train de penser que de cette manière, nous pourrions reconstruire le CNI, que l’initiative donnerait à nouveau de la visibilité aux indigènes. Car, compas, il faut le dire clairement, nous n’existons pas pour la classe politique. Même en tant qu’objets d’aumônes, ils ne nous mentionnent même plus. Et je crois qu’avec cette proposition, non seulement nous pourrions nous rencontrer avec d’autres indigènes, mais nous rencontrerions aussi beaucoup de gens d’en bas qui sont dans la merde. Il y a beaucoup de mécontentement dans tout le pays, et il n’y a pas d’alternative pour les indigènes, pas plus qu’il n’y en a pour ceux qui ne sont pas indigènes. Évidemment, la proposition a plusieurs choses négatives, que nous devons analyser avec sérieux".
Quelqu’un d’autre pris la parole, et mentionna deux points négatifs : le racisme qu’il y a dans la société mexicaine ; et qu’ils allaient être critiqués et attaqués pour chercher le Pouvoir. Ces deux points négatifs ont été répétés dans les analyses postérieures. Non, ni dans cette réunion, ni dans les sous-suivantes, personne n’a mentionné comme point négatif, qu’on soit accusé de vouloir "diviser la gauche".
Et c’est comme ça que l’idée a commencé à ne plus être seulement la nôtre. C’est ainsi que le CNI a commencé à la réfléchir, et à la faire sienne. La parole s’est élargie à plus, et plus encore. Rapidement, toutes les délégations étaient en train de réfléchir, d’opiner, d’évaluer. L’absurde idée commençait à se convertir en une proposition collective.
Dans l’assemblée plénière à portes closes de la journée du 10 octobre et dans les tables de travail de la journée du 11, la parole allait et venait. Sans mettre de côté l’accomplissement du mandat dont étaient chargées les délégations, le thème central cessa d’être la dénonciation. La possibilité de passer à l’offensive est devenu le plus important. Durant les tables de travail (au nombre de 4) auxquels pouvaient assister quelques compas de la Sexta en tant qu’observateurs, lorsque le thème était abordé, ceux-ci s’agitaient nerveusement sur leur siège, se regardant les unEs les autres (ils et elles ne pouvaient pas parler, seulement écouter), se retournant en direction de la délégation zapatiste (nous nous étions répartis pour couvrir les 4 tables de travail, et pouvoir annoter fidèlement toutes les dénonciations et les expériences des délégations du CNI). Plus d’unE est sortiE avec une indignation manifeste.
Un mouvement fébrile parcourait les réunions, grandes ou petites. Les personnes qui le pouvaient appelaient leurs villages par téléphone pour leur raconter ce qui se discutait, demandant des opinions, des impressions. Les pour et les contre étaient analysés et discutés. Des listes des uns et des autres étaient établies. On soupesait. On cherchait la réponse à une question : "Le jeu en valait-il la chandelle ?".
L’idée avait d’ors et déjà cessé d’être de l’EZLN. Elle était d’ors et déjà du Congrès National Indigène. Au sein du cœur collectif des peuples originaires, grandissait l’écho des paroles d’ouverture du sous-commandant insurgé Moisés, au nom de toutes et tous les zapatistes :
"Maintenant, c’est l’heure du Congrès National Indigène. Qu’à son pas, la terre tremble à nouveau jusqu’en son cœur. Qu’en son rêve, soit mis en échec le cynisme et l’apathie. Qu’en sa parole, se lève celle de celui qui n’a pas de voix. Qu’en son regard, s’illumine l’obscurité. Qu’en son écoute, la douleur de celui qui se pense seul trouve un foyer. Qu’en son cœur, le désespoir trouve espoir et réconfort. Qu’avec son défi, le monde s’étonne de nouveau."

-*-

Mais il manquait ce qu’il manquait.
En plus de peser les pour et les contre, pour le CNI il fallait que soit mis au clair le rôle du zapatisme dans cette initiative.
Avec l’avance de mise, le sous-commandant insurgé Moisés et le Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène avaient organisé une petite fête en l’hommage du Congrès National Indigène, qui fêtait ce 12 octobre 2016 vingt ans d’existence comme maison, écoute, parole et écho des peuples originaires du Mexique. 
Le lieu ? Le caracol d’Oventik, dans les montagnes du sud-est mexicain.
Les délégations du CNI furent reçues conformément aux protocoles zapatistes destinés aux invités spéciaux. Bien sûr, il y eut un effort supplémentaire afin d’honorer ces visites. Ce n’est pas tous les jours que nous pouvions recevoir les membres les plus proches de notre famille, qui ont en commun avec les peuples zapatistes le sang, la douleur, la rage, la résistance et la rébellion. C’est-à-dire l’histoire.
Au départ, je n’ai pas compris pourquoi le sous-commandant insurgé Moisés avait disposé la réception des délégations de cette manière : sur l’estrade principale, il avait accommodé les délégations du CNI, et en face, il avait installé une petite estrade, où s’est installée la direction zapatiste, dont il était lui-même à la tête.
Moi j’ai pu arriver à tout voir, parce que je me déplaçait d’un côté à l’autre en tentant de convaincre les compañeras et les compañeros du CNI de monter sur les bancs pour mieux voir. "Mais j’ai de la boue sur les chaussures, je vais salir le banc", argumenta une déléguée. "Compañera", lui ai-je répondu, "Ici ce qu’il y a de trop, c’est de la boue, donc ne te sens pas mal pour cela".
Le CNI avait nommé une femme indigène comme déléguée pour prendre la parole durant la cérémonie. Le Commandant David prit la parole pour donner la bienvenue. Ensuite parla la compañera du Congrès national Indigène. Elle prit la parole comme on se parle entre personnes d’une même famille : avec le cœur sur la main. Je ne vais pas répéter ses paroles, ni celles dites ensuite par le sous-commandant insurgé Moisés au nom de toutes et tous. La compañera du CNI allait se retirer, lorsque le sous-commandant insurgé Moisés lui demanda de rester.
La compañera est restée là durant tout l’acte, entourée du commandement indigène zapatiste, face aux délégations du Congrès National Indigène.
C’est alors que j’ai compris.
Moi je regardais depuis un côté, mais depuis la perspective visuelle des délégations du CNI, qui purent voir comment une femme, indigène comme elles et eux, du Congrès National Indigène comme eux et elles, était accompagnée par l’autorité maximale de l’EZLN, la recouvrant, la protégeant, marquant ce qui nous rendait différent, mais compañeras et compañeros.
C’est ainsi que, avec ce symbole, le sous-commandant insurgé Moisés répondit à la question qui taraudait les délégations du CNI depuis le premier jour : "Quel serait la place de l’EZLN dans l’initiative, si celle-ci était approuvée ?"
Il y eut ensuite des bals, des œuvres de théâtre, des chansons et des poésies.
A la fin de l’acte, une compagnie de milice zapatiste présenta un communiqué complet, sans dire une parole. 
Après ? Le repas : bœuf et dinde, au choix, café et pozol. Ensuite ils se sont retirés.
Le jour suivant, le 13 octobre, avait lieu l’assemblée générale résolutive...

POURQUOI ?

Le 13 octobre commença sous de bons présages : une des tables de travail n’avait pas terminé, et l’ouverture de l’assemblée plénière s’en trouvait retardée. Ensuite, on commença avec la présentation des comptes-rendus. Oui, une des tables n’avait pas terminé de transcrire. Le retard a continué, comme cela doit être le cas pour toute décision importante. Oh, je sais. Nous le disons en vain, puisque nous, nous sommes l’actualisation constante du software "la révolte des pendus".
Sur indication du Sous-commandant insurgé Moisés, lors des trois assemblées plénières (la fermée, celle d’inauguration et celle de clôture) la délégation zapatiste s’est assise tout derrière, au fond de l’auditorium du CIDECI-Unitierra. Ainsi, ce dont il était question était très clair : c’était l’heure du Congrès National Indigène.
Quand enfin, on est arrivé au thème "Propositions pour le renforcement du CNI", le Sous-commandant insurgé Moisés a demandé la parole pour la délégation zapatiste. Elle lui a été accordée, et le SubMoy se mit devant. Ses paroles débutèrent plus ou moins comme cela :
"On m’a raconté un film, je crois qu’il s’appelle "La loi d’Hérodes" (rire général, à part ma grimace car je savais déjà ce qui allait suivre). Donc dans ce film qu’on m’a raconté, il y a un moment où le gars-là Vargas, il dit : j’apporte une bonne et une mauvaise nouvelle (rire encore plus général, grimaces individuelles supplémentaires). Donc nous devons voir comment on va faire avec la mauvaise nouvelle. C’est-à-dire sur qui va-t-on dire rejeter la faute que ça s’est mal passé. Je vais donc demander au SupGaleano qu’il vienne expliquer la proposition" (nouveau rire général, plus aucune grimace individuelle).
Je suis passé devant. Après avoir éclairci que c’était avec grand plaisir que je faisais mon travail de "punching bag", ou de "plan alternatif", et que recevoir critiques et insultes était pour moi un puissant aphrodisiaque (bon je l’ai dit d’une forme plus prosaïque, mais s’en était la teneur), j’ai dit ce qu’on m’avait chargé de dire. Je le ferais de manière plus synthétique, vu qu’il y a déjà un certain nombre de pages et que, si vous en êtes déjà arrivés à celle-ci, vous méritez un peu de considération. De plus, vous saurez maintenant pourquoi l’ezédélène a fait cette proposition, et pourquoi au CNI.
Premièrement nous avons insisté sur le fait que notre proposition originale était celle d’une femme indigène, déléguée du CNI, de sang indigène, qui parle sa langue et qui connaisse sa culture. Et nous démarrons avec cela, car ce qui a trait à "une femme" s’était peu à peu dilué durant les conversations et les tables de travail. D’abord ils ont commencé à dire "la candidate ou le candidat", puis "le candidat ou la candidate", puis seulement "le candidat".
Ensuite, nous leur avons rappelé qu’une décision ne pouvait pas être prise là, lors de ce cinquième Congrès, car c’était un engagement depuis sa naissance que le Congrès National Indigène consulte auprès de ceux qui le conforment les propositions présentées lors des réunions. Les sept principes obligeaient le CNI à se consulter lui-même, selon le mode propre à chacun.
Ensuite, nous leur avons dit ce que nous pensons au sujet de cette initiative :
Que le Conseil Indigène de Gouvernement devrait être formé par des délégués et des déléguées de tous les collectifs, organisations, quartiers, tribus,nations et peuples originaires organisés au sein du Congrès National Indigène.
Qu’ils ne vont pas gagner, car le système électoral au Mexique est fait pour bénéficier aux partis politiques, pas aux citoyenNNEs.
Que, s’ils gagnent, ils ne seront pas reconnus, car la fraude n’est pas une anomalie du système électoral mexicain, c’est sa colonne vertébrale, son essence.
Que s’ils gagnent et qu’ils sont reconnus, ils ne pourront rien faire de transcendant, car là-bas en-haut, il n’y a rien à faire. Les questions fondamentales de la nation mexicaine bafouée ne se décident ni au sein du pouvoir exécutif, ni au sein des chambres législatives, ni au sein du pouvoir judiciaire. Le Commandeur n’a pas de responsabilité visible, et traîne dans les catacombes du Pouvoir financier international.
Et que, malgré tout ce qui vient d’être dit, et même précisément pour tout ce qui vient d’être dit, ils pouvaient, et ils devaient le faire.
Car leur action allait signifier non seulement un témoignage de désaccord, mais aussi un défi qui sûrement aurait de l’écho dans les nombreux en-bas qu’il y a au Mexique et dans le monde ; qu’un processus de réorganisation combative pourrait se mettre en place, non seulement chez les peuples originaires, mais aussi chez les ouvriers, les paysans, les employés, habitants des quartiers, professeurs, étudiants, enfin, chez tous ces gens dont le silence et l’immobilité n’est pas synonyme d’indifférence, mais plutôt d’absence de convocation.
En réponse à ce qui avait été dit sur le fait que c’était impossible, qu’il y avait beaucoup de points négatifs, qu’on n’allait pas gagner, nous leur avons répondu que, si nous nous étions rencontrés le 31 décembre 1993 et que nous leur avions dit que, dans quelques heures, nous allions nous lever en armes, déclarer la guerre au mauvais gouvernement et attaquer les commissariats de police et l’armée, on nous aurait dit aussi que c’était impossible, qu’il y avait beaucoup de points négatifs, qu’on n’allait pas gagner.
Nous leur avons dit que ça n’avait pas d’importance qu’ils gagnent ou non la présidence de la République, que ce qui allait compter c’était le défi, l’irrévérence, l’insoumission, le fracas total de l’image de l’indigène objet de l’aumône et de la pitié (image si enracinée à droite et, quoi qu’on en dise, aussi chez la gauche institutionnelle du "vrai changement" et chez ses intellectuels organiques addicts à l’opium des réseaux sociaux), que leur audace bouleverserait le système politique entier, et qu’elle provoquerait des échos d’espoir, pas seulement dans un, mais dans de nombreux Mexiques d’en bas... et du monde.
Nous leur avons dit que l’initiative était dans les temps pour que, en toute liberté et responsabilité, ils puissent décider jusqu’où ils l’amèneraient, jusqu’à quelle distance ils pourraient arriver.
Nous leur avons dit qu’ils pourraient décider à tout moment quoi, quel était la raison de leur chemin, et que le destin qu’ils se forgeraient romprait tous les schémas, surtout ceux de ceux qui se croient et qui se pensent comme l’avant-garde du changement et de la révolution.
Nous leur avons dit que, s’ils étaient disposés à braver une société raciste, ils devraient aller au-delà, et braver également un système patriarcal et machiste (ce n’est pas la même chose, les personnes qui militent dans la lutte féministe pourront vous l’expliquer).
Nous leur avons dit que les commandantes zapatistes disaient qu’elles elles pouvaient voir comment soutenir les compañeras qui resteraient au sein du Conseil Indigène de Gouvernement, et soutenir la compañera qui resterait en tant que porte-parole et candidate, en prenant soin de ses enfants dans une communauté. Que nous nous en occuperions bien, comme si c’était les nôtres. Ils iraient à l’école autonome afin qu’ils ne prennent pas de retard dans leurs études, et nous verrions quelles doctoresses et de quels docteurs solidaires seraient attentifs à leur santé. Et que, si elles possédaient des animaux domestiques, et bien qu’on allait aussi en prendre soin. Que les compañeras du CNI aillent sans remords à ce travail, si ainsi l’exigeait l’accord du CNI.
Nous leur avons dit qu’ils ne soient pas préoccupés si ils ne savent pas bien parler espagnol. Que l’autre là, Peña Nieto, il ne sait pas non plus, et il se trouve là-bas.
Nous leur avons dit que nous pouvions réorienter notre économie de subsistance et faire un appel à des personnes, des collectifs et des organisations du Mexique et du monde afin de récolter la monnaie pour se déplacer où cela est nécessaire. Qu’ainsi ils pourraient avoir la liberté de refuser la paie économique institutionnelle donnée par le système aux candidatures indépendantes.
Nous leur avons dit que nous ne pensions pas seulement qu’ils pouvaient gouverner notre pays qui s’appelle le Mexique, mais qu’ils pouvaient aussi gouverner le monde entier.
Nous leur avons dit qu’ils en profitent pour parler et écouter d’autres peuples originaires, et d’autres hommes et femmes qui ne sont pas indigènes, mais qui souffrent de la même manière sans espoir ni alternative.
Nous leur avons dit qu’il y avait des choses que nous, femmes et hommes zapatistes, nous pouvions faire, et que le CNI non. Et que le CNI pouvait faire des choses que nous, en tant qu’hommes et femmes zapatistes, nous ne pouvions pas faire.
Nous leur avons dit qu’elles et qu’eux, le collectif qui se nomme Congrès National indigène, pouvait faire ce que personne d’autre (y compris le zapatisme) ne pouvait faire : unir. Parce qu’un mouvement légitime, comme celui des peuples originaires, peut et doit être un point d’union entre différents bien qu’égaux en détermination.
Nous leur avons dit que, autour de ce conseil et de cette femme indigène, pouvait être généré un grand mouvement qui chamboulerait le système politique entier.
Un mouvement où conflueraient tous les en-bas.
Un mouvement qui ferait trembler la terre jusque dans ses entrailles.
Oui, déjà au pluriel, parce qu’ils sont nombreux les mondes qui gisent à l’intérieur de la terre, dans l’attente d’une bonne secousse pour s’éclore.
Nous leur avons dit que du coup, si ça se trouve, cela ne serait pas forcément important si les signatures sont rassemblées ou pas, si le cash pour se déplacer est là ou pas, si on arrive à obtenir l’inscription au registre de la candidate ou pas, si sont présentées ou pas les autres candidatures à débattre, si on participe ou pas aux élections, si on gagne ou pas, si le triomphe est reconnu ou pas, si on peut faire quelque chose ou pas là-bas là-haut. 
Nous leur avons dit que nous n’allions pas leur filer en héritage nos phobies et nos affinités, que nous respecterions leurs décisions, leurs étapes, leurs chemins.
Nous leur avons dit que, en tant que zapatistes, nous serions une force de plus d’entre celles qui devraient sûrement se sentir convoquées par leur défi.
Et nous leur avons dit le plus important que nous étions venu leur dire : que nous étions disposés à soutenir de toute notre force.
Que nous allions soutenir avec tout ce que nous possédions, et qui, bien que limité, est ce que nous sommes.

-*-

Les participations continuèrent, toutes déjà orientées dans le sens de s’approprier la proposition en tant que CNI. Un par-ci par là demandant que cela soit décidé là-même, dès à présent. L’immense majorité faisant remarquer qu’il fallait consulter.
La commission de rédaction nous passa une copie du projet de résolution.
Instinctivement, je pris un crayon pour ajouter des virgules et des points.
Le sous-commandant insurgé Moisés m’arrêta et murmura : 
"Non, cette parole, c’est déjà la leur. Elle est grande cette parole, plus grande que nous, hommes et femmes zapatistes. Comme le disait le défunt : nous sommes les plus petits, il nous reste à nous mettre de côté et à attendre..."

LA CONSULTATION INTERNE ZAPATISTE.

Nous pourrions vous donner les résultats et c’est tout. Mais nous croyons que cela peut peut-être vous aider à comprendre, et à nous comprendre, si nous vous parlons de comment s’est déroulé le processus. 
Depuis le 15 octobre 2016, la délégation zapatiste au Cinquième congrès du Congrès National Indigène, aux côtés du CG-CCRI de l’EZLN (Commandement Général du Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale), s’est donné pour tâche d’organiser la consultation interne afin de connaître l’opinion et la décision des bases de soutien zapatistes au sujet de la proposition centrale.
La consultation interne, nous l’avons faite dans toutes et chacune des communautés, collectifs, régions et zones zapatistes. Nous avons également inclus dans la consultation les compañeras, compañeros, frères et sœurs de la ville qui participent à différentes équipes de soutien de la commission Sexta de l’EZLN. Nous n’avons pas inclus dans la consultation les troupes insurgées zapatistes, parce que ce n’est pas notre travail de prendre ce type de décision.
La consultation, nous l’avons faite suivant notre mode de faire, en suivant une fiche réalisée par le sous-commandant insurgé Moisés, le matin du 14 octobre 2016, avant que ne soit rendu public le texte "Que tremble la terre jusque dans ses entrailles" :
1.-Information. - C’est-à-dire que, dans chaque communauté, collectif, région et zone, on informe premièrement de ce qui s’est dit durant ces journées du mois d’octobre 2016. On a informé des douleurs de nos peuples frères du Congrès National Indigène, de toutes les méchancetés que leur font les capitalistes qui exploitent, répriment, méprisent et volent les peuples originaires, de comment ils tuent des peuples entiers. Mais pas seulement, nous avons également informé de comment ils s’organisent et ils résistent contre cette politique de mort et de destruction. Pour ce rapport, nous avons utilisé le compte-rendu fait par la commission provisoire du CNI, le document qui a été élaboré et qui s’appelle "Que tremble la terre jusque dans ses entrailles", et le résumé et les notes prises par la délégation zapatiste durant cette première étape du cinquième congrès du CNI.
Ce point est très important, parce que c’est là que nous transformons nos sœurs et frères, nos compañeros et compañeras en oreille et en cœur sensible aux douleurs et à la résistance d’autres, qui sont comme nous dans d’autres endroits. C’est très important et urgent ce point, parce que si nous ne nous écoutons pas entre nous, et bien encore moins vont nous écouter d’autres personnes. 
2.- La proposition. - On a dit et expliqué quel était la proposition : que le Congrès National Indigène nomme un Conseil Indigène de Gouvernement (qui est comme un Conseil de Bon Gouvernement zapatiste, mais national, c’est-à-dire pour tout le Mexique), formé par des représentants femmes et hommes de chacun des collectifs, organisations, quartiers, tribus, nations et peuples qui sont organisés au sein du Congrès National Indigène. C’est-à-dire que ce conseil est formé par des indigènes, et ce sont elles et eux qui vont gouverner le pays.
Ce Conseil Indigène de Gouvernement est collectif, c’est-à-dire qu’il n’y a pas une personne qui commande, mais c’est entre toutes et tous que se prennent ses accords pour gouverner. Ce Conseil Indigène de Gouvernement ne fait pas ce qui lui chante, mais prend en compte ce que disent les peuples de tout le Mexique, indigènes et non indigènes.
Ce Conseil se base sur les 7 principes du Commander en obéissant : servir et non se servir ; représenter et non supplanter ; construire et non détruire ; obéir et non commander ; proposer et non imposer ; convaincre et non vaincre ; descendre et non monter.
Ce Conseil Indigène de Gouvernement a pour voix une femme indigène du CNI (non de l’EZLN), c’est-à-dire de sang indigène, qui parle sa langue originaire et qui connaisse sa culture. C’est-à-dire qu’il a comme porte-parole une femme indigène du CNI.
Cette femme indigène du CNI est celle qui se présente comme candidate à la présidence du Mexique en 2018. Comme ce n’est pas possible que soient mis tous les noms de ceux qui sont du Conseil Indigène de Gouvernement parce qu’il pourrait y avoir confusion, donc le nom qui est donné, c’est celui de la porte-parole du Conseil. Ce n’est pas que cette femme indigène se trouve dans un parti politique, c’est une candidate indépendante. C’est comme ça qu’on dit, quand quelqu’un est présent à une élection, mais n’appartient pas à un parti politique.
Et donc, ce Conseil Indigène de Gouvernement, aux côtés de la femme indigène du CNI, commencent à parcourir tout ce qui est possible du Mexique et du monde afin d’expliquer comment est la situation dans laquelle nous sommes à cause du système capitaliste qui exploite, réprime, vole et méprise les gens d’en-bas, les pauvres de la campagne et de la ville, et qu’en plus il est déjà en train de détruire la nature, c’est-à-dire qu’il est en train de tuer le monde dans lequel nous vivons.
Ce Conseil Indigène de Gouvernement va tenter de parler et d’écouter tous les indigènes du Mexique-même dans leurs peuples, leurs régions, leurs zones, leurs états, afin de les convaincre de s’organiser, de ne pas se laisser faire, de résister et qu’ils se gouvernent eux-mêmes, tout comme nous le faisons de fait en tant que zapatistes que nous sommes, que personne ne nous dit comment ou ce que nous devons faire, mais que ce soit les peuples eux-mêmes qui décident et qui commandent.
Ce Conseil Indigène de Gouvernement va aussi tenter de parler et d’écouter les personnes qui ne sont pas indigènes, mais qui sont aussi exploités, réprimés, volés et méprisés dans le Mexique et dans le monde. De la même manière, ils vont leur apporter un message d’organisation et de lutte, de résistance et de rébellion, selon son mode de faire de chacun, son calendrier et sa géographie.
Pour que cette femme indigène, déléguée du CNI, soit reconnue comme candidate par les lois mexicaines, il faut qu’elle réunisse quasiment un million de signatures de personnes ayant une carte d’électeur. Si elle les rassemble et que les signatures sont véridiques, alors oui, elle est bien reconnue comme étant candidate indépendante pour être présidente du Mexique, et son nom est mis pour qu’en 2018, les gens votent ou pas, selon leur réflexion de chacun. Donc il s’agit que le Conseil Indigène de Gouvernement et la porte-parole indigène parcourent le Mexique et là où il y a des personnes mexicaines, pour obtenir les signatures pour être inscrite au registre. Ensuite, une autre tournée pour qu’ils la soutiennent et votent pour l’indigène du CNI.
En tant que zapatistes que nous sommes, nous pensons que lorsqu’ils vont faire cette tournée, le Conseil Indigène de Gouvernement et sa porte-parole, ils vont connaître beaucoup de douleurs et de rages qu’il y a, au Mexique et dans le monde. Des douleurs et des rages de personnes indigènes, mais aussi de personnes qui ne sont pas indigènes, mais qui souffrent également, mais qui résistent. 
Et donc ça, c’est ce qu’on veut. Il ne s’agit pas de chercher à ce qu’une femme indigène du CNI soit présidente. Ce qui est recherché, c’est d’amener le message de lutte et d’organisation aux pauvres de la campagne et de la ville du Mexique et du monde. Ce n’est pas qu’on prenne en compte que si on rassemble les signatures ou si on gagne l’élection, ça termine bien. Mais que ça termine bien s’il est possible de parler et d’écouter les personnes à qui personne ne parle, et que personne n’écoute. C’est là que nous allons voir si ça termine bien ou pas, si il va y avoir plein de gens qui vont prendre de la force et de l’espoir pour s’organiser, résister et se rebeller.
Jusqu’où va-t-on aller ? Jusqu’où le décide le Congrès National Indigène.
3.- Ensuite, ont été dit et expliqués les points négatifs de cette proposition. Par exemple :
.-ils vont nous critiquer comme zapatistes que nous sommes, parce que nous avons dit que nous ne luttons pas pour le Pouvoir, et qu’on veut déjà avoir le Pouvoir.
.-ils vont nous critiquer que nous trahissons notre parole, que nous ne voulons pas de poste de pouvoir.
.- ils vont nous critiquer que nous parlons mal des partis politiques, mais que nous allons faire la même chose que ce que nous critiquons.
.-ils vont nous accuser d’aider le parti du PRI, parce que nous allons diviser les votes pour la gauche, et que comme ça la droite va gagner.
.-ils vont nous critiquer comme quoi les femmes indigènes n’ont pas d’éducation, et ne savent pas parler la castilla, la langue de Castille 
.-ils vont nous mépriser comme quoi les indigènes nous n’avons pas de bonne réflexion suffisante pour gouverner.
.-ils vont se moquer beaucoup de nous et parler mal de nous, les femmes et les hommes indigènes que nous sommes.
(attention, racistes et machistes : bien avant que ne débutent vos attaques, nous, les femmes et les hommes indigènes zapatistes, nous savions déjà ce que vous vous alliez dire. Et dire que c’est nous les stupides et les ignorants, et vous qui êtes les super intelligents et cultivés).
Durant les assemblées les compañeras et compañeros participèrent en disant d’autres choses qui pourraient être des points négatifs.
Ils ont parlé par exemple de la sécurité, que les gouvernements pouvaient faire une attaque contre le Congrès National Indigène et la candidate pour qu’elle ne gagne pas ; que les mauvais gouvernements peuvent nous attaquer nous, les communautés zapatistes, pour que nous ne soutenions pas le CNI ; qu’un piège soit tendu pour que la lutte du CNI ne puisse pas avancer parce qu’on sait bien que les mauvais gouvernements sont traîtres et retors ; que vont arriver les vautours politiciens pour voir ce qu’ils peuvent en tirer de profit individuel, de leur lutte aux peuples indigènes ; qu’il va y en avoir certains qui vont vouloir amener la lutte des peuples indigènes vers un autre chemin ; et d’autres choses encore.
4.- Ensuite, ont été dits les points en faveur de la proposition. Par exemple :
.- ça sert à ce que la société mexicaine se mette à nouveau à voir et à écouter les peuples indiens du Mexique, qui aujourd’hui ne sont même plus mentionnés.
.- ça sert à pouvoir écouter et parler avec des indigènes de tout le Mexique qui ne sont pas organisés, et qui sont détruits par les maudits capitalistes.
.- ça sert à ce que les indigènes soient de nouveau fiers et honorés d’être indigènes, de leur couleur, de leur langue, de leur culture, de leur art, de leur histoire.
.-ça sert à ce que les femmes indigènes se lèvent avec leur voix propre et qu’elle s’organisent, tout comme se sont levées et organisées les femmes zapatistes.
.-ça sert à expliquer aux gens d’en-bas sur toute la destruction et le mal que font les maudits capitalistes.
.-ça sert au Congrès National Indigène pour qu’il se connaisse, comment c’est son mode de faire du CNI, et que plus de peuples, nations, tribus et quartiers indigènes entrent dans le CNI et se connaissent entre eux en tant qu’indigènes, et voient leurs douleurs et leurs forces.
.-ça sert aux zapatistes que nous sommes, parce que de cette manière nous pouvons soutenir nos frères et sœurs indigènes d’autres endroits, pour qu’ils continuent leur lutte et qu’ils puissent vivre avec liberté et dignité.
.-ça sert pour les peuples zapatistes, parce que de cette manière plus de gens connaissent notre histoire de lutte et comment nous nous sommes organisés, et s’encouragent.
.-ça sert pour les peuples zapatistes, parce que de cette manière nous apprenons à nous organiser, non plus seulement pour nous aider entre nous, mais aussi de nous organiser pour soutenir d’autres qui luttent, comme on l’a fait pour les enseignants démocratiques.
5.- Ensuite, on s’est mis à penser si cette proposition va lui servir au Congrès National Indigène, ou si ça va pas lui servir.
6.- Après, on s’est mis à penser si cette idée va nous servir en tant que zapatistes que nous sommes, ou si ça ne va pas nous servir.
7.- Ensuite, on s’est mis à discuter si nous soutenons ou pas cette proposition et, si ce qui en sort c’est que oui, comment nous ne pouvons pas aider en tant que zapatistes que nous sommes ; et ensuite comment oui, nous pouvons aider, en tant que zapatistes que nous sommes.
Par exemple, nous ne pouvons pas aider avec les signatures, puisque les zapatistes n’utilisent pas de carte électorale ; nous ne pouvons pas non plus être candidates ou candidats, parce que en tant que zapatistes, nous ne luttons pas pour le Pouvoir ; nous ne pouvons pas voter, parce que nous n’utilisons pas ce mode de voter de mettre un papier dans une boîte, mais que nous prenons nos accords dans des assemblées auxquelles tout le monde participe et dit sa parole.
Mais oui, on peut soutenir d’autres manières, par exemple : nous pouvons soutenir en expliquant cette bonne idée, et en convainquant ceux qui oui, utilisent leur carte électorale, pour qu’ils l’utilisent afin de soutenir la femme indigène du CNI ; nous pouvons parler aux gens de la ville qui nous soutiennent en tant que zapatistes, pour qu’ils soutiennent aussi le Conseil Indigène de Gouvernement ; nous pouvons nous organiser en tant que collectifs et gouvernements autonomes, afin d’obtenir un peu de monnaie pour le CNI ; nous pouvons expliquer au Mexique et dans le monde comment nous faisons pour nous gouverner nous-mêmes, et que les gens de bonne réflexion voient ainsi qu’en tant qu’indigènes, oui, nous savons gouverner.

-*-

Et, bon, on a aussi informé tous les villages d’un autre des accords du Cinquième congrès : que si, durant la consultation zapatiste interne (et durant celle de n’importe quel collectif, organisation, quartier, tribu, nation et peuple originaire du CNI), il ressort comme résultat qu’on ne soutient pas la proposition, que c’est une mauvaise idée ou qu’on est pas d’accord, alors le Congrès National Indigène respecte cette décision, même si la majorité dit que si, elle soutient la proposition. C’est-à-dire qu’on continue à être pris en compte en tant que membre du CNI. C’est-à-dire que ce n’est pas obligé que qui n’est pas d’accord doive faire ce que décide la majorité. C’est-à-dire qu’on respecte l’autonomie, et les modes de faire de chacun.
Pareil qu’on fait dans les communautés indigènes zapatistes, on ne va pas voir d’un mauvais œil ou expulser des zapatistes celui qui pense différemment, mais on va respecter et prendre en compte. Comme c’est le cas dans nos assemblées communautaires, que c’est pas parce que quelqu’un pense de manière opposée à ce que dit la majorité qu’on le vire, mais qu’on continue.
Comme on peut le voir, la consultation interne s’est focalisé sur si on soutenait ou pas ce qui résulterait de la consultation du CNI. Voici les résultats :
Plusieurs dizaines de milliers d’hommes et de femmes zapatistes ont été consultés. D’elles et d’eux, l’immense majorité s’est manifesté pour soutenir la décision à laquelle arrive le CNI dans la mesure de nos possibilités. 52 compas se sont manifestés contre (26 compañeras et 26 compañeros). 65 compas se sont manifestés comme "je ne sais pas" ou "indécis" (36 compañeras et 29 compañeros). Les raisons données par ceux qui se sont manifestés contre sont diverses : depuis le compa qui a dit : "moi je vais me manifester contre pour voir si c’est vrai que vous me respectez et ne m’expulsez pas d’être zapatiste" ; à ceux qui ont argumenté qu’ils n’allaient pas être dans leur village, et qu’ils ne voulaient pas s’engager parce qu’ils ne pourraient pas accomplir le travail qu’il faudra fournir. Les personnes qui se sont manifestées comme indécises ont dit, entre autres choses, qu’à quoi ça sert de décider si on ne sait toujours pas ce que va décider le CNI, et alors quoi, si on dit que oui on soutient, et que le CNI dit qu’il ne le fait pas. 

QU’EN ATTENDRE ?

Compas :
Enfin, celle-là c’est la dernière partie. Merci aux personnes qui sont arrivés jusqu’à ces lignes... ein ?... oui, bien sûr, ils restent attentifs... oui... des doutes, bien sûr... des questions, évidemment... quoi ?... quel va être le résultat de la consultation du CNI ?... Vous voulez un spoiler ?... ok, ok, ok, attendez, je demande... Enfin... c’est mieux que je vous dise la vérité, donc voilà :
On va être sincères avec vous : nous n’en avons pas la moindre idée.
Et on le dit sérieusement.
Nous avons déjà vu auparavant comment une proposition se modèle petit à petit au fil du travail de la parole, suivant le mode de faire des originaires. Comme si une idée n’était rien de plus qu’une masse informe d’argile et que des mains collectives lui donnaient peu à peu forme, dimension, couleur et destin.
Raison pour laquelle, tout comme vous, nous sommes dans l’attente.
Même si, c’est sûr, nous les hommes et les femmes zapatistes, nous n’attendons pas la même chose que vous.
Vous, nous pensons, vous êtes en train d’attendre quel est le résultat, et de là tout va dériver.
Nous, les femmes et les hommes zapatistes, nous sommes en train d’attendre ce qui va se passer après, le jour suivant. Et en nous préparant déjà pour ce calendrier.

Depuis les montagnes du sud-est mexicain.
 
Sous-commandant insurgé Moisés.
Sous-commandant insurgé Galeano.
 
Mexique, novembre 2016.

Du carnet de notes du Chat-Chien.

Ne croyez pas que je ne me sois pas préparé au cas où ce qui ressort de la consultation du CNI, c’est que la proposition est rejetée.
Non, ça ne me préoccupe pas. J’ai pris mes précautions. J’ai par exemple un certificat médical qui assure que je suis sur liste d’attente pour une opération de changement de sexe, ainsi qu’une démarche administrative pour être adopté par une famille zapatiste. Comme ça, vous pourrez dire que tout ça n’était qu’un jeu pour que ce soit moi le candidat … ok ok ok, la candidate à la présidence de la République.
 Ah, ma perversité est sublime, n’est-ce pas ?
 
 Bien sûr, avec cette apparition publique, ma correspondance féminine va être réduite à zéro. Oh, vous savez, de correspondance il n’y en a même plus, ni féminine, ni autre que féminine. Ah là là, si j’avais des réseaux sociaux, je me ferais plusieurs comptes parallèles (ne faites pas comme si, c’est ce que vous faites !), et je me donnerai à moi-même du rt, du fellow et du like, et je m’auto-trolerai, pour que tout paraisse v-é-r-i-t-a-b-l-e. Combien de comptes parallèles peut-on faire au maximum ? Ne faites pas genre, je suis sûr que vous avez fait des recherches là-dessus. 
 Au final, j’aurai bien une idée qui me viendra à l’esprit.
 Et maintenant, si ce qui en sort, c’est que la proposition est approuvée, et bien il faudra bosser dur pour trouver du cash. Et donc je vais me mettre en contact avec loas compañeroas de la Brigada callereja, la Brigade des rues, pour qu’ils me réservent un trottoir, dans le quartier de La Meche. Rien à foutre, la rue appartient à qui y fait les 400 pas. Je suis sûr que mes tripes y feront fureur… quoi ?... ok, ok, ok, mon ventre… quoi ? Oui, bon, mon gros ventre… Je dois vous le dire ? Oui, méchants, ça c’est sûr vous l’êtes vraiment...
 
Le SupGaleano faisant craquer plusieurs ceintures.
 
(Non merci, vraiment, non, je n’ai vraiment pas besoin que quelqu’un vienne me tripoter le ventre… ouhhhh, allez là montrez-moi votre nature secrète... que des jeux de mots des années 60, tu vois, c’est pour ça que les gens bien ne vous apprécient pas tu vois… eh ?...Faire un reality show pour trouver des tunes ? avec Trump, Macri, Temer, Poutine et Rajoy en train de partager des photos tout nus ? ptain de merde… arrêtez de regarder cette télévision… plutôt des séries télé de production alternative… si, si, sur les stands de l’avenue centrale, ya déjà la nouvelle saison de Games of Thrones… Oui, en fait au final, on apprend que les autres là, Tyrion et Snow, ils sont de la famille de Dayanaris… ou comme cela se prononce… oui, un dragon pour chaque, un message d’équité… oui, sur le nouveau bouclier il y a un lion, un loup et un dragon qui s’unissent… oui, bon, une version de l’Hydre quoi… oui, comme si tu unissais le grand capital financier, industriel et commercial… oui, le système se recompose et tous ceux d’en-haut bien contents, et ceux d’en-bas vont se faire f… oui, mais en fait, vous êtes en train de regarder une version finale alternative… ouai, quand toute la troupe est en train d’attraper le pichet pour célébrer je sais pas quoi, il y a une femme indigène qui arrive, qui chie sur le trône de fer, et avec un chalumeau, elle le fait fondre. Bon, ils sont en train de réfléchir si ils lui enlèvent pas le chalumeau et qu’ils lui donnent une boîte d’allumettes, pour que ça prenne plus de temps, le suspense tu vois… si, avec de la chance, y’aura une autre saison, suivant combien d’allumettes ça lui prend…. Si, c’est là que ça s’arrête… oui, à cause du Brexit là, les coûts se sont envolés. Et maintenant avec Trump, encore pire… Quoi ? Que j’arrête de spoiler ? Ah, c’est bon là, pourquoi vous m’invitez alors si vous savez comment je suis, ein). 
 
Je certifie. 

Ouaf-miaou.

Le mur et la brèche

tags : pl-fr,

Le mur et la brèche

Premières notes sur la méthode zapatiste


Paroles du SupGaleano lors de l'inauguration du séminaire « La pensée critique face à l'hydre capitaliste », le 3 mai 2015.

Bonjour, bonsoir à ceux qui écoutent et qui lisent, quels que soient leur calendrier et leur géographie.

Mon nom est Galeano, sous-commandant insurgé Galeano. Ma naissance, le 25 mai 2014, s'est faite collectivement, malgré moi et malgré d'autres. Comme l'ensemble de mes compañeras et compañeros zapatistes, je me cache le visage pour me montrer, et je le montre pour me cacher. À moins d'un an d'existence, le commandement m'a déjà assigné le travail de postier, de vigie et de sentinelle à l'un des postes d'observation de cette terre rebelle.

Comme je ne suis pas habitué à parler en public, moins encore devant tant de personnes (ah — pardon, ce doit être un hoquet de panique sur scène), je disais, de personnes distinguées, je vous remercie de votre compréhension à l'égard de mes hésitations et balbutiements répétés dans cet art complexe et ardu de la parole.

J'ai pris ce nom, Galeano, à l'un de nos compañeros zapatistes, instituteur, organisateur, indigène, qui fut agressé, séquestré, torturé et assassiné par les paramilitaires avec l'appui d'une supposée organisation sociale : la CIOAC-Historique. Ce cauchemar, qui a mis fin à la vie de notre compañero maestro Galeano, a débuté à l'aube du 2 mai 2014. Depuis ce moment-là, nous, zapatistes, avons entrepris la reconstruction de sa vie.

Bien des mois après cette date, la nuit a envahi le Mexique d'en bas, en apposant un nouveau nom à la longue liste de la terreur : « Ayotzinapa ». Comme cela fut souvent le cas partout dans le monde, une géographie de ceux d'en bas se dessinait et se désignait à travers une tragédie planifiée et exécutée, c'est-à-dire un crime.

Nous avons déjà dit, par l'intermédiaire du sous-commandant insurgé Moisés, ce qu'Ayotzinapa continue de représenter pour nous, zapatistes. C'est avec leur permission et celle de tous les compañeras et compañeros zapatistes que je reprends leurs paroles.

Ayotzinapa, c'est la douleur et la colère, bien sûr, mais c'est plus que cela. C'est aussi l'entêtement tenace des familles et des compañeros des absents.

Certaines et certains de ces parents qui n'ont pas laissé tomber la mémoire nous ont fait l'honneur d'être présents ici, à nos côtés, en terre zapatiste.

Nous entendons la parole de Doña Hilda et de Don Mario, mère et père de César Manuel González Hernández, et nous profitons de la présence et des propos de Doña Bertha et de Don Tomás, mère et père de Julio César Ramírez Nava. Avec elles et eux, nous réclamons les 46 absents.

À Doña Bertha et à Don Tomás, nous demandons de transmettre ces propos aux autres parents des absents d'Ayotzinapa. Car c'est en pensant à leur lutte que nous avons lancé la pépinière qui démarre aujourd'hui.

Nous serions nombreux, parmi la Sexta et l'EZLN, à dire qu'on aurait préféré ne pas vous rencontrer de cette façon. Que par votre venue vous n'ayez pas à porter la douleur et la colère, mais un élan fraternel. Que le 26 septembre ne soit jamais arrivé, comme si le calendrier, d'un geste solidaire, avait sauté cette date, comme si la géographie s'était égarée et n'avait pas fait halte à Iguala, État du Guerrero, Mexique.

Mais si, suite à cette nuit de terreur, la géographie s'en est trouvée étendue, approfondie, si elle a rejoint les coins les plus reculés de la planète, si le calendrier s'est figé de stupeur devant cette date, c'est grâce à votre ténacité, à la grandeur de votre dignité et à votre engagement inconditionnel.

Nous ne connaissons pas vos enfants. Mais vous, nous vous connaissons. Nous souhaitons donc avant tout vous témoigner toute notre admiration et notre respect, d'autant plus en ce moment si douloureux et néanmoins porteur de solidarité que vous traversez.

On n'arrive certes pas à remplir les rues et les places des grandes villes. Mais chaque mobilisation, si modeste soit-elle, représente un investissement important pour l'économie déjà bien mal en point de nos communautés, comme l'est celle de millions de personnes, et qui pourtant tient le coup depuis deux décennies grâce à la rébellion et à la résistance. Je parle de nos communautés, puisque notre soutien n'est pas l'addition de soutiens individuels, mais une action collective, réfléchie et organisée. Vous êtes partie prenante de notre lutte.

Nous ne pouvons pas briller sur les réseaux sociaux ni faire parvenir votre parole au-delà de nos propres cœurs. Nous ne pouvons pas non plus vous aider économiquement, bien que nous sachions que ces mois de lutte ont affecté durement votre santé et vos conditions de vie.

Il se trouve qu'étant la plupart du temps en rébellion et en résistance on nous regarde avec crainte et méfiance. Certains mouvements, certaines mobilisations qui surgissent un peu partout préfèrent que notre sympathie sache rester discrète. Encore sensible au qu'en-dira-t-on médiatique, ils aiment mieux ne pas être associés d'une manière ou d'une autre aux « encagoulés du Chiapas ». Nous comprenons cette position et nous ne la contestons pas. Notre respect pour les rébellions qui pullulent dans le monde comprend de respecter leurs valeurs, leur cheminement, leurs décisions. Nous respectons, et nous ne restons pas indifférents. Nous sommes attentifs à chacune et à toutes les mobilisations qui affrontent le système. Nous essayons de les comprendre, c'est-à-dire de les connaître. Nous sommes les premiers à savoir que la connaissance mutuelle commence par le respect, et que la peur et la haine sont les deux faces du mépris, et naissent généralement de l'ignorance.

Bien que notre lutte ne soit pas bien grande, nous avons appris durant ces années, ces décennies, ces siècles. Nous voulons donc vous dire :

Ne croyez pas ceux qui vous disent que la sensibilité et la sympathie, le soutien, se mesurent au regard des rues bondées, des places combles, à la hauteur des tribunes, au nombre de caméras, de micros et de gros titres dans les journaux, ou de relais sur les réseaux sociaux.

L'immense majorité du monde et pas seulement au Mexique, est comme vous, sœurs, frères, parents des absents d'Ayotzinapa : des gens qui doivent se battre jour et nuit pour survivre. Des gens qui doivent lutter pour arracher à cette réalité de quoi subvenir à leurs besoins.

Ceux des gens d'en bas, hommes, femmes, autres, qui connaissent l'histoire qui vous fait tant souffrir, se sentent touchés par votre lutte pour la vérité et la justice. Ils la partagent, en découvrant dans votre récit le reflet de leur propre histoire ; parce qu'ils y retrouvent la douleur qu'ils portent, ils se reconnaissent dans votre colère.

La majorité d'entre eux n'est pas descendue dans la rue, ne s'est pas manifestée, n'en a pas fait un thème sur les réseaux sociaux, ni cassé de vitrine, ni incendié de voiture, ni crié des slogans, ni perturbé de discours politique, et ne vous a pas dit non plus que vous n'étiez pas seul•e•s.

Ils ne l'ont pas fait, tout simplement parce qu'ils n'ont pas pu le faire.

Mais ils respectent votre mouvement et l'entendent.

Ne baissez pas les bras.

Si ceux qui ont été un temps à vos côtés sont repartis, après en avoir tiré quelque avantage ou bien avoir vu qu'ils n'y gagneraient rien, leur cause n'en est pas moins douloureuse, noble et juste.

Assurément, votre chemin jusqu'ici fut ardu. Mais vous savez qu'il reste encore beaucoup à parcourir.

Je vous le dis, l'une des tromperies de ceux d'en haut est de convaincre ceux d'en bas que ce qu'on n'obtient pas facilement tout de suite, on ne l'obtient jamais. Ils veulent nous convaincre que les luttes longues et difficiles ne font que nous épuiser et n'aboutissent à rien. Ils brouillent le calendrier d'en bas avec celui d'en haut : élections, comparutions, réunions, rendez-vous avec l'histoire, dates commémoratives, qui n'ont comme effet que d'occulter la douleur et la colère.

Le système n'a pas peur des explosions, si massives et lumineuses soient-elles. Si le gouvernement tombe, il en a un autre dans son panier pour le remplacer. Ce qui le terrorise, c'est la persévérance de la rébellion et de la résistance d'en bas.

Car en effet, en bas, on suit un autre calendrier. Une marche d'un autre pas. C'est une autre histoire. C'est une autre douleur et une autre colère.

Un peu plus chaque jour, nous, ceux d'en bas, pourtant si différents et dispersés, sommes attentifs non seulement à notre douleur et à notre colère, mais aussi à poursuivre notre cheminement avec persévérance et à ne jamais nous avouer vaincus.

Croyez-moi, votre lutte ne dépend pas du nombre de manifestants, du nombre d'articles publiés, du nombre de mentions dans les réseaux sociaux, du nombre d'invitations que vous recevez.

Votre lutte, notre lutte, les luttes d'en bas en général, dépendent de notre résistance. De ne pas nous rendre, de ne pas nous vendre ni baisser les bras.

Bon, c'est notre avis, à nous, zapatistes. Il y aura sûrement des gens pour vous dire le contraire. On vous dira que c'est plus important d'être dans leurs rangs. Par exemple, que c'est plus important d'appeler à voter pour tel ou tel parti politique, parce que ça vous aidera à trouver les absents. Que si vous n'appelez pas au vote pour tel ou tel parti, d'une part vous aurez laissé passer une opportunité unique de retrouver ceux que vous cherchez, mais en plus vous serez responsables de la poursuite de la terreur dans le pays.

Vous voyez bien comme certains partis profitent des besoins matériels des gens ? Comme ils offrent des vivres, des fournitures scolaires, des cartes téléphoniques, des entrées de cinéma, des casquettes, des boissons et des friandises ? Il y a aussi ceux qui profitent des besoins affectifs des gens. L'espoir, avoir des amis et des ennemis, est un besoin qui a la cote, là-bas, en haut. L'espoir d'un grand changement, de l'avènement, enfin, du bien-être, de la démocratie, de la justice, de la liberté. L'espoir que les éclairés d'en haut utilisent pour fasciner les malheureux d'en bas et le leur vendre. L'espoir que la réponse à leurs attentes serait la couleur d'un produit qui se trouve dans le panier du système.

Ces gens-là, ils en savent peut-être plus que nous, les zapatistes. Ils sont savants, savantes. Et surtout, ils sont payés pour cela. La connaissance est leur métier, ils en vivent… et s'en servent pour tromper.

Ils sont plus savants que nous, et en parlant de nous, ils disent que nous appelons à l'abstention et que nous sommes sectaires (peut-être parce que nous, contrairement à eux, nous respectons les morts).

C'est si simple de rabâcher toujours les mêmes mensonges ! Ça coûte si peu de diffamer et de calomnier, puis de prêcher l'unité, l'ennemi principal, l'infaillibilité du pasteur, les insuffisances du troupeau.

Il y a longtemps de cela, les zapatistes ne faisaient pas de manifestation, ne criaient pas de slogan, ne brandissaient pas de pancarte, ne levaient pas le poing. Jusqu'au jour où nous avons marché. C'était le 12 octobre 1992, alors qu'en haut ils célébraient la « rencontre de deux mondes ». C'était à San Cristóbal de Las Casas, au Chiapas, au Mexique. En guise de pancarte, nous avions des arcs et des flèches, un silence sourd était notre devise.

Sans trop de vagues, la statue du conquistador est tombée. Peu importe s'ils l'ont relevée. Ils ne répandront plus jamais la peur de ce qu'elle représentait.

Quelques mois plus tard, nous sommes retournés dans les villes. Cette fois non plus, nous ne portions pas de pancartes ni même des arcs et des flèches. Ce matin-là, à l'aube, ça sentait le feu et la poudre. Ce sont nos visages que nous avons brandis.

Après quelques mois, quelques-unes, quelques-uns sont arrivés de la ville. Ils nous ont raconté les grandes manifestations, les slogans, les pancartes, les poings levés. Bien sûr, en ajoutant à chaque fois que si les petites et petits Indiennes et Indiens que nous sommes — car ils se préoccupaient de l'égalité de genre — nous survivions, c'était grâce à eux et elles, qu'en ville, ils avaient empêché le génocide des premiers jours de cette année 1994. Nous, les zapatistes, nous nous sommes demandé si avant 1994 il n'y avait pas déjà un génocide, s'il avait été empêché, si ces gens de la ville nous parlaient d'une quelconque réalité ou s'ils venaient juste présenter la facture. Nous, les zapatistes, nous avons compris qu'il y avait d'autres formes de lutte.

Ensuite, nous avons fait nos propres manifestations, nos slogans, nos pancartes et nous avons levé le poing. Depuis lors, nos manifestations ne sont qu'un pâle reflet de ce que fut cette aube de l'année 94. Nos slogans ont la rime désordonnée des chansons des campements guérilleros de la montagne. Nos pancartes sont élaborées au moyen d'un travail minutieux pour trouver des équivalents à ce qui, dans notre langue, s'exprime en un seul mot, et qui requiert, dans d'autres, les trois livres du Capital. Nos points levés saluent plus qu'ils ne menacent, s'adressant à l'avenir plutôt qu'au présent.

Pourtant, une chose n'a pas changé : nos visages se soulèvent.

Des années plus tard, ceux qui s'autodéfinirent comme nos créditeurs de la ville, exigèrent de nous que nous participions aux élections. Nous n'avons pas compris, car nous n'avons jamais exigé d'eux qu'ils se soulèvent en prenant les armes, ni qu'ils se rebellent contre le mauvais gouvernement, ni qu'ils honorent leurs morts pour la lutte. Nous n'avons pas exigé d'eux qu'ils se couvrent le visage, qu'ils taisent leur nom, qu'ils abandonnent famille, profession, ou amis en aucune façon. Mais les conquistadors modernes, en costume de gauche progressiste, nous ont menacés : si nous ne les suivions pas, ils nous laisseraient seules, seuls, et nous serions à leurs yeux coupables de l'arrivée au gouvernement d'une droite réactionnaire. Nous leur étions redevables, affirmaient-ils, et ils nous présentaient la facture en conséquence, sous forme de bulletin de vote.

Nous autres, zapatistes, nous n'avons pas compris. Nous nous étions soulevés pour nous gouverner nous-mêmes, pas pour être gouvernés. Ils se sont fâchés.

Par la suite, ceux de la ville ont encore manifesté, scandé des slogans, levé le poing et des pancartes, ils y ajoutent aujourd'hui des touits, des hashtags, des likes, des trenfing topics, des followers, dans leurs partis politiques, on y retrouve les mêmes que l'on trouvait hier chez la droite réactionnaire, à leurs tables, les assassins et les familles des assassins s'assoient et échangent, rient et trinquent ensemble aux gains obtenus, ou se lamentent et pleurent ensemble leurs postes perdus.

Pendant ce temps-là, nous, zapatistes, parfois nous manifestons aussi, nous crions des slogans invraisemblables ou bien nous nous taisons, parfois nous levons un poing ou une pancarte, le regard toujours présent. Nous disons que nous ne manifestons pas pour défier le tyran, mais pour saluer ceux qui les affrontent sous d'autres géographies, d'autres calendriers. Pour le défier, nous construisons. Pour le défier, nous créons. Pour le défier, nous imaginons. Pour le défier, nous grandissons et nous nous multiplions. Pour le défier, nous vivons. Pour le défier, nous mourons. Au lieu de faire des touits, nous faisons des écoles et des cliniques, au lieu de trending topics, des fêtes pour célébrer la vie et mettre la mort en déroute.

Sur la terre des créanciers de la ville, c'est encore le maître qui gouverne, sous un autre visage, un autre nom, une autre couleur.

Sur la terre des zapatistes, ce sont les peuples qui gouvernent et le gouvernement obéit.

C'est peut-être pour cette raison que nous, zapatistes, nous n'avons pas compris que nous devions être les suiveurs, et les leaders de la ville, eux, les suivis.

Et on ne le comprend toujours pas.

Peut-être bien que vous, nous, tout•e•s, nous obtiendrons la vérité et la justice que nous cherchons grâce à la charité d'un dirigeant entouré de gens aussi intelligents que lui, un sauveur, un maître, un chef, un patron, un pasteur, un gouvernant, et que cela se fera avec juste un minimum d'effort comme un bulletin dans l'urne, un touit, une présence dans une manifestation ou dans un meeting, une carte d'adhérent… ou bien en échange d'un silence face à la farce qui mime l'intérêt patriotique là où n'existe que la soif de pouvoir.

Certains ici, au sein de notre pépinière, apporteront une manière de voir qui induira peut-une réponse positive à cette question.

Nous, zapatistes, ce que nous avons appris, c'est que la réponse est non. Que d'en haut ne vient que l'exploitation, le vol, la répression, le mépris. C'est-à-dire que d'en haut nous n'obtenons que de la douleur. Et qu'en retour ils demandent, ils exigent qu'on les suive. Qu'on leur soit redevable de la publicité mondiale de votre situation douloureuse, qu'on leur soit redevable pour les places combles, les rues pleines de couleurs et d'ingéniosité. Qu'on leur soit redevable pour le travail de la police citoyenne qui a désigné, poursuivi et diabolisé les « anarco-infiltés-dégoûtants, pour les manifs bien policées, les articles de presse, les photos couleur, les critiques favorables et les interviews.

Nous, zapatistes, nous disons tout simplement :

N'ayez pas peur de vous retrouver sans ceux qui n'ont jamais réellement été avec vous. Ce sont eux qui ne le méritent pas. Ceux qui viennent à vous et votre douleur comme vers un spectacle étranger, qui plairait ou non, mais dont ils ne feront jamais vraiment partie.

Ne craignez pas d'être lâchés par ceux qui ne cherchent ni à vous accompagner ni à vous soutenir, mais juste à vous administrer, vous dompter, vous dominer, vous utiliser puis se débarrasser de vous.

Craignez seulement d'oublier votre cause et d'abandonner la lutte.

Car tant que vous tenez, que vous résistez, vous pourrez compter sur le respect et l'admiration de nombreuses personnes au Mexique et dans le monde entier.

Comme avec Adolfo Gilly.

Ce que je vais vous révéler maintenant n'était pas prévu initialement. La raison en est qu'Adolfo Gilly de même que Pablo Gonzalez Casanova avaient dit qu'ils ne seraient certainement pas là pour raison de santé. Mais Adolfo est ici, et nous lui demanderons de transmettre cette partie du message à Don Pablo.

Feu le SupMarcos racontait qu'une fois quelqu'un lui a reproché les attentions particulières de l'EZLN envers Don Luis Villoro, Don Pablo Gonzalez Casanova et Don Adolfo Gilly. L'argument qu'il opposait se fondait sur les différences entre ces trois personnes et le zapatisme, alors que l'EZLN ne manifestait pas une déférence similaire envers des intellectuels qui étaient cent pour cent zapatistes. J'imagine que le Sup alluma alors sa pipe et rétorqua : « Tout d'abord, les divergences avec eux ne concernent pas le zapatisme en tant que tel, mais certaines positions qu'il assume à propos de certaines questions. Deuxièmement, personnellement j'ai vu ces trois personnes face à mes compañeras et compañeros chefs. Des intellectuels de renom, et d'autres moins prestigieux sont venus ici. Ils sont venus et chacun a dit ce qu'il avait à dire. Bien peu d'entre eux ont parlé avec les commandantes et commandants. Ce n'est qu'avec ces trois-là que j'ai vu mes chefs parler et écouter d'égal à égal, dans une relation de confiance et de camaraderie réciproque. Comment ont-ils fait ? Je n'en sais rien, c'est à eux qu'il faudrait le demander. Par contre, je sais à quel point il est difficile de parvenir à échanger et être écouté par mes compañeras et compañeros chefs, dans le respect et l'estime mutuelle. C'est plus que difficile. Troisièmement, tu te trompes si tu penses que les zapatistes cherchent des miroirs, des clameurs et des applaudissements. Nous apprécions et nous estimons les différences de pensée, lorsqu'il s'agit de pensées critiques et argumentées, et pas ces futilités qui pullulent aujourd'hui au sein du progressisme illustré. Notre critère pour apprécier des idées n'est pas leur convergence avec les nôtres, mais leur capacité à nous faire avancer et à provoquer la réflexion, et surtout si elles rendent fidèlement compte de la réalité. Pourtant, ces trois personnes ont effectivement soutenu des positions différentes voire contraires aux nôtres en diverses occasions.

Mais ils n'ont absolument jamais été contre nous. Malgré les aléas de la mode, ils nous ont toujours accompagnés.

Leurs arguments souvent contraires aux nôtres ne nous ont pas convaincus, certes, mais ils nous ont aidés à comprendre des idées et des positionnements différents, dont l'évaluation se fait au regard du réel et non pas d'un jury auto-institué par l'université ou le militantisme. Provoquer la pensée, la discussion, le débat, c'est quelque chose que nous, zapatistes, nous estimons au plus haut point.

Nous avons donc de l'admiration pour la pensée anarchiste. Bien sûr, nous ne sommes pas anarchistes, mais les questionnements posés par l'anarchisme sont de ceux qui provoquent et ravivent les idées, de ceux qui font réfléchir. Et il me semble que de ce côté, mais pas uniquement, la pensée critique orthodoxe, si je puis dire, a beaucoup à apprendre de la pensée anarchiste. Par exemple, la critique de l'État en tant que tel est portée depuis bien longtemps par la pensée anarchiste.

Mais pour en revenir à nos trois gaillards, affirma le Sup à ceux qui demandaient une rectification zapatiste, lorsque l'un d'entre vous pourra s'asseoir face à mes compañeras et compañeros sans qu'elles et ils craignent vos moqueries, votre jugement, votre condamnation ; quand vous réussirez à leur parler avec équité et respect ; quand vous les regarderez en compañeros et compañeras et pas comme des juges étrangers, que vous les « affectionnerez », comme on dit ici ; ou quand votre pensée, sans coïncider forcément avec la nôtre, nous aidera à discerner le fonctionnement de l'Hydre, nous amènera vers de nouvelles questions, ouvrira de nouveaux chemins, nous fera penser, ou encore lorsque vous pourrez expliquer ou impulser une analyse sur un aspect concret de la réalité, alors seulement vous verrez que nous avons aussi à votre égard les quelques attentions que nous avons envers eux.

En attendant, ajouta le SupMarcos, avec l'humour acide qui le caractérisait, abandonnez votre jalousie hétéro-patriarcale, mondialiste, reptilienne et sectaire.

Je vous ai fait part de cette anecdote qui m'a été rapportée par le SupMarcos, car il y a quelques mois, lors de la visite d'une délégation des familles de ceux qui luttent pour la vérité et la justice pour Ayotzinapa, l'un des papas nous a raconté une réunion avec le mauvais gouvernement. Je ne sais plus si c'était ou non la première. Don Mario nous a raconté que les fonctionnaires sont arrivés avec leurs papiers et leur bureaucratie, comme s'il s'agissait d'un simple changement de matricule, et pas d'une disparition forcée. Les familles étaient à la fois effrayées et en colère, elles voulaient s'exprimer mais le bureaucrate qui leur faisait face arguaient que seuls pouvaient s'exprimer ceux qui avaient été enregistrés, et il cherchait à les intimider. Don Mario raconte qu'un homme d'un certain âge les accompagnait, « un sage », diraient les zapatistes. Cet homme a surpris tout le monde en tapant du poing sur la table et en élevant la voix pour exiger qu'on laisse la parole aux parents qui voulaient s'exprimer. Don Mario nous a dit, à peu de choses près : « Ce monsieur n'a pas eu peur, et la peur s'est envolée pour nous aussi, nous avons parlé et depuis, nous n'avons plus cessé de le faire. » Cet homme qui, vert de rage, a fait face à la négligence gouvernementale, aurait pu être une femme ou un•e autre, et je suis sûr que n'importe lequel d'entre vous aurait fait pareil en de telles circonstances, mais il se trouve que c'était Adolfo Gilly.

Compañeros des familles,

C'est à cela qu'on fait allusion lorsqu'on parle de ceux qui sont avec vous sans vous voir comme une marchandise à acheter, vendre, échanger ou voler.

Comme lui, il y en a d'autres, qui ne frappe pas du poing parce qu'ils ne sont pas devant la table, mais qui sont là.

En tant que zapatistes, nous avons aussi appris que rien ne s'obtient vite et facilement, ni ce qu'on mérite ni ce dont on a besoin.

Car l'espoir, en haut, est une marchandise, mais en bas, c'est une lutte pour se convaincre d'une chose : nous allons obtenir ce que nous méritons et nécessitons, parce qu'on s'organise et qu'on lutte pour cela.

Notre destin n'est pas le bonheur. Notre destin est de lutter, de lutter toujours, à toute heure, à tout moment, en tout lieu. Peu importe si le vent nous est favorable. Peu importe si nous avons le vent et tout le reste contre nous. Peu importe que la tempête arrive.

Car, croyez-moi, les peuples originaires sont des habitués de la tempête. Et ils sont là, et nous sommes là. Nous, qui nous nommons les zapatistes. Depuis plus de trente ans nous payons le prix de ce nom-là, à la vie à la mort.

Nous sommes riches de cette persistance au-delà de tout et de tous ceux d'en haut qui se sont succédé sur les calendriers et les géographies, on ne le doit pas à des individus. On le doit à notre lutte collective et organisée.

Si quelqu'un se demande envers qui les zapatistes seraient redevables de leur existence, de leur résistance, de leur rébellion et de leur liberté, la vraie réponse sera : « PERSONNE ».

Car c'est ainsi que l'individualité qui supplante et s'impose, en faisant mine d'orienter et de représenter le collectif, est annihilée par ce dernier.

Par conséquent, nous vous affirmons aujourd'hui, vous les familles qui cherchez la vérité et la justice, que lorsque tous se seront retirés, PERSONNE resterons.

Une part de ce PERSONNE, la plus petite peut-être, c'est nous, les zapatistes. Mais il y a beaucoup plus de monde.

PERSONNE, c'est celui qui fait tourner la roue de l'histoire. C'est PERSONNE qui travaille la terre, qui manœuvre les machines, qui travaille, qui lutte.

C'est PERSONNE qui survit à la catastrophe.

Mais peut-être que nous nous trompons, que le chemin que l'on vous offre de l'autre côté est celui qui vaut vraiment la peine. Si vous pensez ainsi et que vous en décidez ainsi, vous ne recevrez pas notre condamnation, notre rejet ni notre mépris. Soyez assurés, quoi qu'il en soit, de notre affection, respect et admiration.

Aux familles des Absents d'Ayotzinapa,

Il est tant de choses que nous ne pouvons faire ni vous donner.

En revanche, nous avons notre mémoire, forgée par des siècles de silence et d'abandon, de solitude, dans la peau de celui qui est agressé par des couleurs différentes, des drapeaux différents, des langues différentes. Mais toujours par le système, ce satané système qui est au-dessus de nous, à nos dépens.

Les mémoires obstinées ne remplissent peut-être pas les places, ne gagnent ni n'achètent des postes au gouvernement, ne prennent pas de châteaux, ne brûlent pas de voiture ni ne cassent de vitrines, n'élèvent pas de monuments dans les musées éphémères des réseaux sociaux.

Les mémoires obstinées n'oublient pas, c'est ainsi qu'elles luttent.

Les places et les rues se vident, les postes et les gouvernements finissent, les palais s'écroulent, les véhicules et les vitres se remplacent, les musées moisissent, les réseaux sociaux courent dans tous les sens, prouvant ainsi que la frivolité, à l'image du capitalisme, peut être massive et simultanée.

Pourtant, il arrive des moments où la mémoire est la seule chose à laquelle s'accrocher.

En ces moments-là, sachez que nous sommes là, nous, zapatistes de l'EZLN.

Car la mémoire tenace des zapatistes est d'une autre nature. Elle ne tient pas seulement les comptes des douleurs et des colères passées, en brossant sur son cahier les cartes des calendriers et des géographies qu'en haut on a oubliés.

Le mur et la brèche

En tant que zapatistes, notre mémoire se penche aussi vers l'avenir. Elle désigne des dates et des lieux.

S'il n'y a pas de point géographique pour ce lendemain, nous commençons à rassembler des brindilles, des cailloux, des lambeaux de vêtements et de chair, des os et de la boue, et on commence à construire une île artificielle ou plutôt une barque plantée au centre de ce lendemain, juste là où point aujourd'hui la tempête.

Si dans le calendrier qu'on connaît aujourd'hui on ne trouve pas une heure, un jour, une semaine, un mois ou un an, on se met à rassembler des fractions de seconde, de courtes minutes, et on les insère en douce dans les brèches qu'on ouvre dans le mur de l'histoire.

S'il n'y a pas de brèche, alors bon, on se met à coups d'ongles, de dents, de pieds, de poings et de tête, avec le corps entier jusqu'à ce que l'histoire se trouve blessée par nos propres plaies.

Il arrive parfois que quelqu'un passe à côté et voie la ou le zapatiste s'acharnant contre le mur.

Il arrive que celui qui passe ainsi devant nous soit quelqu'un qui croit savoir. Il s'arrête un instant, hoche la tête d'un air désapprobateur, juge et condamne : « Ce n'est pas ainsi que vous abattrez ce mur. »

Parfois, très rarement, un•e autre passe, s'arrête et regarde, comprend, regarde ses pieds, ses mains, ses poings, ses épaules, son corps, et décide : « Ici, c'est bien » ; si son silence était audible, on pourrait l'entendre, alors qu'il inscrit une marque sur le mur impassible, puis se met à cogner.

Celui qui croit qu'il sait revient, puisque son chemin est fait d'allées et venues, comme pour passer en revue ses sujets. Il voit l'autre plongé dans cette même tâche obstinée. Il lui semble qu'il y a là suffisamment de monde pour être écouté, applaudi, acclamé, voté et suivi. Il parle beaucoup, et dit aussi peu : « Vous n'abattrez jamais ce mur de cette façon, il est indestructible, éternel, interminable. » Lorsqu'il le considère opportun, il conclut : ce que vous devriez faire c'est chercher comment administrer ce mur, en changer la garde, le rendre un peu plus juste et aimable. Je vous promets de le radoucir. De toute façon, nous serons toujours de ce côté-ci. Si vous continuez comme ça, vous ne ferez que le jeu de l'administration actuelle, du gouvernement et de l'État, peut importe car le mur, c'est le mur, vous m'entendez ? Il sera toujours là.

Quelqu'un d'autre s'approchera peut-être, observera en silence et conclura : « Au lieu de s'acharner contre le mur, vous devriez comprendre que le changement est en chacun de nous, on a juste besoin de pensées positives, regardez, quelle coïncidence, j'ai justement en main cette religion, cette mode, cette philosophie, cet alibi qui vous servira. Peu importe que ce soit ancien ou nouveau. Venez, suivez-moi. »

Pour répondre à cela, ceux qui s'attaquent au mur obstinément sont maintenant mieux organisés, forment des collectifs, des équipes, tournent et organisent la relève. Il y a de grosses équipes, des minces, des grandes et des petites. Là-bas, il y en a des sales, des moches, des mauvais et des vulgaires ; il y en a aux grosses têtes, aux gros pieds, certains ont les mains cornées par le travail, il y a les hommes, les femmes, les autres, qui mettent la main, le corps, la vie à la pâte.

Ils s'y mettent comme ils peuvent, avec acharnement.

Avec un livre, un pinceau, une guitare, une platine, un verre, une houe, un marteau, une baguette magique, un crayon. Bon, il y en a même qui frappent le mur avec un « pas de chat » [1]. Et comme on pouvait s'y attendre, la danse se propage. Quelqu'un apporte une marimba, un clavier ou un ballon, et chacun son tour… bon, vous imaginez.

Le mur, comme si de rien n'était. Il reste impassible, puissant, immuable, sourd, aveugle.

Les médias commerciaux arrivent : ils prennent des photos, filment, s'interviewent entre eux, consultent des spécialistes. La spécialiste unetelle, dont la seule qualité est d'être étrangère, déclare du haut de son regard transcendant que la composition moléculaire de la matière dont le mur est constitué résisterait même à une bombe atomique, qu'il faut en conclure que ce que fait le zapatisme est complètement improductif et devient finalement un complice du mur (une fois hors antenne, la spécialiste demande au journaliste qui l'a invitée de mentionner son unique ouvrage, en espérant qu'il se vende).

Le défilé de spécialistes se poursuit. La conclusion est unanime : l'effort est inutile, le mur ne s'écroulera jamais. Soudainement les médias courent pour interviewer ceux qui proposent une administration plus « humaine » du mur. Le tumulte des caméras et des micros produit un drôle d'effet : ceux qui n'ont ni arguments ni suiveurs semblent avoir beaucoup des deux. Un grand discours émouvant. Un article en témoigne. Les médias commerciaux repartent alors qu'ils ne prêtaient attention à ce que disait ce candidat, ce leader ou cet expert, mais à leurs smartphones qui sont, évidemment plus intelligents que la personne de l'entretien et puis il y a un tremblement de terre là-bas, puis le fonctionnaire untel était corrompu, puis James Bond est arrivé au Zocalo, le combat du siècle a attiré des millions de gens, peut-être parce qu'ils ont cru qu'il opposait les exploiteurs aux exploités.

La ou le zapatiste, personne ne l'interroge. Si on le faisait, elle ou il ne répondrait peut-être pas, ou bien expliquerait les raisons de son absurde obstination : « Je ne cherche pas à abattre le mur, juste à y ouvrir une brèche. »

Ce n'est pas dans les livres déjà écrits, mais dans ceux qui ne le sont pas encore, mais déjà lus par des générations, que les zapatistes ont su qu'une brèche se referme si on arrête de la creuser. Le mur se reconstitue de lui-même. Ils doivent donc poursuivre sans relâche, pour élargir la brèche et surtout, pour éviter qu'elle ne se referme.

La ou le zapatiste sait aussi que le mur change d'apparence. Il est tantôt comme un grand miroir qui reflète la destruction et la mort, comme si rien d'autre n'était possible. Tantôt le mur se déguise agréablement et sa superficie dévoile un paysage paisible. Tantôt encore, il est dur et gris, comme pour nous persuader de son impénétrable solidité. La plupart du temps, le mur semble être une gigantesque marquise où se répète le mot P-R-O-G-R-È-S.

Pourtant, la ou le zapatiste sait que c'est un mensonge, que le mur n'a pas toujours été ainsi, elle ou il sait comment on l'a construit, elle ou il connaît son fonctionnement, ses duperies, et sait aussi comment le détruire.

Le supposé caractère omnipotent et éternel du mur ne l'inquiète pas. Elle ou il sait que les deux sont faux. Ce qui compte maintenant, c'est la brèche, qu'elle ne se referme pas, qu'elle s'agrandisse.

Car la ou le zapatiste sait aussi ce qu'il y a de l'autre côté du mur.

Si on le lui demandait, il ne répondrait rien, mais il sourirait comme pour dire « tout ».

À l'occasion d'une relève, les Tercios Compas, qui ne sont ni des médias, ni libres, ni autonomes, ni alternatifs, ni quel que soit le terme, mais des compas, s'adressent avec fermeté à ceux qui frappent le mur.

Si tu penses qu'il n'y a rien de l'autre côté, pourquoi veux-tu percer une brèche dans le mur ?

Pour voir, répond la ou le zapatiste, sans cesser de gratter.

« Et pour quoi veux-tu voir ? » insistent les Compañeros Immédias, qui sont les seuls qui restent après le départ de tous les médias. Et comme pour le certifier, ils portent sur leur maillot la légende « Quand les médias s'en vont, il reste les Immédias ».

Évidement, ils se sentent un peu mal à l'aise du fait d'être les seuls à poser des questions au lieu de s'en prendre au mur avec leur caméra et leur enregistreur ou « ce fichu trépied dont j'ai finalement compris à quoi il peut bien servir ».

Sans tarder, les Immédias reposent la question, quitte à retenir de tête la réponse parce que l'enregistreur et la caméra ont rendu l'âme, et le trépied n'en parlons pas. Ils insistent donc : mais pourquoi tu veux voir ?

« Pour m'imaginer tout ce qu'on pourra faire demain », répond la ou le zapatiste.

Lorsque la ou le zapatiste a dit « demain », il pourrait bien avoir parlé d'un calendrier perdu dans un temps à venir, d'ici des millénaires, des siècles, des décennies, des lustres, des années, des mois, des semaines, des jours… ou bien demain ? Demain ? Vraiment demain ? T'es sérieux ? Mais je ne suis pas prêt du tout !

Tout le monde n'est pas passé sans s'arrêter.

Tout le monde n'est pas venu pour juger, absoudre ou condamner.

Il y en a eu, si peu qu'ils tenaient au creux d'une main.

Ils sont restés là, à regarder en silence.

Ils sont restés.

Rarement, ils profèrent un « mmh... » semblable à celui qu'expriment les plus anciens de nos communautés.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, le « mmh » n'exprime pas le désintérêt ni le détachement. C'est plutôt une sorte de « je suis là, je t'écoute, je te regarde, continue ».

Ces hommes et ces femmes sont déjà d'un certain âge, ils ont la sagesse que les compas reconnaissent aux anciens, ils nous rappellent que les calendriers effeuillés au fil des luttes nous apportent raison, sagesse et discrétion.

Parmi eux, il y en avait un, qui est toujours là. Il se joint parfois aux matchs de foot qu'organise le commando anti-mur pour continuer à frapper un moment dans le ballon, avant de s'attaquer au clavier de la marimba.

Comme d'habitude, lors de ces matchs, personne ne demande de nom. Les un•e•s les autres ne s'appellent ni Juan, ni Juana, ni Krishna. On est identifié par le poste qu'on occupe. « Hey, le gardien ! Passe ici, milieu de terrain ! Résiste en défense ! Vas-y, l'attaquant ! Par ici, l'avant-centre ! On entend le tapage du gardien de but, les vaches sont indignées de voir leur nourriture ainsi piétinée par les allées et venues des équipes.

Aux abords du terrain, une enfant soucieuse cherche à enfiler des bottes en caoutchouc qui sont visiblement trop grandes pour elle.

Et toi, comment tu t'appelles ? demande un homme à la petite.

« Moi, défense zapatiste », dit la fillette en forçant l'expression du visage comme pour dire : « Si tu ne veux pas mourir, va-t-en. »

L'homme s'efforce de ne pas rire et sourit simplement.

La fillette cherche certainement à recruter des éléments pour gronder celui qui perd.

Ici, l'équipe qui gagne va s'attaquer au mur, et ceux qui perdent continuent de jouer « jusqu'à ce qu'ils apprennent », dit-on.

La fillette a déjà constitué une partie de l'équipe et s'en vante auprès de l'homme.

« Celui-là, c'est un avant-centre », dit-elle en montrant un petit chien de la couleur indéfinie de ses plaques de boue et qui remue la queue avec enthousiasme. « S'il commence à courir, il peut aussi bien s'arrêter, il s'en va jusque là-bas », dit la fillette en désignant l'horizon caché par le mur.

« Il ne manquerait plus qu'il oublie le ballon, dit-elle l'air de s'excuser, parce que parfois il repart dans l'autre sens, le ballon d'un côté et le chien avant-centre de l'autre. »

« Celui-là, c'est le gardien, on dit aussi le concierge, je crois », dit-elle en désignant cette fois un vieux cheval.

« Mon travail, explique la fillette, c'est d'empêcher le ballon de passer, regardez-le, il est borgne, il lui manque un œil, le droit, c'est pour ça qu'il regarde toujours en bas à gauche, si le tir arrive par la droite, il ne le remarque même pas. »

« Alors maintenant, il n'y a pas toute l'équipe. Il manque le chat… bon, plutôt le chien. Celui-là… comment s'appelle-t-il, c'est différent, un genre de chien qui miaule, un genre de chat qui aboie. J'ai cherché dans un livre d'herboristerie le nom de ce genre d'animal. J'ai pas trouvé. Pedrito a dit que le Sup aurait dit qu'on appelle ça un chat-chien.

Mais il ne faut pas trop le croire, Pedrito, parce que… » La fillette se retourne de part et d'autre pour vérifier que personne ne puisse l'entendre, puis elle dit à l'homme en secret : « Ce Pedrito, c'est un supporter de l'équipe America. » Une fois plus en confiance, elle ajoute : « Son père est supporter de l'équipe chivas et il se fâche. S'ils se disputent, sa mère donne une tape à chacun et ils se calment tout de suite, mais Pedrito répond toujours, que “la liberté, d'après les savatistes” et je ne sais pas quoi encore. »

Il sera « zapatiste », corrigea l'homme. La fillette ne l'écoute pas, Pedrito l'a énervée et il doit payer.

« Bon, alors toi, qu'importe ton nom, et le chat-chien là, tu te dis, est-ce qu'il sait jouer ? »

« Il sait », répondit-elle.

« Comme l'ennemi ne voit pas s'il est chien ou chat, il passe vite d'un côté à l'autre et zou ! y a but ! On a presque gagné l'autre jour, mais le ballon est parti tout là-haut, l'heure de boire le pozol et on a arrêté le match. Bon je te dis ça, mais le chat-chien lui, il sait. C'est autre chose, ce chat-chien-là, il a son œil jaune comme ça. »

L'homme en reste pantois. La fillette a décrit une couleur de ses mains. L'homme, mais il n'avait jamais encore rencontré quelqu'un qui décrive une couleur d'un simple geste. Mais la fillette est à mille lieues de donner des cours de phénoménologie de la couleur, et continue de parler.

« Mais le chat-chien n'est pas là pour l'instant, ajouta-t-elle, d'un air attristé. Je crois qu'il est parti faire le prêtre, on m'a dit qu'il est allé à un séminaire contre ce foutu capitalisme coriace. Tu sais comment ça marche, ce foutu capitalisme coriace ? Bon, écoute, je vais te faire l'explication politique. Ce foutu système t'attrape de tous les côtés. Il mord de partout, il avale tout et s'il a trop grossi, il vomit, et recommence à se goinfrer. Tout ça pour dire qu'en bref ce maudit capitalisme est insatiable. C'est pour ça que je lui ai dit, moi, au chat-chien, ça rime à quoi d'aller faire le curé à un séminaire ? Comme s'il allait m'écouter ! Mais vous croyez qu'un chat-chien peut être prêtre ? Non, hein ? Même avec beaucoup de buts et malgré son œil jaune, pas moyen, hein ? Tu imagines un chat-chien te marier, même avec son œil jaune ? Impossible hein ? Donc quand on se mariera avec mon mari, pas de curé, seulement à la municipalité autonome, et encore, c'est juste pour le bal, sinon même pas la peine. Juste pour régulariser ça et qu'on nous regarde pas de travers. C'est entre moi et mon ça-là-comme-on-dit, et si mon mari ne convient pas alors bon vent les corbeaux qui te crèveront les yeux. Ma grand-mère, elle dit ça, elle est très âgée, mais elle s'est battue le 1er janvier 1994. Tu sais ce qui s'est passé ce jour-là ? Ben après je te chanterai une chanson qui raconte tout ça très bien. Pas maintenant, ça va être notre tour de jouer et il faut se préparer. Mais pour pas te laisser sans réponse, ce jour-là on a dit à ces satanés mauvais gouvernements qu'on n'en peut plus, ça va bien, ça suffit leurs conneries. Ma grand-mère dit que tout ça c'est grâce aux femmes, que sans elles, les maris eux n'auraient rien fait, qu'on ferait peine à voir aujourd'hui. Bon, je n'ai pas de mari en vue pour le moment, les hommes sont parfois des abrutis, tu sais. Et je suis encore une enfant. Mais je sais que bientôt ils vont me regarder les hommes, mais moi je ne vais pas papillonner, j'irai franco, je vais comme qui dirait me faire respecter mais s'il dépasse les limites, je ne suis pas défenseuse zapatiste pour rien, je lui mets une claque [2] et ciao, en tant que femme zapatiste, on devra me respecter. Bien sûr, il ne va pas comprendre tout de suite, je lui mettrai quelques claques jusqu'à ce qu'il comprenne ce que c'est que les femmes zapatistes. »

L'homme a suivi avec attention la tirade de la fillette, bien plus que le chien couvert de boue, parti on ne sait où. À l'entendre, il n'a pas souri ni pu se remettre de sa surprise.

« On va y arriver, s'enthousiasmait la fillette, ça prend du temps, mais on va y arriver. »

L'homme mit un certain temps à saisir que la fillette parlait de son équipe. D'ailleurs est-ce bien le cas ?

Mais la fillette scrutait l'homme d'un regard de chasseur de tête, et suite à quelques « mmh », elle lui lança soudain : « Et toi, comment tu t'appelles ? »

Moi ? dit l'homme, qui se doutait que la fillette ne demandait ni son arbre généalogique ni le blason de sa famille, mais une position.

Après avoir parcouru mentalement l'éventail des possibilités, il répondit : « Je m'appelle ramasseur de balles. »

La fillette resta figée, impressionnée par la pertinence de cette position.

Après y avoir réfléchi quelques instants, elle dit à l'homme, comme pour lui prouver l'importance qu'elle lui accordait.

« Ramasseur de balles, vous n'êtes pas n'importe qui, hein ! Si la balle s'en va par là-bas, vers les hautes herbes, laisse tomber ! Personne ne veut y aller, c'est trop sauvage par là-bas, des épines partout, des chardons, des araignées, même des serpents… ou alors le ballon arrive dans le ruisseau et on ne l'attrape pas facilement parce qu'il est emporté par le courant, il faut donc courir pour la rattraper, la balle. Donc ramasseur de balles, ça compte, c'est important. Sans ramasseur de balles, pas de match. Sans match, pas de fête, sans fête, pas de danse, sans danse, pas de prétexte pour me coiffer et me mettre des pinces à cheveux de toutes les couleurs, alors », dit l'enfant, en sortant de son cabas des barrettes d'une invraisemblable palette de couleurs.

« Ce n'est pas n'importe qui, celui qui ramasse le ballon », répète la fillette à l'homme en le serrant dans ses bras, comme pour lui transmettre par ce geste l'importance qu'elle accordait au collectif et à la place de chacun dans une équipe.

« Je l'aurais bien fait, moi, mais j'ai trop peur des araignées et des serpents. J'ai même fait un cauchemar l'autre jour à cause d'une sale bête de serpent que j'ai croisée dans le champ. »

L'homme garde un sourire aux lèvres.

Le match se termine, la fillette n'a pas rassemblé l'équipe à houspiller et s'est endormie à même le sol.

L'homme se lève et enfile sa veste, car le soir pointe et le sol se rafraîchit. Il risque de pleuvoir.

Un milicien s'en revient avec les identifications demandées par le conseil de bon gouvernement. L'homme attend son tour.

Finalement, on l'appelle et il s'approche pour récupérer son passeport qui porte l'inscription « République orientale de l'Uruguay ». À l'intérieur, la photo d'un homme qui a l'air de se dire « mais qu'est-ce que je fais ici ? », à côté de laquelle on peut lire « Hughes Galeano, Eduardo Germán María ».

« Dites-moi, demande le milicien, vous avez pris Galeano comme nom de lutte à cause du compa sergent Galeano ? »

« Oui, je crois bien », répond l'homme en reprenant son passeport d'un air dubitatif.

« Ah bon, dit le milicien, c'est bien ce que je me disais. »

« Et dites-moi, votre pays, c'est où exactement ? »

L'homme regarde le milicien zapatiste, regarde le mur, regarde les gens qui s'acharnent sur la brèche, regarde les enfants qui jouent et dansent, la fillette qui essaie de parler avec le chiot, avec un cheval mutilé et avec ce petit animal qui pourrait bien être un chat ou un chien, puis répond avec résignation : « C'est ici aussi. »

« Ah bon !, dit le milicien, et vous, qu'est-ce que vous faites ? »

« Moi ? » répond l'homme embarrassé, en ramassant son sac à dos.

Soudain il répond en souriant, comme dans un éclair d'illumination : « Je suis ramasseur de balles. »

L'homme est déjà loin pour l'entendre lorsque le milicien zapatiste murmure avec admiration : « Dites-donc, ramasseur de balles ! c'est pas n'importe qui. »

Une fois en formation, le milicien dit à l'un d'entre eux : « Dis, Galeano, aujourd'hui j'ai rencontré un homme qui a pris ton nom. »

Le sergent Galeano répliqua d'un large sourire : « Non, mon ami, c'est pas possible ! »

« Mais je t'assure ! dit le milicien, d'où aurait-il sorti ce nom, sinon ? »

« Bon, et que fait-il ? » demanda le sergent des milices et maître d'école Galeano.

« Il ramasse les balles », dit le milicien, en partant précipitamment pour arriver à temps pour boire du pozol.

Le sergent des milices Galeano prend son carnet de notes et le range dans son cabas en maugréant : « Ramasseur de balles, comme si c'était si simple. N'importe qui ne peut pas ramasser les balles. Pour être ramasseur de balles, il faut beaucoup de courage, comme pour être zapatiste, et n'importe qui ne peut pas être zapatiste, même si finalement, on ne sait pas qu'on est zapatiste... jusqu'à ce qu'on s'en aperçoive. »

Vous ne me croirez peut-être pas, mais ce que je vous ai raconté est arrivé il y a à peine quelques jours, quelques semaines, quelques mois, quelques années, quelques siècles, alors que le soleil d'avril giflait la terre, non pour l'offenser, mais pour la réveiller.

Aux frères et sœurs des familles des Absents d'Ayotzinapa,

Votre lutte est maintenant une brèche dans le mur du système. Ne laissez pas se refermer Ayotzinapa. Par cette brèche, vos enfants respirent, mais aussi des milliers de disparu•e•s qui manquent à ce monde.

Pour que cette brèche ne se referme pas, pour que cette brèche s'amplifie, s'élargisse, vous pourrez compter sur nous, zapatistes, dans cette lutte commune pour transformer la douleur en colère, la colère en rébellion, la rébellion en lendemain.

SupGaleano
Mexique, le 3 mai 2015.

Traduit par Ana et Andrea.
Repris de : http://lavoiedujaguar.net/Le-mur-et-la-breche-Premieres

Source du texte d'origine :
http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2015/05/03/el-muro-y-la-grieta-primer-apunte-sobre-el-metodo-zapatista-supgaleano-3-de-mayo/

[1] En français dans le texte d'origine.

[2] NdlT : « zape » dans le texte espagnol : jeu de mot avec zapatista.

Rencontre des ConSciences : paroles d'ouverture de l'EZLN

tags : pl-fr,

Paroles du Commandement Général de l'EZLN au nom des femmes, hommes, enfants et anciens zapatistes au début de la rencontre "Les Zapatistes et les ConSCIENCES pour l'humanité" .

Bonjour.

Compañeras, compañeros du Mexique et du monde :

Sœurs et frères du Mexique et du monde :

Avant tout, au nom des compañeras et compañeros bases de soutien de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale, nous remercions les compañeros du CIDECI, qui de nouveau nous ont mis ces espaces à disposition pour que nous nous rencontrions ici, les peuples originaires zapatistes et les scientifiques, comme un commencement à regarder et à marcher vers ce qu'il faut faire dans le monde dans lequel nous vivons, qui se fait détruire par le capitalisme.

Nous remercions aussi les compañeros qui ont travaillé sur les inscriptions et la coordination de cet évènement.

Nous remercions aussi les compañeras et compañeros de l'équipe de soutien chargé du transport.

Et avant tout compañeras et compañeros des équipes des collectifs, vous remercier du taf que vous vous êtes envoyés pour mener à bien cette rencontre. Merci beaucoup.

Pour nous, les femmes et les hommes zapatistes, a commencé aujourd'hui notre long chemin en recherche des autres, femmes ou hommes, avec qui nous pensons avoir une grande responsabilité, celle de défendre et de sauver le monde dans lequel nous vivons, par les arts des artistes, les sciences des scientifiques et les peuples originaires avec ceux d'en-bas du monde entier.

Parce qu'une poignée de quelques personnes appelés "néolibéraux capitalistes" ont décidé d'en finir en détruisant tout sauvagement, sans se soucier du tout de la maison où on habite.

Donc cela nous fait réfléchir, et nous nous demandons, nous les femmes et les hommes zapatistes : où allons-nous vivre, nous les pauvres de ce monde, parce que eux, les riches, peut-être qu'ils vont aller vivre sur une autre planète ?

Que faire maintenant, vu qu'on le voit bien comment ils sont en train de la détruire, notre maison ?

Imaginez, s'ils nous emmènent sur une autre planète pour être leurs esclaves ?

Après y avoir songé plein de fois, nous avons conclu :

Vraiment tout en bas, il y a des femmes et des hommes qui étudient la science, la scientifique, la bonne science. Mais arrivent les mauvais capitalistes, et ils l'utilisent, cette science, pour faire du mal à celui qui a découvert cette science.

Quel est le mal ?

1. Elle est utilisée pour rendre le riche plus riche, cette science.

2. Le riche change le destin pour laquelle elle a été créée, il lui donne un autre usage, à son convenance. Il tue et il détruit avec ça.

Pire maintenant, ils l'empirent, et cet empirement se fera encore plus fort contre nous les êtres vivants et la mère nature.

C'est ainsi qu'a commencé à naître tout le mal, et ça continue, et ça continuera. Aujourd'hui ce mal est en train d'arriver à un point vraiment grave.

C'est comme ça que ça s'est passé, et comme ça qu'ils utilisent ausi ceux qui font l'art des artistes, tout a été emporté par le capitalisme pour lui faire du mal à la société, et pour son bien à lui, le capitalisme.

Ce qui était naturel, de nature, et ceux qui vivent en elle, c'est-à-dire les peuples originaires, ils sont là pour être détruits, ensemble avec la mère nature.

Donc : Inventons, pensons, imaginons.

On peut s'organiser, travailler et lutter, nous défendre comme le ciment que nous sommes, pour que ce monde, cette maison dans laquelle nous vivons, ces capitalistes ne nous la fassent pas disparaître. Maintenant l'heure est venue, frères et soeurs, compañer@s, compañeroas. Personne ne viendra porter secours. C'est nous qui sommes concernés.

Mettez-vous à rêver, et vous vous rendrez compte que contre le capitalisme, on ne peut y arriver à bout qu'avec la bonne science scientifique, et l'art de l'artiste, et les gardiens de la mère-nature, avec les en-bas du monde entier. Nous avons cette responsabilité.

Ça ne veut pas dire que nous sommes les seuls qui devons lutter, non, mais retournons-nous pour voir comment vont les choses, et nous nous rendons compte que tout ce que nous avons qui sert dans les maisons, ça vient de la science comment elles sont nées, et toutes les figures de la maison, et les figures dans les chambres, c'est par l'art des artistes, et d'où sont sortis ces matériaux, c'est de la mère-nature, là où vivent les peuples originaires.

Donc, c'est comme si nous étions le "germe" de cela.

Plus clairement.

Qui a imaginé comment faire un téléphone portable le plus moderne aujourd'hui ? Et cela des milliers de marchandises qu'il y a maintenant, qui sont là pour le bien du riche, et non pour celui qui en a eu la science, ni pour le peuple.

Qui a imaginé faire ces images qu'il y a dans nos téléphones, qui maintenant sont manipulées à tout va ?

D'où sont sortis ces matériaux avec lesquels sont faits nos téléphones ? Et cela pour des milliers d'articles.

Le capitalisme a converti ces sciences pour un mauvais usage : pour sa grande accumulation de richesse, de manipulation à sa convenance, et il ne porte pas la responsabilité de la destruction qu'il fait avec ça.

Nous savons ce qui va se passer.

Une autre chose bien évidente de plus.

C'est que nous sommes le sang du riche pour qu'il vive, nous sommes la chair et les os pour qu'ils soient vivants, et ils vivent pour nous faire du mal dans ce système capitaliste.

Les autres organes qui manquent, c'est nous les consommateurs.

C'est mis à découvert, là où nait le mal dans lequel nous maintient le système capitaliste.

Notre survie, elle est entre nos mains, l'autre construction d'un monde nouveau.

Aujourd'hui nous sommes ici, non pas pour nous dire ce que nous devons faire, mais pour nous connaitre, quelle est notre fonction que nous a mis le capitalisme dans ce monde, et pour voir si c'est du bien ce que nous fait faire le capitalisme pour ce monde dans lequel nous vivons, avec les êtres humains et les êtres vivants.

Et si nous découvrons que c'est totalement mauvais, le mauvais usage que fait le capitalisme de nos sciences, donc nous devons nous rendre responsables et alors nous devons décider ce que nous devons faire.

Avant de terminer, compañeras et compañeros, sœurs et frères, aujourd'hui 26 décembre, nous n'oublierons pas qu'il nous manque des vies, la vie des 46 jeunes absents d'Ayotzinapa, Guerrero.

Ensemble avec les familles et les proches qui continuent de les chercher, et ne se rendent pas ni ne se vendent, nous, femmes et hommes zapatistes, nous exigeons aussi justice et vérité. Aux mères, pères, sœurs et frères des absents, nous adressons notre meilleure embrassade collective.

Ainsi donc, bienvenuEs à cette rencontre, à ce long chemin des autres sciences, et qu'il n'y ait pas de répit, que le répit marque quelque chose, car l'autre monde nouveau est déjà construit, et si il n'y a pas ça, il n'y aura pas de repos.

Que vos savoirs à vous, femmes et hommes scientifiques, se rencontrent et embrassent notre envie d'apprendre et de connaître les mondes.

Merci beaucoup.

Depuis le CIDECI-Unitierra, San Cristóbal de las Casas, Chiapas.

Sous-commandant insurgé Moisés.

Mexique, 26 décembre 2016.

Tatuajes en solidaridad con lxs presxs en luchas en San Cristobal de Las Casas, Chiapas

Tattoo Café – Tinta pro-presxs
Los próximos días 17 y 18 de febrero, de 16:00 a 23:00 horas, en El Paliacate (C/. 5 de Mayo, #20), se estarán realizando tatuajes solidarios como método y opción de autogestión en la lucha contra el sistema carcelario y para apoyar a nuestros compañerxs presxs en lucha.

Todo el dinero recaudado será destinado a este objetivo, a luchar contra los muros y a apoyar, mediante la solidaridad y el  apoyo mutuo, a nuestros compañeros que resisten tras ellos.

También pretendemos hacer de este evento un espacio de encuentro donde compartir la situación actual de lxs compañerxs presxs, darle voz a su palabra y denuncias, así como, ambos días, se estarán realizando un taller para escribirles cartas que nosotras nos encargaremos de hacerles llegar.

tattoo cafe digital

Te invitamos a que vengas a rayarte con nosotras por los presxs en lucha, a compartir un café, unas letras y unas palabras anticarcelarias.

Hagamos retumbar los muros con nuestras acciones, que el viento de nuestra palabra arrase sus rejas.
Porque la lucha también se lleva en la piel!!!

Abajo los muros de las prisiones!!
Hasta que todas seamos libres!!!
Grupo de Trabajo No Estamos Todxs (GTNET).
Pd. Puedes reservar tu cita anticipada en El Paliacate
Para más información sobre los casos particulares de presxs visitar: http://noestamostodxs.tk/


Tatoo Café: Tatuajes en solidaridad con los presxs en lucha
17 y 18 de febrero de 16h- 23h En el Paliacate (Calle 5 mayo #20)
-Información sobre presxs
-Taller de escritura de cartas a presxs
-Permonace anticarcelaria
  • -Rifa Solidaria

EZLN anuncia su calendario de actividades para 2017.

tags : actividades, ezln, pl-fr,
LOS MUROS ARRIBA,
 LAS GRIETAS ABAJO (Y A LA IZQUIERDA).
Febrero del 2017.


 imagenes@francotorres

La tormenta en nuestro caminar.
  Para nosotras, nosotros, pueblos originarios zapatistas, la tormenta, la guerra, lleva siglos.  Llegó a nuestras tierras con la patraña de la civilización y la religión dominantes.  En ese entonces, la espada y la cruz desangraron a nuestra gente.
  Con el paso del tiempo, la espada se modernizó y la cruz fue destronada por la religión del capital, pero se siguió demandando nuestra sangre como ofrenda al nuevo dios: el dinero.
  Resistimos, siempre resistimos.  Nuestras rebeldías fueron suplantadas en la disputa entre unos contra otros por el Poder.  Unos y otros, arriba siempre, nos demandaron luchar y morir para servirlos, nos exigieron obediencia y sometimiento bajo la mentira de liberarnos.  Como aquellos a quienes decían y dicen combatir, vinieron y vienen a mandar.  Hubo así supuestas independencias y falsas revoluciones, las pasadas y las por venir.  Los de arriba se turnaron y se turnan, desde entonces, para mal gobernar o para aspirar a hacerlo.  Y en calendarios pasados y presentes, su propuesta sigue siendo la misma: que nosotras, nosotros, pongamos la sangre; mientras ellos dirigen o simulan dirigir.
  Y antes y ahora, olvidan ellos que no olvidamos.
  Y siempre la mujer abajo, ayer y hoy.  Incluso en lo colectivo que fuimos y somos.

  Pero los calendarios no sólo trajeron dolor y muerte para nuestros pueblos.  Al expandir su dominio, el Poder creó nuevas hermandades en la desgracia.  Vimos entonces al obrero y al campesino hacerse uno con nuestro dolor, y yacer bajo las cuatro ruedas del carromato mortal del Capital.
  Conforme avanzó el Poder en su paso por el tiempo, más y más crecía el abajo, ensanchando la base sobre la que el Poder es Poder.  Vimos entonces sumarse a maestros, estudiantes, artesanos, pequeños comerciantes, profesionistas, los etcéteras con nombres diferentes pero idénticos pesares.
  No bastó.  El Poder es un espacio exclusivo, discriminatorio, selecto.  Entonces las diferencias fueron también perseguidas abiertamente.  El color, la raza, el credo, la preferencia sexual, fueron expulsadas del paraíso prometido, siendo que el infierno fue su casa permanente.
  Les siguieron la juventud, la niñez, la ancianidad.  El Poder convirtió así a los calendarios en materia de persecución.  Todo el abajo es culpable: por ser mujer, por ser niñ@, por ser joven, por ser adulto, por ser ancian@, por ser human@.
  Pero, al expandir la explotación, el despojo, la represión y la discriminación, el Poder también amplió las resistencias… y las rebeldías.
  Vimos entonces, y ahora, levantarse la mirada de muchas, muchos, muchoas.  Diferentes pero semejantes en la rabia y la insumisión.
  El Poder sabe que sólo es lo que es sobre quienes trabajan.  Los necesita.
  A cada rebelión respondió y responde comprando o engañando a los menos, encarcelando y asesinando a los más.  No teme sus demandas, es su ejemplo el que le causa horror.
  No bastó.  De dominar naciones, el Poder del Capital buscó poner a la humanidad entera bajo su pesado yugo.
  Tampoco fue suficiente.  El Capital pretende ahora manejar a la naturaleza, domarla, domesticarla, explotarla.  Es decir, destruirla.
  Siempre con la guerra, en su avance destructor el Capital, el Poder, demolió primero feudos y reinos.  Y sobre sus ruinas levantó naciones.
  Luego devastó naciones, y sobre sus escombros erigió el nuevo orden mundial: un gran mercado.
  El mundo entero se convirtió en un inmenso almacén de mercancías.  Todo se vende y se compra: las aguas, los vientos, la tierra, las plantas y los animales, los gobiernos, el conocimiento, la diversión, el deseo, el amor, el odio, la gente.
  Pero en el gran mercado del Capital no sólo se intercambian mercancías.  La “libertad económica” es sólo un espejismo que simula acuerdo mutuo entre quien vende y quien compra.  En realidad, el mercado se basa en el despojo y la explotación.  El intercambio es entonces de impunidades.  La justicia se transformó en una caricatura grotesca y en su balanza siempre pesa más el dinero que la verdad.  Y la estabilidad de esa tragedia llamada Capitalismo depende de la represión y el desprecio.
  Pero no bastó tampoco.  Dominar en el mundo material no es posible si no se domina en las ideas.  La imposición con religiones se profundizó y alcanzó a las artes y las ciencias.  Como modas de vestir, surgieron y surgen filosofías y creencias.  Las ciencias y las artes dejaron de ser lo distintivo de lo humano y se acomodaron en un estante del supermercado mundial.  El conocimiento pasó a ser propiedad privada, lo mismo que la recreación y el placer.
 El Capital, así, se consolidó como una gran máquina trituradora, usando ya no sólo a la humanidad entera como materia prima para producir mercancías, también a los conocimientos, a las artes, … y a la naturaleza.
  La destrucción del planeta, los millones de desplazados, el auge del crimen, el desempleo, la miseria, la debilidad de los gobiernos, las guerras por venir, no son producto de los excesos del Capital, o de una conducción errónea de un sistema que prometió orden, progreso, paz y prosperidad.
  No, todas las desgracias son la esencia del sistema.  De ellas se alimenta, a costa de ellas crece.
  La destrucción y la muerte son el combustible de la gran máquina del Capital.
  Y fueron, son y serán inútiles los esfuerzos por “racionalizar” su funcionamiento, por “humanizarlo”.  Lo irracional y lo inhumano son sus piezas claves.  No hay arreglo posible.  No lo hubo antes.  Y ahora ya tampoco se puede atenuar su paso criminal.
  La única forma de detener la máquina es destruirla.
  En la guerra mundial actual, la disputa es entre el sistema y la humanidad.
  Por eso la lucha anticapitalista es una lucha por la humanidad.
  Quienes todavía pretenden “arreglar” o “salvar” al sistema, en realidad nos proponen el suicidio masivo, global, como sacrificio póstumo al Poder.
  Pero en el sistema no hay solución.
  Y no bastan ni el horror, ni la condena, ni la resignación, ni la esperanza en que ya pasó lo peor y las cosas no harán sino mejorar.
  No.  Lo cierto es que se va poner peor.
  Por esas razones, más las que cada quien agregue de sus particulares calendarios y geografías, es que hay que resistir, hay que rebelarse, hay que decir “no”, hay que luchar, hay que organizarse.
  Por eso hay que levantar el viento de abajo con resistencia y rebeldía, con organización.
  Sólo así podremos sobrevivir.  Sólo así será posible vivir.
  Y sólo entonces, como fue nuestra palabra hace 25 años, podremos ver que…
“Cuando amaine la tormenta,
 cuando la lluvia y fuego dejen en paz otra vez la tierra,
 el mundo ya no será el mundo, sino algo mejor.”
-*-
La guerra y los muros de afuera y de adentro.
  Si antes el sufrimiento causado por la guerra era patrimonio exclusivo del abajo mundial, ahora ensancha sus calamidades.
  Sobre cada rincón del planeta, el odio y el desprecio pretenden destruir familias, comunidades enteras, naciones, continentes.  No es necesario ya haber cometido un delito o ser presunto criminal, basta ser sospechoso de ser humano.
  Provocada por la codicia del gran dinero, la pesadilla actual pretende ser cobrada a quienes la padecen.  Las fronteras ya no sólo son líneas punteadas en los mapas y garitas aduanales, ahora son murallas de ejércitos y policías, de cemento y ladrillos, de leyes y persecuciones.  En todo el mundo de arriba, la caza del ser humano se incrementa y se festina en competencias clandestinas: gana quien más expulse, encarcele, confine, asesine.
  Como llevamos diciendo desde hace más de 20 años, la globalización neoliberal no trajo el surgimiento de la aldea planetaria, sino la fragmentación y disolución de los llamados “Estados-nación”.  Llamamos entonces, y ahora, a ese proceso con el nombre que mejor lo describe: “guerra mundial” (la cuarta, según nosotr@s).
  Lo único que se mundializó fue el mercado y, con él, la guerra.
  Para quienes hacen funcionar las máquinas y hacen nacer a la tierra, las fronteras siguieron y siguen siendo lo que siempre han sido: cárceles.
  Nuestra afirmación provocó entonces, hace dos décadas, sonrisas burlonas de la intelectualidad internacional encadenada a viejos y caducos dogmas.  Y esos mismos hoy tartamudean ante una realidad frenética, y, o ensayan viejas recetas, o se mudan a la idea de moda que, tras una compleja elaboración teórica, esconde lo único verdadero: no tienen ni la más remota idea de lo que pasa, ni de lo que sigue, ni de lo que antecedió a la pesadilla actual.
  Se lamentan.  El pensamiento de arriba les prometió un mundo sin fronteras, y su resultado es un planeta atiborrado de trincheras chovinistas.
  El mundo no se transformó en una gigantesca megalópolis sin fronteras, sino en un gran mar sacudido por una tempestad que no tiene precedentes de igual magnitud.  En él, millones de desplazados (a quienes, con rubor mediático, se les unifica bajo el nombre de “migrantes”) naufragan en pequeñas barcas, esperando ser rescatados por el gigantesco navío del gran Capital.
  Pero no sólo no lo hará; él, el gran Capital, es el principal responsable de la tormenta que amenaza ya la existencia de la humanidad entera.
  Con el torpe disfraz del nacionalismo fascista, los tiempos del oscurantismo más retrógrada vuelven reclamando privilegios y atenciones.  Cansado de gobernar desde las sombras, el gran Capital desmonta las mentiras de la “ciudadanía” y la “igualdad” frente a la ley y el mercado.
  La bandera de “libertad, igualdad y fraternidad” con la que el capitalismo vistió su paso a sistema dominante en el mundo, es ya sólo un trapo sucio y desechado en el basurero de la historia de arriba.
  Al fin el sistema se desemboza y muestra sus verdaderos rostro y vocación.  “Guerra siempre, guerra en todas partes”, reza el emblema del soberbio buque que navega en un mar de sangre y mierda.  Es el dinero y no la inteligencia artificial la que combate a la humanidad en la batalla decisiva: la de la supervivencia.
  Nadie está a salvo.  Ni el ingenuo capitalista nacional, que soñaba con la bonanza que le ofrecían los mercados mundiales abiertos, ni la conservadora clase media sobreviviendo entre el sueño de ser poderosa y la realidad de ser rebaño del pastor en turno.
  Y ni hablar de la clase trabajadora del campo y la ciudad, en condiciones más difíciles si posible fuera.
  Y, para completar la imagen apocalíptica, millones de desplazados y migrantes agolpándose en las fronteras que, de pronto, se volvieron tan reales como los muros que, a cada paso, interponen gobiernos y criminales.  En la geografía mundial de los medios de comunicación y las redes sociales, los desplazados, fantasmas errantes sin nombre ni rostro, apenas son un número estadístico que muta su ubicación.
  ¿El calendario?  Apenas un día después de la promesa del fin de la historia, de la solemne declaración de la supremacía de un sistema que otorgaría bienestar a quien trabajara, de la victoria sobre el “enemigo comunista” que pretendía coartar la libertad, imponer dictaduras y generar pobreza, de la eternidad prometida que anulaba todas las genealogías.  El mismo calendario que anunciaba apenas ayer que la historia mundial recién empezaba.  Y resulta que no, que todo no era sino el preludio de la más espantosa pesadilla.
  El capitalismo como sistema mundial colapsa, y, desesperados, los grandes capitanes no atinan a dónde ir.  Por eso se repliegan a sus guaridas de origen.
  Ofrecen lo imposible: la salvación local contra la catástrofe mundial.  Y la pamplina se vende bien entre una clase media que se difumina con los de abajo en sus ingresos, pero pretende suplir sus carencias económicas con refrendos de raza, credo, color y sexo.  La salvación de arriba es anglosajona, blanca, creyente y masculina.
  Y ahora, quienes vivían de las migajas que caían de las mesas de los grandes capitales, ven desesperados cómo también contra ellos se levantan los muros.  Y, el colmo, pretenden encabezar la oposición a esa política guerrera.  Así vemos a la derecha intelectual hacer gestos de contrariedad e intentar tímidas y ridículas protestas.  Porque no, la globalización no fue el triunfo de la libertad.  Fue y es la etapa actual de la tiranía y la esclavitud.
  Las Naciones ya no lo son, aunque aún no se hayan percatado de ello sus respectivos gobiernos.  Sus banderas y emblemas nacionales lucen raídos y descoloridos.  Destruidos por la globalización de arriba, enfermos por el parásito del Capital y con la corrupción como única señal de identidad, con torpe premura los gobiernos nacionales pretenden resguardarse a sí mismos e intentar la reconstrucción imposible de lo que alguna vez fueron.
  En el compartimento estanco de sus murallas y aduanas, el sistema droga a la medianía social con el opio de un nacionalismo reaccionario y nostálgico, con la xenofobia, el racismo, el sexismo y la homofobia como plan de salvación.
  Las fronteras se multiplican dentro de cada territorio, no sólo las que pintan los mapas.  También y, sobre todo, las que levantan la corrupción y el crimen hecho gobierno.
  La bonanza posmoderna no era sino un globo inflado por el capital financiero.  Y vino la realidad a pincharla: millones de desplazados por la gran guerra llenan las tierras y las aguas, se amontonan en las aduanas y van haciendo grietas en los muros hechos y por hacer.  Alentados antes por el gran Capital, los fundamentalismos encuentran tierra fértil para sus propuestas de unificación: “del terror nacerá un solo pensamiento, el nuestro”.  Después de ser alimentada con dólares, la bestia del terrorismo amenaza la casa de su creador.
  Y, lo mismo en la Unión Americana, que en la Europa Occidental o en la Rusia neo zarista, la bestia se retuerce e intenta protegerse a sí misma.  Encumbra ahí (y no sólo ahí) a la estupidez y la ignorancia más ramplonas y, en sus figuras gobernantes, sintetiza su propuesta: “volvamos al pasado”.
  Pero no, América no volverá a ser grande de nuevo.  Nunca más.  Ni el sistema entero en su conjunto.  No importa qué hagan los de arriba.  El sistema llegó ya al punto de no retorno.
-*-
Contra el Capital y sus muros: todas las grietas.
  La ofensiva internacional del Capital en contra de las diferencias raciales y nacionales, promoviendo la construcción de muros culturales, jurídicos y de cemento y acero, busca reducir más aún el planeta.  Pretenden crear así un mundo donde sólo quepan los que arriba son iguales entre sí.
  Sonará ridículo, pero así es: para enfrentar la tormenta el sistema no busca construir techos para guarecerse, sino muros detrás de los cuales esconderse.
  Esta nueva etapa de la guerra del Capital en contra de la Humanidad debe enfrentarse sí, con resistencia y rebeldía organizadas, pero también con la solidaridad y el apoyo a quienes ven atacadas sus vidas, libertades y bienes.
  Por eso:
  Considerando que el sistema es incapaz de frenar la destrucción.
  Considerando que, abajo y a la izquierda, no debe haber cabida para el conformismo y la resignación.
  Considerando que es momento de organizarse para luchar y es su tiempo de decir “NO” a la pesadilla que desde arriba nos imponen.
LA COMISIÓN SEXTA DEL EZLN Y LAS BASES DE APOYO ZAPATISTAS CONVOCAMOS:
I.- A la campaña mundial:
Frente a los muros del Capital:
la resistencia, la rebeldía, la solidaridad y el apoyo de abajo y a la izquierda.
  Con el objetivo de llamar a la organización y la resistencia mundial frente a la agresividad de los grandes dineros y sus respectivos capataces en el planeta, y que aterroriza ya a millones de personas en todo el mundo:
  Llamamos a organizarse con autonomía, a resistir y rebelarse contra las persecuciones, detenciones y deportaciones.  Si alguien se tiene que ir, que sean ellos, los de arriba.  Cada ser humano tiene derecho a una existencia libre y digna en el lugar que mejor le parezca, y tiene el derecho a luchar para seguir ahí.  La resistencia a las detenciones, desalojos y expulsiones son un deber, así como deber es apoyar a quienes se rebelan contra esas arbitrariedades SIN IMPORTAR LAS FRONTERAS.
  Hay que hacerle saber a toda esa gente que no está sola, que su dolor y su rabia es vista aún a la distancia, que su resistencia no es sólo saludada, también es apoyada así sea con nuestras pequeñas posibilidades.
  Hay que organizarse.  Hay que resistir.  Hay que decir “NO” a las persecuciones, a las expulsiones, a las cárceles, a los muros, a las fronteras.  Y hay que decir “NO” a los malos gobiernos nacionales que han sido y son cómplices de esa política de terror, destrucción y muerte.  De arriba no vendrán las soluciones, porque ahí se parieron los problemas.
  Por eso llamamos a la Sexta en su conjunto a que se organice, según su tiempo, modo y geografía, para apoyar en y con actividades a quienes resisten y se rebelan contra las expulsiones.  Sea apoyándolos para que regresen a sus hogares, sea creando “santuarios” o apoyando los ya existentes, sea con asesorías y apoyos legales, sea con paga, sea con las artes y las ciencias, sea con festivales y movilizaciones, sea con boicots comerciales y mediáticos, sea en el espacio cibernético, sea donde sea y como sea.  En todos los espacios donde nos movamos es nuestro deber apoyar y solidarizarnos.
  Llegó el momento de crear comités de solidaridad con la humanidad criminalizada y perseguida.  Hoy, más que nunca antes, su casa es también nuestra casa.
  Como zapatistas que somos, nuestra fuerza es pequeña y, aunque es amplio y hondo nuestro calendario, nuestra geografía es limitada.
  Por eso y para apoyar a quienes resisten a las detenciones y deportaciones, desde hace varias semanas la Comisión Sexta del EZLN ha iniciado contactos con individu@s, grupos, colectivos y organizaciones adherentes a la Sexta en el mundo, para ver el modo de hacerles llegar una pequeña ayuda de modo que les sirva como base para lanzar o continuar toda suerte de actividades y acciones a favor de l@s perseguid@s.
  Para iniciar, les enviaremos las obras artísticas creadas por l@s indígenas zapatistas para el CompArte del año pasado, así como café orgánico producido por las comunidades indígenas zapatistas en las montañas del sureste mexicano, para que, con su venta, realicen actividades artísticas y culturales para concretar el apoyo y la solidaridad con los migrantes y desplazados que, en todo el mundo, ven amenazadas su vida, libertad y bienes por las campañas xenofóbicas promovidas por los gobiernos y la ultra derecha en el mundo.
  Eso por lo pronto.  Ya iremos ideando nuevas formas de apoyo y solidaridad.  Las mujeres, hombres, niños y ancianos zapatistas no les dejaremos sol@s.
II.- Invitamos también a toda la Sexta y a quien se interese, al seminario de reflexión crítica “LOS MUROS DEL CAPITAL, LAS GRIETAS DE LA IZQUIERDA” a celebrarse los días del 12 al 15 de abril del 2017, en las instalaciones del CIDECI-UniTierra, San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, México.  Participan:

Don Pablo González Casanova.
María de Jesús Patricio Martínez (CNI).
Paulina Fernández C.
Alicia Castellanos.
Magdalena Gómez.
Gilberto López y Rivas.
Luis Hernández Navarro.
Carlos Aguirre Rojas.
Arturo Anguiano.
Sergio Rodríguez Lascano.
Christian Chávez (CNI).
Carlos González (CNI).
Comisión Sexta del EZLN.

Próximamente daremos más detalles.
III.- Convocamos a tod@s l@s artistas a la segunda edición del “CompArte por la Humanidad” con el tema: “Contra el Capital y sus muros: todas las artes” a celebrarse en todo el mundo y en el espacio cibernético.  La parte “real” será en fechas del 23 al 29 de julio del 2017 en el caracol de Oventik y el CIDECI-UniTierra.  La edición virtual será del 1 al 12 de agosto del 2017 en la red.  Próximamente daremos más detalles.
IV.- También les pedimos estar atent@s a las actividades a las que convoque el Congreso Nacional Indígena, como parte de su proceso propio de conformación del Concejo Indígena de Gobierno.
V.- Convocamos a l@s científic@s del mundo a la segunda edición del “ConCiencias por la Humanidad” con el tema: “Las ciencias frente al muro”.  A celebrarse del 26 al 30 de diciembre del 2017 en el CIDECI-UniTierra, San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, México, y en el espacio cibernético.  Próximamente daremos más detalles.
No es todo.  Hay que resistir, hay que rebelarse, hay que luchar, hay que organizarse.
Desde las montañas del Sureste Mexicano.

Subcomandante Insurgente Moisés.    Subcomandante Insurgente Galeano.
México, febrero 14 (también día de nuestr@s muert@s) del 2017.