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Esta es la nueva pagina de europa Zapatista : Contiene noticias y artículos publicados en los sitios web y blogs de los diferentes colectivos europeos solidarios con l@s zapatist@s y con los de abajo y a la izquierda. Permitiendo así colectivizar e intercambiar la información desde nuestros rincones.

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SOIREE DE SOLIDARITE AVEC « LES INDIGENES EN LUTTE PRISONNIERS AU MEXIQUE »

DIMANCHE 16 DECEMBRE 2018 - 17H.
Au CICP 21 ter rue voltaire 75011 paris (M° Rue des Boulets)

SOIREE DE SOLIDARITE AVEC « LES INDIGENES EN LUTTE PRISONNIERS AU MEXIQUE »

Projection et débat avec le « Collectif de Soutien avec les Peuples du Chiapas en Lutte ». Retransmission en direct sur Konstroy F.P.P. 106.3 Mhz. Infos, tables de presse et musiques avec :

JULIE COLERE (punk folk punk - banlieue)
LA MARMITE (électro punk - Belgie)
ULTRA BERNARD (arnaque au punk - paris/banlieue)

SOLIDARITE AVEC LES PRISONNIERS EN LUTTE DANS LES COMMUNAUTÉS INDIENNES AU MEXIQUE

Miguel Peralta, de la communauté mazatèque d'Eloxochitlan de Flores Magon, condamné à plus de 50 ans de prison ; Dominga González Martínez, Pedro Sánchez Berriozábal, Rómulo Arias Míreles, Teófilo Pérez González, Lorenzo Sánchez Berriozábal et Marco Antonio Pérez González, de la communauté nahua de Tlanixco, eux aussi condamnés à plus de 50 ans de prison ; Fidencio Aldama Pérez, de la communauté yaqui de Loma de Bácum, condamné à plus de 15 ans de prison : la répression des luttes sociales dans les communautés indigènes du Mexique est extrêmement dure, et pour décourager les résistances, nombre d'activistes des communautés se retrouvent tout simplement emmurés vivants.

L'enfermement à vie, c'est la menace que font planer gouvernements et multinationales contre celles et ceux qui dans les communautés, se battent pour empêcher la construction de gazoducs comme sur le territoire de la tribu Yaqui, pour lutter contre la privatisation des sources d'eau au bénéfice des multinationales, comme à Tlanixco (Etat de Mexico), ou bien pour défendre les us et coutumes face au contrôle des partis politiques sur les communautés, comme à Eloxochitlan de Flores Magon (Oaxaca). C'était déjà le cas auparavant, comme à Atenco, en lutte contre le mégaprojet d'aéroport de Mexico. Mais grâce à la solidarité, parfois les luttes se gagnent, et les prisonniers sortent. Leur combat est aussi le nôtre ! En France comme au Mexique, face à la taule, la solidarité est nécessaire !

Evènement FB à diffuser !

Pour envoyer vos dons aux campagnes pour la libération de Miguel Peralta, des 6 de Tlanixco et de Fidencio Aldama Pérez, de la communauté yaqui de Loma de Bácum, écrire à :

CSPCL/ Prisonniers
21 ter rue Voltaire

avec comme ordre « CSPCL »

ou écrivez-nous directement à cspcl@samizdat.net

MARCHE SOLIDAIRE

tags : pl-fr,

Samedi 15 décembre de 14 à 20h

Marché solidaire

au CICP 21 ter rue voltaire 75011 Paris M° rue des boulets)

Vous y trouverez :

- Le café zapatiste bien sur

- De l'artisanat zapatiste et des indiens des Amériques ainsi que des
livres, dvd et t-shirts. (avec notamment les associations : Echanges
Solidaires, Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques, Comité
de Solidarité avec les peuples du Chiapas en Lutte et La Milpa)

- De l'artisanat et des savons à l'huile d'olive de Palestine (et
notamment des céramiques d'Hebron) avec l'association Entre Ici et
Là-bas

- Un stand des associations de solidarité avec les prisonniers basques
et corses

Bar et petite restauration

Invitation à la célébration du 25 ème Anniversaire du Soulèvement Zapatiste et à une Rencontre de Réseaux

tags : 25, pl-fr, zapatiste,

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Invitation à la célébration du 25 ème Anniversaire du Soulèvement Zapatiste et à une Rencontre de Réseaux

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE.
MEXIQUE.

17 novembre 2018.

Aux individu.e.s, groupes, collectifs et organisations des Réseaux de Soutien au CIG,

Aux Réseaux de Résistance et Rébellion ou quelques soient leurs noms,

À la Sexta Nationale et Internationale,

Considérant que :

C'est l'aube.

Considérant que :

Il fait froid.

Considérant que :

Dans cette charnière du temps, où il n'est ni nuit ni jour, ni dedans ni dehors, ni ombre ni lumière, vous ne trouvez pas le sommeil, vous vous trouvez dans cet incommode éveil qui vous rend vulnérable aux souvenirs, à la mémoire poignante de ce qui a été fait et défait, à la longue liste des omissions, à celle, plus brève, de ce qui a été réalisé.

Considérant que :

Vous vous demandez, non sans raison, à quoi veut-on en venir...

Car vous êtes encore en train d'essayer d'assimiler ce "Tout est impossible la veille", que vous écoutez-lisez dans ce déconcertant nano-mini-micro métrage du dénommé "ciné lecture". Un film (?) mis en boîte pendant 30 ans (au sens propre : dans une boîte de sardines) et présenté dans ce ciné impossible, signé par un tout aussi déconcertant scarabée aux airs de chevalier errant, et dont le titre (celui du film, ça va sans dire) : "La 69ième loi de la dialectique", n'est pas non plus très rationnel. Un film sans image ni son et composé d'une seule phrase. Tout le poids retombant sur l'imagination de la personne assistant à la "projection" (?).

Enfin. Tout paraît absurde ici... Ici ? Mais où vous êtes-vous fouré ? Mais vous n'avez pas non plus beaucoup de temps pour vous orienter, car on vous presse :

"Allez, on y va", vous dit la petite fille.

Vous pensez que vous pouvez désormais vous attendre à n'importe quoi... mais vous sortez finalement de l'absurde salle de ciné impossible, en tenant toujours la petite fille par la main. Bien que vous soyez maintenant entouré par une bande d'enfants parmi lesquels, c'est évident, la majorité est féminine, avec leurs jupes et leurs chemises de couleurs, et leurs barrettes inutiles au milieu de leurs cheveux si désordonnés.

Vous commencez à marcher en remontant la pente naturelle de la montagne.

Des pierres, un peu de boue, le brouillard, le chemin, toujours le chemin.

Vous avez maintenant l'intuition que, une fois arrivé au pied du mur légèrement tacheté de quelques vieilles affiches et graffitis, vous avez parcouru une sorte de spirale. Comme si le sentier tracé vous amenait vers l'intérieur d'une conque... ou vers l'extérieur.

Un arrêt à chaque pas. Le faux bonheur de la si heureuse famille heureuse, la simulation de la Grande Finale, la provocation télévisuelle... c'est là du pareil au même, tel un pont impossible.

Et le mur omniprésent, indestructible, inquestionnable, qui insiste qu'il est interdit de penser. Que tout est déjà fait. Qu'il ne vous reste plus qu'à vous installer comme vous le pouvez, là où vous y arrivez. Autre chose est impossible. Et même plus, il est impossible que vous pensiez, imaginiez, rêviez, qu'autre chose ne soit pas impossible.

Vous marchez. Vous vous remémorez :

La petite fille a demandé s'ils pleurent, les films que personne ne voit, ce qui n'est qu'une autre manière de s'interroger sur les douleurs et les rages ignorées - le mur imposant cécité et surdité envers ce qui est autre. Qui est-ce qui se pose ce type de questions ? Oui, cela et d'autres choses encore. Par exemple, questionner l'existence du mur. Le mur. Vous le regardez maintenant avec attention. Aussi haut que ce que votre vue ou votre longue-vue peut atteindre. Si long que ce n'est même pas la peine de le mesurer ; - pour quoi faire ? -. Sa solide construction. Son apparence impeccable... bon, pas tant que ça...

En prenant un peu de distance, le mur se remplit tout autant de graffitis que de fissures. La plupart du temps, on ne peut même pas les différencier. Comme si la solidité du mur dépendait d'une courte vue. Car pour pouvoir lire cet énorme tag qui en fend la rugueuse façade, il faut prendre suffisamment de distance.

"Bien que le chemin sera long...nous serons toujours là", vous dit la petite fille qui lit à haute voix le tag écrit sur le mur qui ne dit rien, muet, résigné à ce que les administrateurs successifs envoient des bataillons de travailleurs sur ce graffiti pour l'effacer, le cacher, le faire taire, l'exterminer.

"Je ne l'avais pas vu", vous excusez-vous.

"Oui, oui, pas encore", vous répond la petite fille, avant d'ajouter : "mais nous serons toujours là".

A quelle distance faut-il se placer pour voir cela ? Vous croyez que cette pensée était restée dans votre tête, mais la petite fille vous répond : "Loin".

Mais loin à quel point ?, insistez-vous.

"Loin comme plus de 500 ans", vous répond la petite fille en souriant malicieusement.

Et comme sans le vouloir, un rap accompagne les pas de cette horde d'enfants qui vous accompagne :

Llegamos de tan lejos

En todos sentidos, tan lejos

En silencio llevamos una fuerza

Tan lejos, cada uno tiene la carga de su camino.

Cantando la luz en las ruinas de un mundo quemado. [1]

Ce son, vient-il de dedans ou de dehors ? C'est celle-là, la bande-son de ce voyage à vous, anachronique, absurde, irrémédiable ?

-*-

Et vous, maintenant, un peu par honte et beaucoup par curiosité, vous portez plus d'attention à ces graffitis.

Un là-bas, qui, ça se voit, a été fait récemment, signale, en lettres compactes et toutes serrées :

"Leçons élémentaires d'Économie Politique :

Un.- Le capital ne sait pas lire, il ne tient pas compte des réseaux sociaux, de la presse, des enquêtes, des votes, des consultations, des vidéos, des programmes du gouvernement, des bonnes ou des mauvaises intentions, des leçons de morale, des lois, de la raison. Le capital ne sait qu'additionner, soustraire, multiplier, diviser, calculer des pourcentages, des taux d'intérêts, des probabilités.

Deux.- Le capital ne tient compte que des bénéfices, des plus grands et des plus rapides. Comme les prédateurs, le capital a bon odorat pour le sang et la destruction car ils signifient argent, beaucoup d'argent. La guerre est un business, le meilleur.

Trois.- Le capital a ses propres juges, policiers et exécutants. Dans le monde du mur, ces inquisiteurs s'appellent les "marchés".

Quatre.- Les marchés sont les limiers du grand chasseur : le capital. Dans le monde du mur, le capital est dieu et les marchés sont ses apôtres. Ses ouailles sont les policiers, les armées, les prisons, les fosses communes, les limbes des disparitions forcées.

Cinq.- Le capital ne se domine pas, il ne s'éduque pas, il ne se réforme pas, il ne se soumet pas. On lui obéit... ou on le détruit.

Six.- CQFD, ce dont ce monde a besoin c'est d'hérétiques, de sorcières écarlates, de mages, d'enchanteresses. Grâce à la charge pesante de son péché originel, la rébellion, le mur sera détruit.

Sept.- Même une fois cela, il restera à faire ce qui s'ensuit : est-ce que, en tant que successeur, un autre mur se lèvera ? ; ou, est-ce qu'à sa place s'ouvriront les portes et les fenêtres, ces ponts dont le monde a besoin et qu'il mérite."

S'ensuivent les graffitis, les fissures, et avec eux, cette continue montée-descente à travers collines, vallées et ravins. La conque s'enroulant vers son centre. Des villages, petits, encore plus petits, puis quelques maisons en bord de route.

Une pancarte avertit : "Vous êtes en territoire zapatiste. Ici le peuple gouverne et le gouvernement obéit".

Et vous vous demandez :

Qu'est-ce qui maintient ces gens en vie, s'ils ont eu et ont toujours tout contre eux ? Ne sont-ils pas les éternels perdants, ceux qui gisent pendant que d'autres érigent leurs gouvernements, leurs musées, leurs statues, leurs "triomphes historiques" ? Ne sont-ils pas les sinistrés de toutes les catastrophes, la chair à canon de toutes les révolutions entreprises pour "les sauver" d'eux-mêmes ? Ne sont-ils pas les étrangers de la terre qui les a vu naître ? L'objet de moqueries, du mépris, des aumônes, des charités, des programmes de gouvernement, des projets "durables", des directives, des proclamations et des programmes révolutionnaires ? Ne sont-ils pas les irrémédiables analphabètes, ceux qu'il faut éduquer, diriger, ordonner, commander, assujettir, soumettre, dominer, c-i-v-i-l-i-s-e-r ?

Pourquoi n'obéissent-ils pas quand on leur dit ce qu'ils doivent dire et comment ils doivent le dire ; ce qu'ils doivent regarder et comment ; ce qu'ils doivent penser et ce que non ; ce qu'ils doivent être et ce qu'ils doivent cesser d'être ?

Et pourquoi ne baissent-ils pas les yeux face à toutes ces menaces -celles qui leur promettent anéantissement ou salut, ce qui revient au même- ?

Et pourquoi sourient-ils ?

Et pourquoi vous ont-ils donné pour guide une bande d'enfants indigènes ?

Et où vous emmenent-ils maintenant, après ce voyage sinueux le long du mur ? Vous emmènent-ils vers ce qui a rendu possible ces rires d'enfants, ces vies, en d'autres mots ? Quelques mots vous répondent : "Et voyez comment sont les choses, pour qu'ils nous voient, nous nous cachons le visage ; pour qu'ils nous nomment, nous nions notre nom ; nous parions sur le présent pour avoir un futur ; et pour vivre... nous mourons".

Que construisent-ils ici ?

Où sont passés le désespoir, l'angoisse, la défaite, l'amertume de se savoir inférieurs ?

Et pourquoi cette obsession pour la terre, cette obsession pour la défendre, pour en prendre soin, pour la conserver ?

Et pourquoi les danses, le tapage, la musique, les couleurs, les va-et-vient de regards, ce dévouement pour les sciences et les arts, ces manières de faire et ces pas bien graves ?

Ne se rendent-ils pas compte qu'ils ont perdu ?

Un moment, ils ont perdu ? Qui ? Ces gens-là, non. C'est clair.

"Nous serons toujours là", ratifie le graffiti que la réalité grave sur le mur.

-*-

Et c'est là que vous vous trouvez, un pied dans une réalité et l'autre dans une autre, - celle qui se lève dans les montagnes du sud-est mexicain, avec l'inquiétant drapeau de la liberté-.

Celle que construisent ces personnes si petites, si normales, si communes, si pareil à n'importe qui, quel que soit leur genre.

Si dénuées de prix, si inévaluables.

"Communautés zapatistes", c'est comme ça qu'elles s'appellent, qu'elles se nomment à elles-mêmes, qu'elles se savent.

Et donc, sans à peine s'en être rendu compte, vous vous retrouvez face à un écriteau qui semble ancien, ou neuf, ou sans âge :

BienvenuEs à La Realidad.

-*-

Considérant ce qui a été exposé antérieurement (c'est-à-dire durant les 25 dernières années), invitation est faite à la Sexta Nationale et Internationale, au Congrès National Indigène, au Conseil Indigène de Gouvernement et à celles et ceux qui ont soutenu, soutiennent et soutiendront le CNI et le CIG, à :

Premièrement.- Une Rencontre des Réseaux de Résistance et de Rébellion, de Soutien au CIG, ou ou le nom qu'on lui donne. Elle se tiendra au Centre "Empreintes de Mémoires. Sous-commandant Insurgé Pedro a fait son devoir", (en terres récupérées, juste à côté du village de Guadalupe Tepeyac, MAREZ San Pedro de Michoacan), du 26 au 30 décembre de cette année 2018, autour du thème suivant :

.-Résultat de la consultation interne dérivée de la rencontre du mois d'août 2018.

.-Analyse et évaluation de la situation actuels de vos mondes.

.-Qu'est-ce qui suit ?

Arrivée et inscriptions : 26 décembre 2018

Tables d'analyse et de discussion : 27, 28 et 29 décembre 2018

Clôture : 30 décembre 2018

Le courrier pour s'inscrire en tant que participant.e à la rencontre est : redesdic18@enlacezapatista.org.mx

Deuxièmement.- La célébration du 25ème anniversaire du début de la guerre contre l'oubli : les 31 décembre 2018 et 1er janvier 2019, à La Realidad zapatista, siège du caracol "Mère des caracoles de la mer de nos rêves", zone Selva Fronteriza.

Le courrier pour s'inscrire en tant qu'assistant à la célébration du 25ème anniversaire du soulèvement zapatiste est : aniversario25@enlacezapatista.org.mx

Nous vous attendons, car même si le chemin sera long, nous serons toujours là.

Depuis les montagnes du sud-est mexicain,

Sous-commandant Insurgés Moisés.
Sous-commandant Insurgé Galeano.

Mexique, au 17ème jour du mois de novembre de l'année 2018.

Source : Enlace Zapatista

Traduction collective


[1] Keny Arkana. “Lejos”, dans L'esquisse 3. NdT : On arrive de si loin / A tout point de vue, de si loin / Nous portons une force en silence / De si loin, chacun a la charge de son chemin / En chantant la lumière dans les ruines d'un monde en cendres...

Catrillanca : Solidarité du CNI et de l'EZLN avec le peuple mapuche

tags : cni, mapuche, pl-fr,

Communiqué :

Au peuple mapuche,

Au peuple chilien,

Aux peuples originaires d'Amérique

À la Sexta Internationale

Frères et soeurs du digne peuple mapuche,

Nous les peuples, nations, tribus et quartiers formant le Congrès National Indigène, le Conseil Indigène de Gouvernement et l'EZLN, embrassons solidairement la famille du compañero mapuche Camilo Catrillanca, assassiné lors d'une opération d'un groupe tactique de Carabiniers du Chili survenue le 14 novembre 2018 dans la communauté de Temucuicui, dans la région de l'Araucanie. Nous connaissons la lutte centenaire que le peuple mapuche a mené pour défendre ses forêts et ses rivières ; nous connaissons aussi la répression et les montages judiciaires effectués par les corporations policières du mauvais gouvernement chilien sur les territoires mapuches afin d'en finir avec la défense de la vie.

Nous les peuples, nations, tribus et quartiers du CNI, le CIG et l'EZLN, nous condamnons la méprisable attaque du mauvais gouvernement chilien et de ses forces policières. Nous exigeons la fin de la répression et de la criminalisation à l'encontre des peuples mapuches qui défendent leurs territoires. Nous exigeons aussi que la mort du comunero Camilo Catrillanca ne reste pas impunie. Nous réitérons auprès du peuple mapuche notre respect et notre solidarité. Nous saluons sa digne lutte pour la défense de la vie et du territoire.

BIEN A VOUS

Novembre 2018,

Pour la reconstitution intégrale de nos peuples

Jamais plus un Mexique sans nous

Congrès National Indigène - Conseil Indigène de Gouvernement

Armée Zapatiste de Libération Nationale

plus d'informations sur l'assassinat de Camilo Catrillanca ici et ...

MEXICO : L'AEROPORT, CARLOS SLIM ET LOPEZ OBRADOR (4)

tags : mexico, pl-fr,

Un aéroport peut en cacher (un ?) autre

Alors ça y'est : le suspense est retombé. Du 25 au 28 octobre dernier, la fameuse “consultation citoyenne” au sujet de la pertinence de continuer la construction sur l'ancien lac de Texcoco du “Nouvel Aéroport International de Mexico” (NAIM), a finalement eu lieu. Un chantier gigantesque, qui visait à y construire le 3e plus grand aéroport du monde, ainsi que toute une ville nouvelle à ses alentours, pour la somme faramineuse de plus de 13 milliards de dollars d'investissements [1]. Le projet, combattu depuis de très nombreuses années par les villages de la région d'Atenco, avait été l'objet de nombreux débats durant la dernière campagne présidentielle au Mexique, qui a vu la victoire du candidat “progressiste” Andrés Manuel López Obrador, futur président du pays à partir du 1er décembre prochain. Ayant promis au départ la suspension du chantier, López Obrador s'était ensuite ravisé, proposant de “consulter la population” afin de décider de l'avenir du nouvel aéroport.

En fait, on s'attendait au pire : au vu des intérêts du grand milliardaire mexicain Carlos Slim et des campagnes de pression tout azimuts menées en faveur de la poursuite du projet par les confédérations patronales mexicaines ainsi que les grandes banques et les milieux financiers internationaux, il était difficile de parier sur la “bonne foi” de López Obrador et de sa consultation, dans un pays où l'achat des votes et des consciences est une pratique des plus courantes [2]. Avant même d'être arrivé au pouvoir, celui-ci allait-il revenir sur l'une de ses principales promesses électorales, la suspension de la construction de l'aéroport ? La consultation lui permettait évidemment d'éviter d'assumer le poids d'une décision extrêmement lourde de conséquences. Organisée en moins d'un mois par son propre parti, sa réalisation fut critiquée tant par la droite et les milieux d'affaires, que par un bon nombre d'organisations indigènes, pour qui le cadre national de la consultation ne constituait qu'une manière nouvelle de les spolier de leur droit à être consultées en tout premier lieu sur les projets mis en place sur leurs territoires.

Rendue publique le 15 octobre, la question posée à la population mexicaine par le futur président était également relativement viciée, car elle posait d'entrée de jeu comme prémisse indiscutable la “nécessaire” construction de nouvelles infrastructures aéroportuaires, que ce soit en poursuivant le chantier actuel situé sur l'ancien lac de Texcoco, ou bien en le déplaçant vers la base aérienne de Santa Lucia, à 47 kilomètres au nord de la capitale : “Au vu de la saturation de l'aéroport international de la ville de Mexico, quelle option pensez-vous être la meilleure pour le pays : reconditionner l'aéroport actuel de la ville de Mexico et de Toluca et construire deux pistes sur la base aérienne de Santa Lucía, ou continuer la construction du nouvel aéroport à Texcoco et arrêter d'utiliser l'actuel aéroport international de la ville de Mexico ?".

Tandis que la campagne de mobilisation contre l'aéroport impulsée par Atenco se focalisait sur la lutte contre le mégaprojet en cours de construction et sur l'enjeu de la restauration de l'ancien lac de Texcoco, appelant à se mobiliser par tous les moyens possibles, y compris en participant à la “consultation citoyenne” promue par López Obrador, les zapatistes et le Congrès National Indigène réitéraient quant à eux leur “rejet catégorique de la construction du nouvel aéroport de la ville de Mexico, que ce soit sur le lac de Texcoco ou dans n'importe quel autre endroit”, commentant que les deux options “impliquent la spoliation des territoires avoisinants, la destruction de l'environnement, et la marchandisation de la vie communautaire au travers de ce qu'ils appellent l'aérotropolis... c'est-à-dire de parier sur le capitalisme néolibéral comme bourreau de nos peuples”.

Tout en saluant la longue lutte menée contre le projet par le Front des Villages en Défense de la Terre (FPDT-Atenco) et les villages des alentours de l'ancien lac de Texcoco, il faisaient savoir que pour eux, “décider où ils vont mettre le nouvel aéroport ne devrait pas être la question posée par nos gouvernants, car s'ils avaient un petit peu honte au vu des millions de personnes qui subissent la spoliation, la pauvreté, la répression qui pousse les gens à migrer par milliers devant la destruction laissée sur le monde entier, et face à notre terre-mère qui ne supporte plus la grave maladie causée par le capitalisme ; la question devrait être si nous sommes d'accord ou non pour qu'ils continuent à avancer le long du chemin par lequel ils nous conduisent toutes et tous à la mort, à la guerre, à la destruction” [3].

Cependant, après 4 jours d'affluence sur les places publiques où un petit millier d'urnes avaient été mises en place par le futur parti au pouvoir, les résultats de la consultation furent finalement annoncés le 29 octobre dernier. Sur un peu plus d'un million de participants, près de 70 % exprimaient leur rejet de la poursuite du mégachantier aéroportuaire, marquant une défaite cinglante pour l'ancien président Enrique Peña Nieto et les promoteurs de ce projet pharaonique. Allègrement fêtée par Atenco et tous les villages des alentours de l'ancien lac de Texcoco, la victoire consacrait avant tout plus de 17 ans d'une lutte acharnée, marquée par les intimidations, les assassinats, les peines de prison et l'usage du viol comme arme d'intimidation contre la mobilisation sociale. Une victoire écrasante, qui n'en finit pas depuis lors de provoquer la colère des classes supérieures mexicaines qui multiplient depuis début novembre les mobilisations pro-aéroport, tandis que les annonces économiques les plus catastrophistes ne cessent de se multiplier dans la presse commerciale et financière mexicaine.

Sur place, la pression demeure cependant palpable, l'ancien président Enrique Peña Nieto ayant affirmé que le mégachantier continuerait jusqu'au dernier jour de son mandat. A Atenco, dont la présidence municipale est aux mains des partisans de l'aéroport malgré la majorité opposée au projet, les groupes de choc du parti au pouvoir multiplient les intimidations et les menaces de mort contre les membres du Frente. La remise en question du mégachantier aéroportuaire menace en effet de nombreux négoces en cours de réalisation, le principal d'entre eux reposant sur la privatisation des terres collectives des villages de la région, afin de faciliter la revente, la lotification et l'industrialisation des terres agricoles des environs. Afin de défendre doña Nieves, une habitante d'Atenco menacée de voir sa maison détruite par des chantiers de construction de route, un campement de résistance permanente vient ainsi d'être monté le 8 novembre dernier par les compas du Front des Villages en Défense de la Terre.

Dans un communiqué émis quelques jours après l'annonce de la victoire, ceux-ci affirment qu'ils “ne lèveront pas le pied tant qu'ils n'auront pas retiré tous leurs engins et toutes leurs ordures”, avant de préciser que “les axes de la nouvelle étape de la lutte sont : la restauration du lac de Texcoco, des zones affectées par le NAICM et du système hydrologique de la Vallée ; le projet alternatif de développement de la région ; la restitution des terres ejidales et d'usage collectif ; la reconstruction du tissu social ; et le renforcement du processus de lutte contre les mégaprojets ainsi que la satisfaction des exigences du peuple mexicain” [4].

Afin de lever les ambiguïtés, le FPDT d'Atenco et la Plateforme organisationnelle contre le nouvel aéroport et l'aérotropolis précisent cependant dans le même communiqué que leur rejet du projet de Texcoco ne constitue en rien un aval accordé au projet de nouvel aéroport à Santa Lucía : “Selon notre opinion, le problème de la saturation des opérations actuelles de l'actuel aéroport n'est pas un problème prioritaire dans la définition de la qualité de vie de millions de mexicains et ne doit pas être nécessairement résolu par la construction d'une infrastructure aéroportuaire supplémentaire (...) et surtout : c'est un problème qui peut et doit se résoudre sans que cela implique la spoliation des peuples, et des dégâts incontrôlés sur l'environnement” [5].

Quelques jours après l'annonce des résultats de la consultation, la création autour de la base militaire de Santa Lucia d'un nouveau “Front des villages originaires en défense de l'eau” était en effet rendue publique. Tout en exprimant leur respect et leur admiration pour la lutte menée par le Front des villages en défense de la terre d'Atenco, 15 villages limitrophes de la base aérienne faisaient par la même connaître leur préoccupation quant à la surexploitation des nappes phréatiques de leur région, et leur crainte que les besoins engendrés par le projet “alternatif” d'aéroport ne les prive à terme de l'eau nécessaire à leurs activités agricoles.

De manière désabusée, ce tout nouveau Frente faisait savoir que personne n'était jamais venu les informer au sujet du projet de la future présidence de déplacer l'aéroport à proximité de leurs terres, et qu'il existait un abîme entre la réalisation de la part du futur gouvernement de “consultations citoyennes”, aussi vertueuses soient-elles, et l'obligation légale, suivant la convention 169 de l'Organisation Internationale du Travail, de respecter le droit des villages originaires à être consultés antérieurement et de manière libre et informée au sujet des décisions impactant leurs territoires [6].

Bien qu'ayant pris la décision historique d'annuler le mégachantier aéroportuaire de Texcoco, Andrés Manuel López Obrador est en effet bien loin de vouloir stopper la dévastation entraînée par la multiplication au Mexique de mégaprojets de toutes sortes. Bien au contraire : la consultation actuelle à peine conclue, celui-ci vient d'annoncer la mise en place d'une seconde consultation ces 24 et 25 novembre, quelques jours avant le début de son mandat, afin d'avaliser “dix projets sociaux” et 3 “projets productifs” que souhaite promouvoir le nouveau gouvernement une fois aux rênes du pouvoir.

En fait de “projets productifs”, il s'agit de la mise en place de méga-infrastructures industrielles et touristiques : d'un côté le corridor industriel de l'isthme de Tehuantepec et la promotion de ses énormes voies de communication et de ses milliers d'éoliennes ; de l'autre la construction d'une nouvelle raffinerie de pétrole au Tabasco ; et, enfin, le phare du nouveau programme gouvernemental, la réalisation d'un “train maya”, petite babiole touristique de plusieurs milliards d'euros d'investissements, censé relié l'aéroport international de Cancun à celui de Palenque au Chiapas, favorisant ainsi la conversion au tourisme de masse de tout le sud-est mexicain.

A ce sujet, différentes organisations mayas de la péninsule du Yucatán faisaient récemment savoir que “dès maintenant, au sujet de la soi-disante consultation, nous rejetons son résultat quel qu'il soit, en faveur ou en opposition, car il n'est pas possible de permettre que n'importe qui ni qu'aucune personne extérieure à la Péninsule du Yucatán prétende décider de ce qui peut se faire ou arrêter de se faire dans nos territoires, tout comme nous, nous ne tenterons jamais de décider ce qui sera fait avec vos biens, vos droits et vos possessions. Une véritable consultation pour les peuples indigènes comme les nôtres doit respecter les pricipes recteurs suivants : antérieure, libre, informée, de bonne foi et culturellement adéquate”, exprimaient à ce sujet différentes organisations mayas de la péninsule du Yucatán [7].

Mélangeant approbation de mesures sociales et mise en place de mégaprojets dévastateurs, consultation du peuple mexicain et mépris du territoire et des droits des peuples indigènes, instrumentalisation du mouvement social et satisfaction des intérêts des grands capitalistes, le mandat de López Obrador, premier président de “gauche” au Mexique, laisse augurer d'un style de gouvernement populiste déjà commun en Amérique du sud (Lula au Brésil, Hugo Chavez au Vénézuela, Raphael Correa en Equateur, Ollanta Humala au Pérou...) mais qui n'a, au final, jamais remis en question l'intensification des politiques capitalistes et de la dévastation extractiviste en Amérique latine. Plus qu'une marque de “bon gouvernement”, l'abandon de méga-projets tel que celui du mégachantier d'aéroport de Texcoco semble donc surtout correspondre à la nécessité de toute gouvernance de faire quelquefois marche arrière devant l'ampleur des résistances face à la dévastation capitaliste, pour mieux pouvoir par la suite mettre en oeuvre d'autres projets mortifères, ailleurs ou autrement.

Première importante victoire, donc, contre le mégachantier mortifère de Texcoco, même si la vigilance est de mise, et que tout reste à faire pour obtenir la restauration du lac et la restitution des terres collectives privatisées de manière frauduleuse sous le précédent gouvernement. Mais de nouvelles batailles qui s'annoncent aussi désormais, face un nouveau gouvernement mexicain qui se veut “progressiste”, et qui s'est fait un point d'honneur d'accorder de généreuses compensations à toutes les entreprises ayant perdu les juteux bénéfices devant découler de la construction du NAIM.

Comme le constate lucidement le Congrès National Indigène : “Alors que sont menacés les peuples Binniza, Chontal, Ikoots, Mixe, Zoque, Nahua et Popoluca de l'isthme de Tehuantepec par leurs projets transisthmiques et l'expansion des Zones Economiques Spéciales, ainsi que les peuples Mayas, avec leur projet de train capitaliste qui spolie et détruit la terre à son passage... les belles paroles sont inutiles” [8].

Siete Nubes, novembre 2018


[5] idem

[7] communiqué de la coordination “Unir les forces en défense du territoire”, voir la Jornada du 18 novembre 2018, “Rechazan Tren Maya indígenas de la Península de Yucatán”

Un continent comme arrière-cour, un pays comme cimetière, une pensée unique comme programme de gouvernement, et une petite, très petite, minuscule, rébellion

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300. première partie

Un continent comme arrière-cour, un pays comme cimetière, une pensée unique comme programme de gouvernement, et une petite, très petite, minuscule, rébellion

300 . Deuxième partie

Suite de la participation de la Commission Sexta de l'EZLN à la rencontre des réseaux de soutien au Conseil Indigène de Gouvernement et à sa porte-parole

Août 2018.

Du monde, nous descendons vers le continent.

Si on regarde vers le haut...

On voit les exemples de l'Équateur, du Brésil et de l'Argentine, où non seulement on déplace des gouvernements supposés progressistes, mais aussi où on les poursuit en justice et met à leur place des gouvernements formés en bons contremaîtres, en contremaîtres obéissant au capital (même si, soyons justes, ils sont encore assez maladroits dans leur cynisme) pour la nouvelle restructuration de la finca mondiale ; il s'agit de Temer au Brésil, Macri en Argentine et, en Équateur, celui qui était un bon parce qu'il a été mis par le récemment accusé Correa (celui de la « révolution citoyenne » — « de gauche », l'argument de vente de l'intelligentsia progressiste) et maintenant il s'avère qu'il est de droite, Lenin Moreno — paradoxalement il s'appelle Lénine.

Sous la vigilance de l'État qui s'est converti en policier de la région, la Colombie, et d'où ils menacent, déstabilisent et planifient des provocations qui justifient les invasions des « forces de paix », partout en Amérique du Sud on en revient aux temps brutaux de la colonie, maintenant avec le « nouvel » extractivisme, qui n'est que le pillage ancestral des ressources naturelles, classifiées comme « matières premières », et qui est avalisé par les gouvernements progressistes de la région et promu comme un « extractivisme de gauche » — quelque chose comme un capitalisme de gauche ou une gauche capitaliste ou qui sait ce que ça veut dire —, mais on détruit et dépouille pareillement, sauf que c'est pour une « bonne cause » (?). Toute critique ou mouvement opposé à la destruction des territoires des peuples originaires est catalogué « promu par l'Empire », « inspiré par la droite » et autres équivalents à « c'est un complot de la mafia du Pouvoir ».

Bref, sur le continent, « l'arrière-cour arrière » du Capital s'étend jusqu'au Cap Horn.

Mais si on regarde en bas....

On voit des rébellions et des résistances, en premier lieu, des peuples originaires. Vouloir les nommer tous ne leur rendrait pas justice, car il y aurait toujours le risque d'en omettre quelques-uns. Mais leur identité se manifeste dans leur lutte. Là où la machine rencontre une résistance à son avancée prédatrice, la rébellion revêt des couleurs nouvelles tellement elles sont anciennes et parle des langues « étranges ». Le pillage, également déguisé en mise en valeur de la terre, tente d'imposer sa logique mercantile à ceux qui appellent la terre la mère.

Ces résistances sont accompagnées par des groupes, des collectifs et des organisations qui, sans faire eux-mêmes partie des peuples originaires, partagent avec eux leurs efforts et leur destin, c'est-à-dire leur cœur. Ce qui les amène à subir calomnies, persécutions, emprisonnements et, souvent, la mort.

Pour la machine, les peuples originaires sont des choses, incapables de penser, de sentir et de décider ; il n'est donc pas étranger à sa logique automatisée de penser que ces groupes en réalité « dirigent », « utilisent » et « manipulent » ces « choses » (les peuples originaires) qui refusent d'adhérer à l'idée que tout est marchandise. Tout, y compris leur histoire, leur langue, leur culture.

Pour le système, le destin des indigènes est dans les musées, dans les spécialisations de l'anthropologie, dans les marchés d'artisanat et dans l'image de la main tendue attendant l'aumône. Il doit être désespérant, pour les théoriciens et les avocats de la machine, cet analphabétisme qui ne comprend pas les mots : « consommation », « profit », « progrès », « ordre », « modernité », « conformisme », « achat et vente », « reddition », « capitulation ». Ce qu'il faut pour alphabétiser ces réfractaires à la civilisation, ce sont les programmes d'aide qui divisent et confrontent, les barreaux des prisons, le plomb et la disparition. Et, bien sûr, il y a ceux qui se vendent et livrent les leurs au bourreau, mais il y a des communautés qui restent rebelles parce qu'elles savent qu'elles sont nées pour la vie, et que les promesses du « progrès » cachent la pire mort : celle de l'oubli.

Continuons avec l'Amérique centrale — où Shakespeare se répète au Nicaragua, et le couple Macbeth, Daniel et Rosario, se demande : « Qui aurait pu imaginer que le vieux (Sandino) avait tant de sang dans le corps ? » et tente en vain de s'essuyer les mains sur un drapeau rouge et noir —, qui commence à se transformer, d'un territoire oublié (après un pillage impitoyable), en un problème pour le grand capital car c'est un grand fournisseur et tremplin de migrants ; et c'est ce qui va conférer au Mexique, et en particulier au Sud-Est mexicain, un rôle de mur.

Et nous avons décidé d'inclure le Mexique dans l'Amérique centrale parce que son histoire le lie à l'Amérique latine et que, même sur les cartes du monde, l'Amérique centrale est le bras tendu de ceux qui sont frères dans la douleur et la colère.

Mais leur vocation étrangère conduit les différents gouvernements que ce pays a subi et subira et ses milieux politiques à admirer, imiter, servir et chercher « l'annexion des peuples de notre Amérique au Nord troublé et brutal qui les méprise » (José Martí, « Lettre à Manuel Mercado », 18 mai 1895).

Quand Donald Trump dit qu'il veut construire son mur, tout le monde pense au rio Bravo, mais le capital pense au rio Suchiate, à l'Usumancita et au rio Hondo. En réalité le mur se trouvera au Mexique pour arrêter ceux qui viennent d'Amérique centrale et cela peut aider à comprendre pourquoi Donald Trump, le 1er juillet, a salué Juanito Trump, qui venait de remporter les élections du Mexique.

Ce qui donne son sens à un mur, c'est qu'il s'oppose à « quelque chose ». Tous les murs sont dressés contre ce « quelque chose », qu'il soit appelé zombies, extraterrestres, délinquants, sans-papiers, migrants, indocumentados, illégaux, clandestins, étrangers. Les murs ne sont qu'une variante de la porte et des fenêtres fermées d'une maison, qui se protège ainsi de l'étranger, de l'étrange, de l'Alien qui, dans sa différence porte la promesse de l'apocalypse finale. L'une des racines du mot « ethnicité » renvoie à la notion de « gens étrangers ».

Dans les plans de capital, le mur contre l'Amérique latine aura la forme de l'impossible corne d'abondance et s'appellera « le Mexique ».

Dans la région du Sud-Est, nous l'avons dit, la première étape du mur Trump est en construction. Le bureau « national » d'immigration continuera à agir en subordonné de la Border Patrol ; et le Guatemala et le Belize sont la dernière étape avant d'arriver à la douane nord-américaine. Cela fait du Sud-Est mexicain l'une des priorités de conquête et d'administration.

Ainsi, dans les nouveaux plans « géopolitiques », on propose de créer un « tampon », un « amortisseur », un filtre qui réduise radicalement les migrations. Ainsi on propose un placebo pour dissiper le cauchemar du capital : une horde de zombies (c'est-à-dire de migrants) au pied de ses murs, menaçant son style de vie et « gravant » sur la surface indifférente de fer et de béton un graffiti qui signale :

« Ton bien-être est construit sur mon malheur. »

Dans ce pays, également appelé « République mexicaine », les dernières élections fédérales ont réussi à cacher la réalité... pendant un instant : la crise économique, la décomposition sociale (avec sa longue liste de féminicides) et la consolidation (malgré les prétendus « coups mortels » portés au narco) des États parallèles (ou imbriqués dans les États nationaux) de ce qui est appelé « le crime organisé ». Pendant un bref moment, les meurtres, enlèvements et disparitions de femmes de tous âges ont été relégués au second plan. Ainsi que la cherté de la vie et le chômage. Mais, à mesure que l'enthousiasme pour le résultat des élections s'estompe, la réalité dit une fois de plus : « Me voici, il manque mon vote... et ma faux. »

De l'horreur qui a fait du Mexique un cimetière dans les limbes, le non-lieu des disparitions, nous ne parlerons pas beaucoup. Il suffit d'écouter les médias pour en avoir une vague idée. Mais on peut en trouver une description, une analyse et une évaluation plus approfondies dans les participations de Jacobo Dayán, Mónica Meltis, Irene Tello Arista, Daniela Rea, Marcela Turati, Ximena Antillón, Mariana Mora, Edith Escareño, Mauricio González González et John Gibler, dans le séminaire du mois d'avril dernier, « Regards, écoutes, paroles ; interdit de penser ? », au Cideci de San Cristóbal de Las Casas, au Chiapas, et dans leurs écrits, chroniques, reportages et tribunes. Et pourtant, lire ou entendre parler de l'horreur quotidienne est très différent de la vivre jour après jour.

Le grand capital ne se soucie pas des disparitions, des enlèvements et des féminicides. Ce qui le préoccupe, c'est sa sécurité et celle de ses programmes. La corruption qui le dérange est celle qui réduit son profit. C'est pourquoi on lui propose : « Je vais faire un bon contremaître, avec moi la plèbe sera tranquille et contente, tu auras de nouveau la sécurité que les gouvernements précédents n'ont pas su t'assurer, tu vas pouvoir prendre ce que tu veux prendre, et je ne vais rien te voler. »

Une chose continue de gêner le système, c'est l'État national, et il lui assignera de plus en plus la seule fonction pour laquelle naît tout État, à savoir assurer par la force la relation entre dominateurs et dominés.

Les plans de développement des nouveaux gouvernements partout dans le monde ne sont que des déclarations de guerre particulières dans les territoires où ces plans de développement vont s'appliquer.

En termes crus, on dirait qu'on se propose de construire des friches et des déserts, et en même temps on construit déjà l'alibi pour esquiver la responsabilité de cette destruction : « Nous vous avons anéantis, mais c'était pour le bien de tous. »

Je me suis trompé. Nous avions prévu qu'il allait y avoir une fraude électorale (et il y en a eu une, mais dans un autre sens). Nous avions prévu que López Obrador allait gagner, mais que le système allait escamoter son triomphe par la triche. Et nous avons réfléchi aux options du système après cette fraude. Selon notre analyse le scandale ne leur faisait pas peur parce qu'ils avaient déjà enduré le scandale de la Maison Blanche, d'Ayotzinapa, de la Estafa Maestra (la Parfaite Arnaque), les affaires de corruption des gouvernements des régions, alors au cas où la fraude aurait fait scandale, Peña Nieto n'en avait rien à faire. Nous pensions que le dilemme du système était de choisir entre Meade et Anaya, choisir celui qui était le plus à droite, le plus efficace pour ses plans, lequel des deux serait le meilleur contremaître.

La possibilité d'une résistance soutenue et radicale du candidat qui allait être évincé étaient minimes, rien de dangereux pour le système n'allait donc se produire, mais il allait y avoir des protestations. C'est l'excuse que je vous présente, parce que c'est en pensant à ça que nous avons retardé la convocation des réseaux, parce que nous pensions qu'il y aurait des protestations, des blocages et tout ça, et que si nous les invitions, peut-être qu'ils allait être coincés quelque part ; pour cette raison, l'appel vous est arrivé tard, excusez.

Nous, zapatistes, nous nous préparons toujours au pire. Si ça arrive, on y était prêts. Si ce n'est pas le cas, nous y étions aussi prêts.

Nous pensons donc maintenant, d'après ce que nous voyons, que nous ne nous sommes pas trompés, qu'en effet le système a choisi, parmi les quatre candidats, celui qui se propose comme le plus efficace, M. López Obrador. Et les preuves d'amour que M. López Obrador a données, ou que ce monsieur donne, au grand capital, c'est-à-dire au finquero, sont entre autres la reddition des territoires des peuples originaires. Ses projets pour le Sud-Est, pour n'en citer que quelques-uns, pour l'Isthme, pour les États du Chiapas, du Tabasco, du Yucatán et de Campeche, sont en réalité des projets de dépossession.

Et ce qui préoccupe surtout un gouvernement sortant, c'est l'impunité, pas ses taux de popularité. Alors le « vote » gouvernemental devait aller à ceux qui garantissent qu'ils ne seront pas poursuivis en justice. Que l'exil ou la prison ne soient pas le recours toujours nécessaire pour légitimer la nouvelle administration. Le nouveau contremaître devait promettre (et prouver) qu'il ne criminaliserait pas le contremaître précédant.

Mais ne croyez pas que le nouveau gouvernement va être comme n'importe quel autre contremaître, avec lui vient la « nouvelle » pensée unique.

Il y a une espèce de nouvelle religion en gestation. On dirait que la religion du marché, qui apparaît partout où les gouvernements de droite s'emparent du pouvoir, ne suffit plus, qu'une sorte de nouvelle morale s'impose avec l'argument quantitatif et attaque le travail scientifique, l'art et la lutte sociale.

Il n'y a plus de luttes pour une revendication, ce qu'il y a, ce sont de bonnes luttes et de mauvaises luttes. En termes plus clairs : il y a les bonnes luttes et il y a les luttes qui servent la mafia du pouvoir, le « bon » art et celui qui sert la mafia du pouvoir, le travail scientifique « correct » et celui qui sert la mafia du pouvoir. Tout ce qui n'est pas guidé par la nouvelle pensée unique qui est en cours de définition fait partie de l'ennemi. Et la foi, ou plutôt la nouvelle foi qui est en train de naître, a besoin d'un individu exceptionnel, d'une part, et de masses qui le suivent.

C'est arrivé au cours d'autres épisodes de l'histoire mondiale, et maintenant ça va commencer à arriver ici. Ce qui fait qu'au lieu de répondre avec des arguments aux critiques et objections que vous faites, ou que nous faisons, on dit, par exemple, que nous sommes grossiers ou que nous sommes envieux.

Nous ne doutons pas qu'il y ait des gens qui, honnêtement, ont pensé que le changement promis, en plus de ne pas coûter cher (il suffisait de cocher un bulletin de vote), mènerait à un changement réel, « véritable ». Ça doit faire enrager que dans le panorama d'en haut on retrouve les noms des criminels d'avant, même s'ils ont changé de couleur pour adopter le rouge cerise [1].

Mais la vocation de droite de la nouvelle équipe gouvernementale est indéniable. Et son entourage « intellectuel » et social revendique sans rougir sa tendance autoritaire. Le scénario que nous avons décrit il y a treize ans, en 2005, est suivi à la lettre. Celui qui a été mauvais dans la défaite est mauvais dans la victoire. Dire que le prochain gouvernement est de gauche ou progressiste n'est qu'une calomnie. Alors nous utilisons la métaphore de l'œuf du serpent. Il y a un film d'Ingmar Bergman qui s'appelle comme ça, et il y a une scène où un médecin (qui, soit dit en passant, a été joué par l'acteur de Kung Fu David Carradine) explique que ce qui se passe à l'époque en Allemagne — qui va devenir fasciste — peut se comparer à un œuf de serpent, si on le regarde à contre-jour, on voit ce qu'il y a dedans, et on y voyait alors ce qui se passe actuellement.

Vous savez que tous les efforts du Movimiento de Regeneración Nacional, de López Obrador et de son équipe, depuis le 1er juillet, sont de se mettre bien avec la classe dominante et le grand capital. Il n'y a aucun indice (personne ne peut dire qu'il a été trompé), aucune indication qu'il s'agit d'un gouvernement progressiste, aucune. Ses principaux projets vont détruire les territoires des peuples originaires : le million d'hectares de la Lacandona, le Train Maya, ou le corridor de l'Isthme qu'il veut faire, entre autres. Sa franche empathie avec le gouvernement de Donald Trump est déjà une confession publique. Sa « lune de miel » avec des hommes d'affaires et le grand capital transparaît dans les principaux membres de son cabinet et dans ses plans pour la « Quatrième Transformation » [2].

Il est clair, nous croyons, que l'approbation du Pouvoir, de l'Argent, est plus qu'une reconnaissance du « triomphe » de López Obrador. Dans les rangs du grand capital, il y a un réel enthousiasme pour les opportunités de conquête qui s'ouvrent avec le programme du gouvernement lopezobradoriste.

Nous avons des faits concrets et beaucoup de rumeurs (qui ne peuvent être prouvées) sur ce qui s'est passé dans le récent processus électoral. Nous ne les rendons pas publics parce qu'on pourrait en déduire qu'il y a eu fraude, et rien n'est plus éloigné de nos intentions que de tenter de gâter l'euphorie qui gagne les « 30 millions ».

Mais ce que personne ne veut souligner, c'est qu'il y avait une sorte d'« effet d'annonce », tout comme cela s'était produit lors des élections précédentes, celles de Calderón et de Peña Nieto. En d'autres termes, ce ne sont pas les « institutions » qui ont dit qui avait gagné, mais les médias. Alors que le Programme de résultats électoraux préliminaires (PREP) commençait à peine, Televisa et TV Azteca disaient déjà qui était le vainqueur ; quelques minutes après, avec moins de un pour cent des votes comptabilisés, vint la reconnaissance de Meade, Anaya et la Calderona.

Quelques heures plus tard, le « camarade » Trump se félicite et, à l'aube du lendemain, Carlos Salinas de Gortari (qu'on a cessé d'appeler l'innommable) se joint aux félicitations. Sans qu'on connaisse les résultats officiels, commence le baisemain que le PRI a institué en patrimoine national. Et l'Institut national électoral ? Eh bien, il remplit la fonction pour laquelle il a été créé : être le faire-valoir de la « démocratie électorale ». Les « institutions » responsables du scrutin se sont limitées à suivre l'avalanche médiatique.

Les intellectuels progressistes qui, au cas où il ne se serait pas agi de leur leader, auraient dénoncé ce qui s'est passé comme un « coup d'État médiatique », souscrivent maintenant sans rougir au « d'une façon ou d'une autre » : « on a gagné, peu importe comment ». Le fait est que tout semble indiquer que le résultat a été négocié et accepté en dehors des bureaux de vote et du calendrier électoral. Mais rien de tout cela n'a plus d'importance, le grand électeur a décrété : « Habemus Contremaître, les affaires continuent. »

Cette nouvelle pensée unique va remplacer l'argument de la raison par l'argument quantitatif : « 30 millions de gens ne peuvent se tromper », qui a été utilisé par le père, je ne me souviens plus comment il s'appelle, Solalinde ? Celui-là même (désolé, je ne le prononce jamais bien et le SubMoy me corrige toujours), et qu'on utilise sans cesse : « Pourquoi vous opposez-vous à 30 millions ? Vous êtes à peine 300 personnes et en plus sales, laides, méchantes et grossières. » Enfin, ils parlent de vous (les réseaux) ; moi, je suis juste grossier.

Avec cette nouvelle forme de foi (qui nous fait insister sur le fait qu'il manque le vote qui compte, le vote de réalité), on commence à faire prévaloir dans l'imaginaire collectif la raison de la quantité sur l'analyse et la raison argumentée.

Et l'histoire commence à se réécrire et devient la nouvelle Histoire officielle. Selon elle, tous les mouvements sociaux et politiques du passé visaient en fait à amener López Obrador à la présidence. Nous lisons maintenant que le mouvement de 68 n'a été que l'antécédent de la « fin des temps », cinquante ans plus tard. Nous lisons que Manuel Bartlett et des criminels du même type sont purifiés parce qu'ils sont du côté du vainqueur. Nous lisons qu'Alfonso Romo est un homme d'affaires « honnête » qui ne s'intéresse qu'au bien-être son prochain.

Nous avons lu que ceux qui hier étaient du PRI, du PAN, du PRD, du Parti vert écologiste, ou qui se sont formés comme militants dans le show-business, sont maintenant des leaders illustres de la « Quatrième Transformation ». Et nous lisons aussi que le soulèvement zapatiste de 1994 a été le prélude au soulèvement « citoyen » de 2018 ! Et le leader a déjà instruit que soient élaborées des théories sur son ascension au pouvoir. Il ne faudra pas longtemps pour que les historiens proches de lui modifient les manuels d'histoire.

Nous avertissons qu'une avalanche se prépare, un tsunami d'analyses frivoles et emberlificotées, de nouvelles religions laïques, de prophètes mineurs — très mineurs — parce qu'ils ont la plate-forme pour le faire. Il y aura plein de sornettes pour ceux qui veulent les avaler. Et puisque nous parlons de néo-religion, les roues du moulin seront démocratisées pour que tous puissent communier.

Apparaîtront de nouveaux boy-scouts, les éclaireurs prêts à faire le bien, mais en regardant bien à qui.

Les « représentants des citoyens » qui promeuvent la citoyennisation : ce que veulent les « autochtones » (j'te jure, c'est comme ça qu'ils disent), c'est être comme celui qui les dépouille. Être « égal », ne serait-ce que dans la fugace temporalité de l'urne, et « libre » lorsqu'il s'agit de signer la concession de la mine-hôtel-chemin de fer, le contrat d'« embauche », les versements échelonnés, le « ferme soutien à notre président », la sollicitude d'« aide gouvernementale ».

Il y aura un boom prévisible des services administratifs, mais, au lieu de ressources, on aura un dialogue. Et ça vaut la peine, même si ça ne paie pas. Parce que le modèle des « guichets » se décentralisera. Vous n'aurez plus besoin d'aller dans un bâtiment, de faire la queue et de vous rendre compte, après une longue attente, qu'il manque la copie rose. Maintenant, le guichet viendra chez vous : « Demandez, nous irons ; comme certificat vous recevrez une promesse. »

S'il y a quelqu'un qui n'a rien, il y a de fortes chances qu'il ait de l'espoir. Les nouveaux escrocs seront chargés d'administrer cet espoir, de doser leur encouragement et de le transformer en chimère qui réconforte mais ne résout rien.
On recyclera l'argument utilisé dans certains secteurs de la lutte sociale : il n'est pas possible de changer le système, ce qu'il faut faire, c'est l'administrer ou limer ses aspérités pour qu'elles ne fassent pas trop mal, autrement dit on peut vous transformer en bons contremaîtres, voire arriver à créer un bon capitalisme ; il est possible de changer le système de l'intérieur.

On devine déjà la silhouette à travers la coquille : on exige le renoncement à la raison et à la pensée critique ; l'exaltation du nationalisme fondé sur le « bon » autoritarisme ; la chasse à ce qui diffère ; la légitimité acquise à grands cris ; la néo-religion laïque ; l'unanimité imposée ; la capitulation de la critique ; la nouvelle devise nationale : « Interdit de penser ». Bref, l'hégémonie et l'homogénéité qui sont les piliers des fascismes qui ne s'avouent pas.

Ce qu'on met à notre disposition, est-ce que ce sont des concepts qui permettent de comprendre (et d'agir) ? Des termes tels que « citoyenneté », « jeunesse », « femmes », « progrès », « développement », « modernité », « démocratie électorale » comme synonyme de démocratie ?

Le terme « citoyen », comme concept pour comprendre ce qui se passe, ne sert à rien : Carlos Slim est « citoyen », tout comme le paysan dépouillé par le nouvel aéroport de Mexico. Il en est de même pour Ricardo Salinas Pliego et quelqu'un qui vit dans la rue à la suite du séisme de septembre 2017. Alfonso Romo et les membres de la communauté tzeltal qui vont être dépossédés de leurs terres pour laisser passer un train dans lequel les touristes prendront des selfies.

Un autre : « jeunesse ». « Jeunes » sont les filles de Peña Nieto, et les ouvriers et étudiants assassinés.

Un autre : « femmes ». Les « femmes » sont les Aramburuzavala, Gonda, Sánchez Cordero, González Blanco Ortiz Mena, Merkel et May, tout autant que les assassinées de Ciudad Juárez, les violées aux quatre coins du monde, les battues, les exploitées, les persécutées, les détenues, les disparues.

Tous les concepts qui éliminent la division ou qui n'aident pas à comprendre une division de classe entre dominateurs et dominés sont une tromperie et leur permettent de coexister en un seul, les uns et les autres. Cette transversalité — qu'ils disent — entre capital et travail ne sert à rien, n'explique rien et mène à une cohabitation perverse entre exploiteur et exploité et il semble un instant qu'ils soient les mêmes, alors qu'il n'en est rien.

Il y a aussi cette tentative de revenir au système d'avant, cet impossible saut en arrière vers « l'État providence », vers le « l'État bienfaiteur » de Keynes, vers le vieux PRI (ce qui a fait dire à quelqu'un en blaguant que la première transformation a été le PNR, la deuxième le PRM, la troisième a été PRI, et maintenant la quatrième transformation est le PRIMOR3).

Et ainsi revient l'ancienne discussion entre réforme et révolution. Les « débats » entre les « radicaux », qui luttaient pour la révolution, et les « ringards », qui étaient pour un changement graduel, pour des réformes progressives pour atteindre le royaume du bonheur. Ces discussions avaient lieu autrefois dans les cafés. Les agoras d'aujourd'hui sont les réseaux sociaux et on peut suivre cet exercice d'auto-érotisme chez les influencers (comme on dit).

Nous pensons qu'il n'est même pas nécessaire d'en discuter, parce que la réforme n'est plus possible ; ce qu'a détruit le capitalisme n'est plus récupérable, il ne peut plus y avoir un capitalisme bon (nous pensons que cette possibilité n'a jamais existé), il nous faut le détruire totalement.

Et pour paraphraser ce qu'ont dit les femmes zapatistes à la Rencontre des femmes en lutte : il ne suffit pas de mettre le système en feu, il faut s'assurer qu'il se consume totalement et qu'il ne reste que des cendres.

On en reparlera en une autre occasion. Pour l'instant, nous voulons juste souligner que la contre-révolution sociale est tout à fait possible. Non seulement elle est possible, mais elle va être continuellement à l'affût, parce qu'on va essayer d'anéantir toute lutte extérieure à ce processus de domestication qui se prépare. On va essayer de la détruire, surtout violemment.

Non seulement par la marginalisation, non seulement par la diffamation, mais aussi par les attaques paramilitaires, militaires et policières.

Pour quiconque conteste ces nouvelles règles — qui sont en fait les anciennes —, il n'y aura pas d'amnistie, pas de pardon ni d'absolution, pas de câlins ni de photos ; il y aura la mort et la destruction.

La lutte contre la corruption (qui n'est autre que la lutte pour la bonne administration de la domination) non seulement n'inclut pas la lutte pour la liberté et la justice, mais même s'y oppose, car sous le prétexte de la lutte contre la corruption il y a une lutte pour un appareil d'État plus efficace dans la fonction quasi unique qu'a l'État national : la répression. Et il ne lui restera bientôt même pas celle-là.

Le gouvernement ne sera plus le contremaître voleur qui garde plusieurs génisses et taurillons qu'il ne signale pas au finquero. Le nouveau contremaître ne volera pas, il remettra au patron l'intégralité des gains.

Ils veulent redonner à l'État national, du Mexique en l'occurrence, ses véritables fonctions. En d'autres termes, quand on parle du besoin de sécurité, c'est la sécurité du capital ; c'est l'introduction et l'amélioration d'un nouvel État policier : « Je vais bien faire les choses parce que je vais garder un œil sur tout. » La sécurité exigée par la citoyennisation est en fait la réimplantation d'un système policier, un mur modernisé et professionnalisé qui sache faire la distinction entre « les bons » et « les méchants ».

La police de la capitale sera professionnalisée. Le taux de criminalité y sera réduit et il y aura de « beaux » policiers qui aideront les personnes âgées à traverser la rue, iront à la recherche des animaux de compagnie égarés et s'assureront que la circulation est amicale pour ce qui compte : les voitures.

À l'extérieur, à la périphérie, la collusion continuera entre ceux qui doivent prévenir et poursuivre le crime et ceux qui le commettent. En contrepartie, le tourisme extrême sera encouragé : dans la capitale, des « tours » et des « safaris » seront organisés pour connaître ces créatures rares qui habitent les ombres ; les touristes pourront prendre un selfie avec le jeune homme arrêté-battu-assassiné, son sang brouillant les couleurs des tatouages, éclipsant l'éclat des piercings et des rivets, tachant le vert-violet-bleu-orange des cheveux. Qui c'était ? Qui s'en soucie ? Dans un selfie tout ce qui n'est pas le « moi » est juste mise scène, anecdote, émotion « forte » à montrer sur le face, sur instagram, parmi les chats, les autobiographies. Et, dans le haut-parleur du véhicule blindé, la sympathique guide touristique met en garde : « Nous vous rappelons que la consommation de tacos, tortas et autres garnachas est à vos risques et périls ; l'entreprise n'est pas responsable des indigestions, gastrites et infections stomacales. Pour ceux qui sont descendus, voici du gel antibactérien. »

Le nouveau gouvernement promet de récupérer le monopole de l'usage de la force (dont l'a privé ledit « crime organisé »). Mais plus seulement avec la police et les armées traditionnelles. Également avec les « nouveaux » vigiles : les nouvelles chemises « brunes » ou rouge cerise, que vont devenir les paroissiens de la nouvelle religion laïque ; les masses qui vont attaquer les mouvements sociaux qui ne sont pas domestiqués. Les « bataillons rouges » recyclés (aujourd'hui « cerise » pour la « Quatrième Transformation ») qui devront mener à bien le « nettoyage » des sales, des laid·e·s, des méchant·e·s, des grossier·e·s, et de quiconque résiste à l'ordre, au progrès et au développement.

Alors nous continuons à descendre pour voir comment résistent (avec d'autres organisations, groupes et collectifs), nos communautés — aujourd'hui une partie de la direction collective de l'EZLN est là avec nous, quatre-vingt-dix commandantes et commandants ; ils sont plus, mais ce sont ceux qui nous accompagnent cette fois en l'honneur de votre visite (la visite des réseaux).

Nous continuons à marcher avec deux pieds : la rébellion et la résistance, le non et le oui ; non au système et oui à notre autonomie, ce qui signifie que nous avons à construire notre propre chemin vers la vie. Il se fonde sur certaines des racines des communautés originaires (ou indigènes) : le collectif, l'entraide mutuelle et solidaire, l'attachement à la terre, le fait de cultiver les arts et les sciences, la vigilance constante contre l'accumulation de richesses. Cela, ainsi que les sciences et les arts, c'est notre guide. C'est notre « façon », mais nous pensons que dans d'autres histoires et identités, c'est différent. C'est pourquoi nous disons que le zapatisme ne peut pas être exporté, pas même sur le territoire du Chiapas, mais que chaque calendrier et chaque géographie doit suivre sa propre logique.

Les résultats de notre cheminement sont visibles pour ceux qui veulent voir, analyser et critiquer. Bien sûr, notre rébellion est tellement, tellement petite, qu'il faudrait un microscope ou, mieux encore, un périscope inversé pour la détecter.

Et ce n'est pas non plus un exercice très encourageant : nos possibilités sont minimes.

On n'approche même pas, il s'en faut de beaucoup, les 30 millions.

On n'est peut-être que 300.

(à suivre...)

Traduit de l'espagnol (Mexique) par Joani Hocquenghem pour le site
La voie du Jaguar

Source et texte d'origine : Enlace Zapatista


[1] Le « rouge cerise » est la couleur du Movimiento Regeneración Nacional, Morena, le parti de López Obrador (NdT).

[2] Pour López Obrador, après la première transformation (l'Indépendance), la seconde (la Réforme de Juárez et la séparation de l'Église et de l'État) et la troisième (la Révolution de 1910), le changement de pouvoir actuel inaugure la quatrième grande transformation du Mexique (NdT).

Campagne pour la libération de prisonniers au Chiapas

Diego Lopez Mendez est un compa originaire du village tzeltal de San Juan Cancuc, Altos de Chiapas. Serveur à San Cristobal de Las Casas durant plus de 8 ans, il a un jour, en 2012, été enlevé à la sortie de son travail par deux hommes qui l'ont fait monté de force dans une voiture banalisée, avant de lui présenter des photos d'une personne assassinée. Ayant nié connaître la personne en question, il fut détenu et, suite à plusieurs séances de torture, fut obligé de signer une déclaration reconnaissant sa soi-disante culpabilité dans l'assassinat. En attente de son procès depuis plus de 6 ans, il lutte au sein du collectif de prisonniers "Les solidaires de la voix del Amate", aux côtés de Mariano Perez Velasco et d'Alejandro Diaz Santis. Ce dernier, connu pour ses prises de position contre la hiérarchie pénitentiaire, vient à nouveau d'être transféré dans la fédérale de Villa de Comatitlan.

Une campagne pour la libération de Diego Lopez Mendez est en cours (voir plus bas) et un appel est également lancé afin que l'administration pénitentiaire chiapanèque annule le transfert d'Alejandro Diaz Santis :

Appel à action dans le cadre la campagne “Liberté pour Diego Lopez Mendez !”

Compañeras et compañeros du Mexique et du monde, nous entrons dans une seconde phase de la campagne visant à exiger la liberté de notre compañero Diego López Méndez, afin qu'il cesse d'être un otage de plus de l'Etat mexicain et de son soi-disant système de justice. Pour cela nous vous demandons si dans la mesure de vos possibilités, vous pouvez vous joindre à cette campagne.

Notre proposition concrète est de prendre une photo avec l'affiche qui fait partie de la campagne afin d'exiger la liberté pour notre compa Diego. L'affiche peut être téléchargée à ce lien afin que vous puissiez inviter des compañeros de vos différents collectifs, organisations ou individus qui partagent le même coeur battant en bas à gauche à se joindre à cette campagne. Les photos pourront être envoyées au courrier mail : noestamostodxs@riseup.net, avec pour date limite le 30 novembre. L'objectif à ce niveau de la campagne est de visibiliser son cas.

Nous rappelons que notre compa Diego est un de plus de ces milliers de prisonnier.e.s qui se retrouvent attrapé.e.s par la spirale bureaucratique du lucratif système pénitenciaire mexicain. Là où le racisme, le classisme, la patriarcat et la xénophobie se font jour dans chacun des cas que ce soi-disant système judiciaire prétend résoudre, la torture psychologique et physique constituant les mécanismes privilégiés pour que celui ou celle accusé.e d'un délit en arrive à s'auto-inculper.

Pour reprendre les mots de notre compa Diego : "Je porte cette dénonciation publique contre les tortionnaires ain qu'il soient punis parce que ce n'est pas juste qu'ils nous torturent, parce que ceux qui sont réellement innocents ne vont jamais derrière les barreaux et sont toujours dehors, et nous au contraire comme nous indigènes et que nous ne savons pas nous défendre nous sommes privés de nos libertés. Et j'exige en même temps du gouverneur élu Rutilio Escandon qu'il jette son attention sur nos libertés.”.

Nous vous remercions d'avance pour votre participation à la campagne et vous demandons de rester attentifs aux avancées du cas de notre compa Diego.

Source : Groupe de Travail “No Estamos Todxs” (“Nous ne sommes pas toutes et tous là”)

traduction 7NubS

A l'opinion publique

Aux organisations indépendantes

Aux médias étatiques, nationaux, internationaux et alternatifs

A l'Armée Zapatiste de Libération Nationale

Au Congrès National Indigène

A la Sixième déclaration de la forêt Lacandone

Aux défenseur.e.s des droits humains et aux ONGs

Compañeros, compañeras nous vous remercions tous de vous solidariser avec le cas de notre compañero Diego Lopez Mendez afin qu'il obtienne sa liberté, et nous vous demandons de continuer à le défendre par le biais de quelque action que vous vouliez entreprendre pour sa libération afin que cela lui soit favorable le jour de sa sentence. Et en même temps nous continuons à inviter toutes les organisations indépendantes du Chiapas, du Mexique et internationales à ce qu'elles continuent à exiger la véritable justice et les libertés de tous les prisonniers politiques et prisonniers de manière injuste dans le monde entier.

Ensemble nous pouvons obtenir les véritables justices

Fraternellement

Alejandro Dias Santiz

Mariano Perez Velasco

Diego Lopez Menez

15 novembre 2018

Source : Groupe de Travail “No Estamos Todxs”

traduction 7NubS

Des prisonniers exigent le retour d'Alejandro Daz Santis au CERSS numéro 5

A l'opinion publique

Aux organisations indépendantes

Aux médias étatiques, nationaux, internationaux et alternatifs

A l'Armée Zapatiste de Libération Nationale

Au Congrès National Indigène

A la Sixième déclaration de la forêt Lacandone

Aux défenseur.e.s des droits humains et aux ONGs

De la part des prisonniers indigènes “solidaires de la Voix del Amate”, adhérent.e.s à la sixième déclaration de la Selva Lacandona de l'EZLN. Incarcérés dans le pénitencier No 5 de San Cristóbal de las Casas, Chiapas :

Nous exigeons le prompt retour du compañero Alejandro Diaz Santiz qui vient d'être transféré le 14 novembre dernier, car nous savons que c'est seulement pour avoir défendu son droit et celui de nos compaéneros emprisonnés. C'est la raison pour laquelle nous rendons cette dénonciation publique contre maître Candelaria Jimenez Jimenez, directrice de cette prison. Nous savons très bien que c'est elle qui a fait ce transfert, et c'est pour ça que nous voulons que soit changée la directrice car ce n'est pas juste qu'ils nous maltraitent et qu'ils nous transfèrent à un centre pénitentiaire fédéral, c'est pour cela que nous voulons que cette dénonciation soit prise en compte. Et en même temps nous exigeons du gouverneur élu qu'il nous rende nos libertés qu'ils nous ont volé depuis des années.

D'un autre côté nous invitons les organisations indépendantes à continuer à exiger les véritables justices et libertés de tous les prisonniers politiques et prisonniers de conscience du monde entier.

Ensemble nous pouvons gagner les véritables justices.

Diego Lopez Mendez

Mariano Perez Velasco

Aux côtés des autres compañeros :

Martin Gomez Lopez

Mariano Gomez Lopez

Mario Diaz Rodriguez

Juan Castello Gomez

Felipe Diaz Mendez

15 Novembre 2018

Source : Groupe de Travail “No Estamos Todxs”

traduction 7NubS

Repas de soutien aux prisonniers politiques des régions indiennes du Mexique

Miguel Peralta, mazatèque, condamné à plus de 50 ans de prison ; Dominga González Martínez, Pedro Sánchez Berriozábal, Rómulo Arias Míreles, Teófilo Pérez González, Lorenzo Sánchez Berriozábal et Marco Antonio Pérez González, de la communauté nahua de Tlanixco, eux aussi condamnés à plus de 50 ans de prison ; Fidencio Aldama Pérez de la communauté yaqui de Loma de Bácum, condamné à plus de 15 ans de prison : la répression des luttes sociales dans les régions indiennes du Mexique est extrêmement dure, et pour décourager les résistances, nombre d'activistes des communautés se retrouvent emmurés vivants.

Mercredi 21 novembre à partir de 19 h à la Nouvelle Rotisserie, nous organisons un repas de solidarité pour aider au lancement des campagnes internationales pour la libération de Miguel Ángel Peralta, mazatèque originaire du village d'Eloxochitlán de Flores Magón ( plus d'informations ici), ainsi que de la campagne lancée par le Congrès National Indigène pour la libération des prisonniers de la communauté indigène nahua de San Pedro Tlanixco et de la communauté de Loma de Bácum, de la tribu Yaqui, dans l'État de Sonora. Venez nombreuses et nombreux !!

MERCREDI 21 NOVEMBRE A PARTIR DE 19H

à la Nouvelle Rôtisserie
4, rue Jean et Marie Moinon, Paris 10e

métro Colonel Fabien ou Belleville

Entrée-plat-dessert : viande 12 euros / végétarien 10 euros
(Plat unique : 5 euros )

Tous les profits seront reversés aux campagnes lancées au Mexique pour la libération des prisonniers

Plus d'infos sur Miguel Angel Peralta ici : Miguel Peralta condamné à 50 ans de prison !

Plus d'informations ici au sujet de la communauté de Tlanixco et de la lutte pour la libération des prisonniers politiques de ce village nahua, ayant lutté contre la spoliation de leurs sources d'eau au bénéfice des grandes multinationales de la floriculture de l'Etat de Mexico.

Plus d'informations là au sujet de la tribu yaqui et de l'incarcération de Fidencio Aldama Pérez, condamné en mai 2018 à une peine de plus de 15 ans de prison suite aux affrontements survenus à Loma de Bácum le 21 octobre 2016, afin d'imposer la construction d'un gazoduc passant par le territoire de la communauté.

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Une finca, un monde, une guerre, peu de probabilités

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Une finca, un monde, une guerre, peu de probabilités

Participation de la Commission Sexta de l'EZLN à la rencontre des réseaux de soutien au Conseil indigène de gouvernement et à sa porte-parole.

Août 2018. (Version complétée)

Pour des raisons de temps, la participation zapatiste n'a pas été complète. Nous vous avons promis que nous vous enverrions ensuite ce qui manquait : voici la version originale qui comprend des parties de la transcription plus ce qui n'a pas été dit. De rien, il n'y a pas de quoi.

300. Première partie

Sous-commandant insurgé Galeano

Bonjour, merci d'être venus, d'avoir accepté notre invitation et de partager votre parole avec nous.

Commençons par expliquer notre façon de faire notre analyse et notre évaluation.

Nous commençons par analyser ce qui se passe dans le monde, puis nous descendons à ce qui se passe sur le continent, puis nous descendons à ce qui se passe dans le pays, puis dans la région et ensuite localement. Et de là, nous trouvons une initiative et nous commençons à passer du local au régional, au national, au continent et au monde entier.

Selon notre pensée, le système dominant dans le monde est le capitalisme. Pour nous l'expliquer, à nous et aux autres, nous utilisons l'image d'une finca [1].

Je vais demander au sous-commandant Moisés de nous le décrire.

Sous-commandant insurgé Moisés

Bon, alors, compañeros, compañeras, nous avons demandé à des compañeros et des compañeras arrière-grands-pères et arrière-grands-mères qui étaient en vie — certains sont encore en vie. Voici ce qu'ils nous ont dit, ce qui nous a amenés à penser — c'est ce que nous disons aujourd'hui — que les riches, les capitalistes, veulent faire du monde leur finca.

Il y a le finquero, le propriétaire terrien, le maître de milliers d'hectares de terre, et ça sans être là, parce que le patron a son contremaître qui s'occupe de la finca, et puis ce contremaître s'adresse à son mayordomo qui est celui qui va exiger qu'on travaille sa terre ; et ce contremaître, sur l'ordre du patron, doit trouver quelqu'un d'autre qu'on appelle le caporal qui est celui qui veille sur la finca, sa maison.

Ensuite, ils nous ont raconté que dans les fincas on fait des choses différentes : il y a des fincas d'élevage de bétail, de café, de canne, où on fait du sucre, de maïs et de haricots. Alors, ils le combinent, ils combinent ces activités ; c'est-à-dire, dans une finca de dix mille hectares, il y a de tout, du bétail, de la canne à sucre, des haricots, des champs de maïs. Donc, toute leur vie, les gens y circulent, y travaillent — ce que nous appelons les ouvriers agricoles ou les manœuvres, les gens qui souffrent là.

Celui qui est contremaître, il complète son salaire en volant le patron sur ce que produit la finca. Autrement dit, en plus de ce que le patron, le finquero, lui paye, le contremaître en profite pour voler. Par exemple, si dix génisses et quatre taurillons sont nés, le contremaître ne rend pas de comptes exacts, mais dit au patron que seulement sont nés cinq génisses et deux taurillons. Si le patron s'aperçoit de l'arnaque, il chasse le contremaître et en met un autre à la place. Mais le contremaître vole toujours quelque chose, autrement dit c'est ce qu'on appelle la corruption.

Ils nous racontent que quand le patron n'est pas là et que le contremaître est celui qui reste, quand le contremaître veut partir aussi, alors il cherche quelqu'un de ceux qu'il a là, qui soit aussi salaud que lui, aussi exigeant, quoi ; alors pendant qu'il va faire son petit tour, il laisse quelqu'un en charge, c'est-à-dire il cherche son ami qu'il va laisser à sa place pour ensuite revenir et reprendre son poste de contremaître.

Et alors nous voyons ceci, que le patron n'est pas là, le patron est ailleurs ; le contremaître, c'est ainsi que nous l'appelons, que l'appellent les pays ou les peuples comme nous disons, parce que nous voyons que ce n'est plus un pays, c'est le Peña Nieto comme nous disons, le contremaître. Le mayordomo, nous disons que ce sont les gouverneurs, et les caporales les maires. C'est structuré de la façon dont ils vont dominer, quoi.

Nous voyons aussi que ce contremaître, ce mayordomo et ce caporal sont ceux qui exigent des gens. Et là, dans la finca, les arrière-grands-parents nous disent qu'il y a un magasin, ils appellent ça une tienda de raya — c'est ce qu'ils nous ont dit — ça veut dire que le magasin est là où on s'endette ; alors les exploités qui sont là, les ouvriers ou ouvrières comme on les appelle, ils ont pris l'habitude d'aller y acheter leur sel, leur savon, ce dont ils ont besoin, c'est-à-dire qu'il ne se servent pas d'argent ; le patron a là sa boutique et c'est là qu'ils s'inscrivent, parce qu'ils ont besoin du sel, du savon, de la machette, de la lime ou de la hache, alors ils achètent là, ils ne vont pas payer avec de l'argent mais avec leur force de travail.

Et les arrière-grands-parents nous racontent que leur vie, celle des femmes comme celle des hommes, c'est qu'on leur donne juste de quoi manger aujourd'hui pour que demain ils continuent à travailler pour le patron, et c'est ainsi qu'ils ont passé toute leur vie.

Et ce que disent nos arrière-grands-parents, nous l'avons vérifié, parce que lorsque nous nous sommes soulevés en 1994, lorsque nous avons pris les fincas pour chasser ces exploiteurs, nous avons trouvé des contremaîtres et des gens acasillados, ils nous ont dit qu'ils ne savaient pas ce qu'ils allaient faire, parce ce que maintenant où vont-ils trouver leur sel, leur savon, maintenant que leur patron n'est plus là. Ils nous ont demandé maintenant qui va être le nouveau patron, parce qu'ils veulent y aller, parce qu'ils ne savent pas quoi faire, parce que où ils vont trouver leur savon, leur sel.

Alors nous leur avons dit : maintenant vous êtes libres, travaillez la terre, elle est à vous, comme avec le patron qui vous a exploités, maintenant vous allez travailler, mais c'est pour vous, pour votre famille. Mais alors ils résistent, ils disent non, cette terre est au patron.

C'est là que l'on a vu qu'il y a des gens qui sont réduits en esclavage. Et s'ils ont leur liberté, alors ils ne savent pas quoi faire, parce qu'ils ne savent qu'obéir.

Et ce dont je vous parle, c'est d'il y a cent ans, plus de cent ans, parce que ce sont nos arrière-grands-parents qui nous le racontent — l'un d'eux a plus ou moins cent vingt-cinq, cent vingt-six ans maintenant parce qu'on a parlé avec ce compañero il y a plus d'un an.

Donc on a ça, et c'est ce qui va arriver. Aujourd'hui, nous pensons que le capitalisme est comme ça. Il veut transformer le monde en finca. Autrement dit, ce sont les hommes d'affaires transnationaux : « Je vais à ma finca La Mexicana », selon ses envies ; « Je vais à ma finca La Guatemalteca, La Hondureña », ainsi de suite.
Et le capitalisme va commencer à organiser selon son intérêt, comme nos arrière-grands-parents nous racontent que dans une finca il y a de tout, du café, du bétail, du maïs, des haricots, et dans une autre, non, c'est juste de la canne pour en tirer la mélasse, et dans une troisième encore autre chose. C'est comme ça qu'ils nous ont organisés, chacun des finqueros.

Il n'y a pas de bon patron, ils sont tous mauvais.

Bien que nos arrière-grands-parents nous racontent qu'il y en a de bons — disent-ils —, quand on se met à l'analyser, à y penser, à l'observer, juste parce qu'on est moins maltraités, alors nos arrière-grands-parents disent qu'ils sont bons, car ils ne sont pas battus, mais être exploités, exploitées, on n'y coupe pas. Dans d'autres fincas, en plus de se crever au travail, si on n'en fait pas plus, on reçoit des coups de trique.

Alors nous pensons que tout ce qui leur est arrivé est ce qui va nous arriver, mais maintenant non seulement à la campagne, mais aussi en ville. Parce que ce n'est pas le même capitalisme qu'il y a cent ans, deux cents ans, son mode d'exploitation est maintenant différent et ce n'est pas seulement dans les campagnes qu'il exploite aujourd'hui mais aussi dans la ville. Et son exploitation change de mode, disons-nous, mais c'est toujours de l'exploitation. Comme si c'était la même cage fermée, mais de temps en temps elle est repeinte, comme si elle était neuve, mais c'est la même.

Quoi qu'il en soit, il y a des gens qui ne veulent pas la liberté, ils sont déjà habitués à obéir et veulent juste un changement de patron, de contremaître, qu'il ne soit pas si vache, qu'il exploite autant les gens mais les traite bien.

Alors ne perdons pas ça de vue parce que c'est ce qui arrive, ce qu'ils commencent déjà à faire.

C'est ce qui attire notre attention : est-ce qu'il y a d'autres gens, hommes et femmes, qui eux aussi voient, pensent, estiment que c'est ce qu'ils vont nous faire ?
Et que vont faire ces frères et ces sœurs ? Est-ce qu'ils se contentent d'un changement de contremaître ou de patron, ou est-ce que ce qu'ils veulent c'est la liberté ?

C'est ce que j'ai à vous expliquer parce que c'est ce qui vient avec ce que nous pensons et voyons avec les compañeros, compañeras, en tant qu'Armée zapatiste de libération nationale.

Sous-commandant insurgé Galeano

Donc ce que nous voyons au niveau mondial est une économie prédatrice. Le système capitaliste avance de manière à conquérir des territoires, en détruisant au maximum. En même temps, la consommation est portée aux nues. Il semble que le capitalisme ne se préoccupe plus de savoir qui va produire les choses, ça c'est les machines qui s'en chargent, mais il n'y a pas de machines qui consomment des marchandises.

En réalité, cette exaltation de la consommation cache une exploitation brutale et un pillage sanguinaire de l'humanité qui n'apparaissent pas dans l'immédiateté de la production moderne des marchandises.

La machine automatisée au maximum qui fabrique sans intervention humaine des ordinateurs ou des téléphones portables fonctionne non pas sur le progrès scientifique et technologique mais sur le pillage des ressources naturelles (la destruction/dépopulation nécessaire et la reconstruction/restructuration de territoires) et sur l'esclavage inhumain de milliers de petites, petites et moyennes cellules d'exploitation de la main-d'œuvre humaine.

Le marché (ce gigantesque magasin de marchandises) contribue à ce mirage de la consommation : les marchandises semblent au consommateur « étrangères » au travail humain (c'est-à-dire à son exploitation) ; et l'une des conséquences « pratiques » est de donner au consommateur (toujours individualisé) l'option de se « rebeller » en choisissant tel ou tel marché, telle consommation ou telle autre, de refuser une consommation spécifique. Vous ne voulez pas consommer de la malbouffe ? Pas de problème, les produits alimentaires bio sont aussi en vente, un peu plus chers. Vous ne buvez pas les sodas de cola bien connus parce qu'ils sont mauvais pour la santé ? Pas de problème, l'eau en bouteille est commercialisée par la même compagnie. Vous ne voulez pas consommer dans les grandes chaînes de supermarchés ? Pas de problème, la même entreprise fournit la boutique du coin de la rue. Et ainsi de suite.

Il organise donc la société mondiale entre autres en donnant, en apparence, la priorité à la consommation. Le système fonctionne avec cette contradiction (parmi d'autres) : il veut se débarrasser de la main-d'œuvre parce que son « usage » présente plusieurs inconvénients (par exemple, il a tendance à s'organiser, à protester, à arrêter le travail, à faire des grèves, à saboter la production, à s'allier les un·e·s les autres) ; mais en même temps il a besoin de la consommation des marchandises par cette marchandise « spéciale ».

Même si le système vise à « automatiser », l'exploitation de la main-d'œuvre est pour lui fondamentale. Peu importe combien de biens de consommation il envoie à la périphérie du processus productif, ou combien il étire la chaîne de production de façon à faire croire (à « faire semblant ») que le facteur humain est absent : sans la marchandise essentielle (la force de travail), le capitalisme est impossible. Un monde capitaliste sans exploitation, où seule la consommation prévaut, c'est de la science-fiction, des élucubrations sur les réseaux sociaux et des rêves paresseux d'admirateurs des kamikazes de la gauche aristocratique.

Ce n'est pas l'existence du travail qui définit le capitalisme, mais la caractérisation de la capacité de travail comme une marchandise à vendre et à acheter sur le marché du travail. Ce qui veut dire qu'il y en a qui vendent et il y en a qui achètent ; et, surtout, qu'il y a ceux qui n'ont d'autre choix que de se vendre eux-mêmes.

La possibilité d'acheter la force de travail repose sur la propriété privée des moyens de production, de circulation et de consommation. La propriété privée de ces moyens est au cœur même du système. Par-dessus cette division en classes (la possédante et la dépossédée), pour la cacher, on a construit toutes les simulations juridiques et médiatiques et aussi les preuves dominantes : la citoyenneté et l'égalité juridique ; le système pénal et policier, la démocratie électorale et les divertissements (choses de plus en plus difficile à différencier) ; les néo-religions et la neutralité supposée des technologies, des sciences sociales et des arts ; le libre accès au marché et à la consommation ; et les absurdités (plus ou moins élaborées) comme « le changement est en soi-même », « chacun est l'architecte de son propre destin », « à mauvaise fortune bonne figure », « ne donne pas un poisson à celui qui a faim, apprends-lui à pêcher » (« et vends-lui la canne à pêche »), et les tentatives maintenant à la mode d'« humaniser » le capitalisme, de le rendre bon, rationnel, désintéressé, light.

Mais la machine veut des profits et elle est insatiable. Il n'y a pas de limite à sa gloutonnerie. Et la recherche du profit n'a ni éthique ni rationalité. Si elle doit tuer, elle tue. Si elle a besoin de détruire, elle détruit. Même si c'est le monde entier.

Le système avance dans sa reconquête du monde. Peu importe ce qui est détruit, ce qui reste ou ce qu'il y a en trop : c'est jetable tant qu'on obtient le profit maximal le plus vite possible. La machine revient aux méthodes qui lui ont donné naissance — c'est pourquoi nous vous recommandons de lire L'Accumulation originelle du capital — c'est-à-dire la conquête de nouveaux territoires par la violence et la guerre.

Avec le néolibéralisme, le capitalisme a en quelque sorte laissé en suspens une partie de la conquête du monde et il a maintenant à la compléter. Dans son développement, le système « découvre » que de nouvelles marchandises sont apparues et que ces nouvelles marchandises se trouvent sur le territoire des peuples originaires : l'eau, la terre, l'air, la biodiversité ; tout ce qui n'est pas encore abîmé se trouve sur le territoire des peuples originaires et c'est ce qu'il veut. Quand le système cherche (et conquiert) de nouveaux marchés, ce ne sont pas seulement des marchés de consommation, d'achat et de vente de marchandises, il cherche aussi et surtout et tente de conquérir des territoires et des populations afin d'en tirer le plus possible, peu importe qu'ensuite il laisse derrière lui un désert, héritage et trace de son passage.

Lorsqu'une compagnie minière envahit un territoire des peuples originaires, sous le prétexte de « créer des emplois » pour la « population autochtone » (j'te jure que c'est comme ça qu'ils nous appellent), elle ne fait pas que proposer aux gens de quoi acheter un nouveau téléphone cellulaire dernier cri, elle rejette aussi une partie de cette population et anéantit (dans toute l'extension du mot) le territoire où elle opère.

Le « développement » et le « progrès » offerts par le système cachent en fait qu'il s'agit de son propre développement et de son propre progrès ; et surtout ils cachent le fait que ce développement et ce progrès sont obtenus au prix de la mort et de la destruction des populations et des territoires.

C'est sur quoi se fonde la prétendue « civilisation » : ce dont les peuples originaires ont besoin, c'est de « sortir de la pauvreté », c'est-à-dire qu'ils doivent être payés. Alors on propose des « emplois », c'est-à-dire des entreprises qui « embauchent » (exploitent) les « aborigènes » (j'te jure, c'est ce qu'ils disent).

« Civiliser » une communauté originelle, c'est convertir sa population en main-d'œuvre salariée, c'est-à-dire ayant la capacité de consommer. C'est pourquoi tous les programmes de l'État se proposent « l'intégration de la population marginalisée à la société ». Et, par conséquent, les peuples autochtones ne veulent pas le respect de leur temps et de leur mode de vie, mais une « aide » pour « placer leurs produits sur le marché » et « trouver un emploi ». En résumé : l'optimisation de la pauvreté.

Et par « peuples originaires », nous entendons non seulement ceux que l'on appelle à tort les « indigènes », mais tous les peuples qui, à l'origine, s'occupaient des territoires subissant aujourd'hui les guerres de conquête, comme le peuple kurde, et qui sont soumis par la force aux prétendus États nationaux.

Ce qui est appelé « forme de nation » de l'État est né avec la montée du capitalisme comme système dominant. Le capital avait besoin de protection et d'aide pour sa croissance. L'État ajoute alors à sa fonction essentielle (la répression) celle de garant de ce développement. Bien sûr, on disait alors que c'était pour imposer des normes à la barbarie, « rationaliser » les relations sociales et « gouverner » pour tous, « servir d'intermédiaire » entre dominateurs et dominés.

La « liberté » était la liberté d'acheter et de vendre (se vendre) sur le marché ; l'« égalité » servait la cohésion de la domination en homogénéisant ; et la « fraternité », eh bien, nous sommes tous frères et sœurs, le patron et l'ouvrier, le finquero et le péon, la victime et le bourreau.

Puis on a dit que l'État national devait « réguler » le système, le mettre à l'abri de ses propres excès et le rendre « plus équitable ». Les crises étaient le produit de défauts de la machine, et l'État (et le gouvernement en particulier) était le mécanicien efficace toujours prêt à corriger ces imperfections. Bien sûr, au long terme, il s'est avéré que l'État (et le gouvernement en particulier) faisait partie du problème, pas de la solution.

Mais les éléments fondamentaux de cet État-nation (police, armée, langue, monnaie, système juridique, territoire, gouvernement, population, frontière, marché intérieur, identité culturelle, etc.) sont aujourd'hui en crise : les polices ne préviennent pas le crime, elle le commettent ; les armées ne défendent pas la population, elles la répriment ; les « langues nationales » sont envahies et modifiées (c'est-à-dire conquises) par la langue dominante des échanges ; les monnaies nationales sont indexées sur les monnaies qui monopolisent le marché mondial ; les systèmes juridiques nationaux sont subordonnés aux lois internationales ; les territoires s'étendent et se contractent (et se fragmentent) en fonction de la nouvelle guerre mondiale ; les gouvernements nationaux subordonnent leurs décisions fondamentales aux diktats du capital financier ; les frontières varient dans leur porosité (ouvertes au trafic des capitaux et des marchandises et fermées aux personnes) ; les populations nationales « se mélangent » avec celles venant d'autres États, etc.

En même temps qu'il « découvre » de nouveaux « continents » (c'est-à-dire de nouveaux marchés pour l'extraction de marchandises et pour la consommation), le capitalisme est confronté à une crise complexe (dans sa composition, son étendue et sa profondeur), qu'il a lui-même produite par son ardeur prédatrice.

C'est une combinaison de crises :

L'une est la crise environnementale qui s'abat sur le monde entier et qui est aussi produite par le développement du capitalisme : l'industrialisation, la consommation et le pillage de la nature ont un impact environnemental qui altère déjà ce qu'on appelle « la planète Terre ». Le météore « capitalisme » est déjà tombé, et il a radicalement modifié la surface et les entrailles de la troisième planète du système solaire.

L'autre est la migration. Des territoires entiers sont paupérisés et détruits et les gens sont forcés à émigrer, cherchant où vivre. La guerre de conquête, qui est l'essence même du système, n'occupe plus des territoires et leur population, mais classe cette population sous la rubrique « restes », « ruines », « décombres », et ces populations meurent ou émigrent vers la « civilisation », qui, il ne faut pas l'oublier, fonctionne sur la destruction des « autres » civilisations. Si ces gens ne produisent pas ou ne consomment pas, ils sont excédentaires. Ce qu'on appelle le « phénomène migratoire » est produit et alimenté par le système.

Et une autre crise — sur laquelle nous nous trouvons d'accord avec divers analystes du monde entier — est l'épuisement des ressources qui font marcher « la machine » : les énergétiques. Ce qu'on appelle les derniers « pics » des réserves de pétrole et de charbon, par exemple, sont déjà tout proches. Ces énergies s'épuisent et sont très limitées, leur remplacement prendrait des millions d'années.

L'épuisement prévisible et imminent rend stratégiques les territoires disposant de réserves énergétiques — quoique limitées. Le développement des sources d'énergie « alternatives » est trop lent pour la simple raison qu'il n'est pas rentable, c'est-à-dire que l'investissement n'est pas remboursé rapidement.

Ces trois éléments de cette crise complexe mettent en question l'existence même de la planète.

La crise terminale du capitalisme ? Pas le moins du monde. Le système a montré qu'il est capable de surmonter ses contradictions et même de fonctionner avec et dans celles-ci.

Ainsi, face à ces crises provoquées par le capitalisme lui-même, qui provoque la migration, provoque des catastrophes naturelles, qui s'approche de la limite de ses ressources énergétiques fondamentales (en l'occurrence le pétrole et le charbon), il semble que le système tente un repli vers l'intérieur, comme une anti-mondialisation, pour pouvoir se défendre contre lui-même et il utilise la droite politique comme garante de ce repli.

Cette apparente contraction du système est comme un ressort qui se rétracte pour se dilater ensuite. En réalité, le système se prépare à une guerre. Une autre guerre. Une guerre totale : partout, tout le temps et par tous les moyens.

On construit des murs juridiques, des murs culturels et des murs matériels pour essayer de se défendre contre les migrations qu'ils ont eux-mêmes provoquées ; on tente de refaire la carte du monde, de ses ressources et de ses catastrophes, pour que la gestion des premières assure le maintien du fonctionnement du capital et que les secondes n'affectent pas trop les centres où le Pouvoir se regroupe.

Selon nous, ces murs continueront à proliférer jusqu'à ce que soit construit une sorte d'archipel « d'en haut » où, sur des « îles » protégées, se trouvent les maîtres, disons, ceux qui ont la richesse ; et tous les autres, nous nous retrouvons hors de ces archipels. Un archipel avec des îles pour les patrons, et avec des îles différenciées — comme les fincas — ayant des tâches spécifiques. Et, bien loin, les îles perdues, celles des jetables. Et en pleine mer, des millions de barques errant d'une île à l'autre, à la recherche d'un lieu d'accostage.

Science-fiction de fabrication zapatiste ? Googlez « Bateau Aquarius » et jugez à quel point ce que nous décrivons diffère de la réalité. L'Aquarius s'est vu refuser la possibilité d'accoster un port par plusieurs nations européennes. Pour quelle raison ? La cargaison mortelle qu'il transporte : des centaines de migrants de pays « libérés » par l'Occident au cours de guerres d'occupation et de pays gouvernés par des tyrans avec l'aval de l'Occident.

« L'Occident », symbole de la civilisation autoproclamée, avance, détruit, puis se retire et ferme, pendant que le grand capital continue son négoce : il a fabriqué et vendu les armes de destruction, il fabrique et vend aussi les machines pour la reconstruction.

Et ceux qui prônent ce retrait, c'est la droite politique en plusieurs endroits. C'est-à-dire, les contremaîtres « efficaces », ceux qui contrôlent la peonada et assurent le profit du finquero... bien que plus d'un, une, un·, vole une partie des génisses et taurillons. Et, en plus, ils « fouettent » trop leur population acasillada respective.

Tous ceux qui sont en trop : ou ils consomment, ou il faut les anéantir ; il faut les pousser de côté ; ce sont — comme nous disons — les jetables. Ils et elles ne comptent même parmi les « victimes collatérales » de cette guerre.

Ce n'est pas que quelque chose est en train de changer, c'est qu'il a déjà changé.

Et maintenant utilisons la comparaison avec les peuples originaires parce que, pendant longtemps, dans la phase précédente du développement du capitalisme, les peuples originaires ont été comme oubliés. Auparavant, nous prenions l'exemple des enfants indigènes, qui étaient les non-nés parce qu'ils naissaient et mouraient sans que personne ne les compte, et ces enfants non nés habitaient dans ces régions, par exemple dans ces montagnes qui n'intéressaient personne auparavant. Les bonnes terres (les planadas, on les appelle) ont été occupées par les fincas, par les grands propriétaires terriens, et ils ont poussé les indigènes dans les montagnes, et maintenant il s'avère que ces montagnes ont des richesses, des marchandises que le capital veut aussi, et donc il n'y a nulle part où aller pour les peuples originaires.

Ou ils se battent et défendent, même jusqu'à la mort, ces territoires, ou y n'a pas le choix, bien sûr. Car il n'y aura pas de bateau pour les recueillir quand ils navigueront par tous les temps sur les eaux et les terres du monde.

Une nouvelle guerre de conquête des territoires des peuples originaires est en cours, et le drapeau brandi par l'armée d'invasion porte aussi parfois les couleurs de la gauche institutionnelle.

Ce changement de la machine qui concerne la campagne ou les « zones rurales » et qui ressort d'une analyse même superficielle, se produit également dans les villes ou dans les « zones urbaines ». Les grandes villes ont été réaménagées ou sont en cours de réaménagement, après ou pendant une guerre sans merci contre leurs habitants marginaux. Chaque ville contient beaucoup de villes, mais une seule ville centrale : celle du capital. Les murs qui entourent cette ville sont constitués de lois, de plans d'urbanisation, de policiers et de groupes d'intervention.

Le monde entier se fragmente ; les murs prolifèrent ; la machine avance dans sa nouvelle guerre d'occupation ; des centaines de milliers de personnes découvrent que le nouveau foyer que la modernité leur a promis est une barque en haute mer, le bas-côté d'une autoroute ou un centre de détention pour « sans-papiers » surpeuplé ; des millions de femmes apprennent que le monde est un immense club de chasse où elles sont la proie à capturer, l'enfance est alphabétisée en tant que marchandise sexuelle et main-d'œuvre ; et la nature présente la note en chiffre rouge de la dette prolongée qu'a accumulée le capitalisme au cours de sa brève histoire comme système dominant.

Bien sûr, il manque ce que disent les femmes qui se battent, ceux et celles d'en bas (pour qui, au lieu du glamour des placards entrouverts d'en haut, il y a mépris, persécution et mort), celles qui passent la nuit dans les banlieues populaires et le jour à travailler dans la capitale, les migrant·e·s qui se souviennent que ce mur n'a pas été là de tout temps, les proches des disparu·e·s, assassiné·e·s et emprisonné·e·s qui n'oublient ni ne pardonnent, les communautés rurales qui découvrent qu'elles ont été trompées, les identités qui découvrent leurs différences et passent de la honte à l'orgueil, et tous, toutes les jetables qui comprennent que leur destin n'a pas à être l'esclavage, l'oubli ou la mort mortelle.

Parce qu'une autre crise, qui passe inaperçue, est l'émergence et la prolifération de rébellions, de noyaux humains organisés qui défient non seulement le Pouvoir, mais aussi sa logique perverse et inhumaine. Diverse dans son identité, c'est-à-dire dans son histoire, cette irruption apparaît comme une anomalie du système. Cette crise-là ne compte pas pour les lois de la probabilité. Ses possibilités de persister et de s'approfondir sont minimes, presque nulles. C'est pour ça qu'ils ne comptent pas dans les comptes d'en haut.

Pour la machine, il n'y a pas de quoi s'inquiéter des rébellions. Ils sont peu nombreux, peu nombreuses, au mieux ils arrivent à 300.

Il est certain que cette vision du monde, la nôtre, est incomplète et qu'il y a une très forte probabilité pour qu'elle soit erronée. Mais c'est ainsi que nous voyons le système dans le monde entier. Et de cette évaluation, découle ce que nous voyons et évaluons aux niveaux continental, national, régional et local.

(À suivre)

Traduit de l'espagnol (Mexique) par Joani Hocquenghem, pour la voie du jaguar

Source et texte d'origine : Enlace Zapatista


[1] Une finca est une grande propriété foncière (appelée hacienda dans d'autres régions du Mexique).

DECLARATION DE LA 2e ASSEMBLEE NATIONALE DU CNI

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DÉCLARATION DE LA SECONDE ASSEMBLÉE NATIONALE DU CONGRÈS NATIONAL INDIGÈNE - CONSEIL INDIGÈNE DE GOUVERNEMENT

Aux Réseaux de soutien au Conseil Indigène de Gouvernement

A la Sexta nationale et internationale

Aux peuples du Mexique et du monde

Soeurs, frères :

Depuis la Seconde assemblée plénière du Congrès National Indigène et du du Conseil Indigène de Gouvernement, qui s'est déroulée du 11 au 14 octobre au CIDECI-UNITIERRA à San Cristobal de las Casas, Chiapas, nous nous adressons avec respect aux compañeras et compañeros qui font partie des Réseaux de soutien au CIG, ainsi qu'aux peuples de ce pays et du monde pour nous voir, nous consulter et franchir de nouvelles étapes dans la construction de ce nouveau monde qu'il nous faut.

Nous le disons avec urgence, parce que nous qui sommes peuples originaires, au travers de notre lutte contre la grave maladie causée par le capitalisme, nous tissons la vie, car c'est le devoir que nous avons reçu de nos ancêtres. Celui-ci consiste, pour nous, à construire la vie et la faire croître dans chaque recoin avec espoir, un espoir qui parie sur la mémoire et sur les temps à venir. Nous tissons en collectif en tant que peuples, et au fil de ce travail, nous nous tissons aussi en tant que personnes.

Nous sommes des réseaux au sein de nos localités, où nous cherchons en collectif à n'avoir qu'une seule parole qui soit le reflet de notre terre-mère, de sa vie et du battement de son coeur. Nous sommes des réseaux de réseaux au sein de nos communautés et des régions qui constituent des collectifs de collectifs, là où nous ne rencontrons qu'une seule autre parole, parole qu'entre les nôtres nous écoutons avec attention, parce qu'elle continue à être ce que librement, nous décidons d'être. Cela, c'est notre lutte permanente, et c'est pour cela que cette parole, nous la respectons et nous l'honorons en faisant de celle-ci notre gouvernement, non pas seulement maintenant mais pour toujours, parce que de nos différences, surgit l'accord collectif. C'est-à-dire que de notre être différents nous surgissons comme un seul, comme les peuples que nous sommes, et c'est pour cela aussi que nous honorons nos différences.

Ainsi, lorsque par accord du Cinquième congrès national indigène nous avons décidé de former un Conseil Indigène de Gouvernement, cela ne s'est pas fait en tremblant, ni avec la prétention que tous soient comme nous, ni avec la volonté de dire à qui que ce soit ce qu'il doit faire, mais afin de dire au monde que c'est un mensonge que le gouvernement doive exister afin de détruire, mais qu'au contraire, il doit exister afin de construire. Que c'est un mensonge que le gouvernement doive exister afin de se servir, mais qu'au contraire, il doit exister afin de servir. Il doit être le miroir de ce que nous sommes lorsque nous rêvons de décider de notre destin, et non pas le mensonge qui nous supplante pour dire en notre nom qu'il veut voir tout mourir autour de lui.

Ce que nous tissons, nous l'appelons organisation, et c'est le territoire que nous défendons, la langue que nous parlons et que nous refusons de perdre, l'identité que nous n'oublions pas et que nous faisons croître avec la lutte. Mais il se trouve que c'est aussi cela que les possesseurs de l'argent ont besoin, pour le détruire et le convertir en encore plus d'argent, pour le transformer en marchandises, par le biais de l'exploitation, de la pauvreté, de la maladie et de la mort de nombreuses autres millions de personnes qui ne sont pas de nos peuples, et qui vivent dans les villes et à la campagne. C'est-à-dire que ce n'est pas vrai non plus que la mort, la répression, la spoliation et le mépris ne nous concerne que nous, les peuples originaires.

C'est pour cela qu'exercer l'autonomie au travers de nos formes ancestrales d'avancer en nous questionnant, est l'unique porte afin de pouvoir continuer à faire de la vie notre chemin sans rémission, vu qu'au-dehors, tout s'est mis en place pour assurer la terreur et le profit des puissants. Dans ce contexte, il n'y a aucune possibilité de stopper, ou ne serait-ce que de freiner l'accumulation capitaliste basée sur notre extermination, même si leurs lois viciées reconnaissent notre libre détermination. Cela ne sera possible qu'une fois démantelée la finca, la grande propriété, l'usine, le camp de concentration ou le cimetière en quoi ils ont transformé notre pays et notre monde.

Le Conseil Indigène de Gouvernement est la manière d'honorer nos différences, afin d'y rencontrer la parole dans laquelle nous nous reflétons, et qu'elle soit un véritable gouvernement. L'autre, ce qu'en-haut ils appellent l'Etat mexicain, n'est rien d'autre qu'un mensonge fait pour imposer, réprimer et occulter la mort qui nous déborde déjà, rendant la tromperie évidente. C'est-à-dire : ce n'est rien de plus qu'une bande de voleurs qui font semblant d'être institution de droite ou de gauche. Dans un cas comme dans l'autre, ils portent la guerre en eux, et ils ont beau la maquiller, celle-ci aussi les déborde, parce que le patron, c'est le patron.

Mais en bas, nous ne pouvons rien faire d'autre que de défendre la vie, avec ou sans les mensonges du gouvernement sortant et du gouvernement sur le point d'entrer en fonction, parce que les belles paroles sont inutiles, lorsque sont menacés les peuples Binniza, Chontal, Ikoots, Mixe, Zoque, Nahua et Popoluca de l'isthme deTehuantepec par leurs projets transisthmiques et l'expansion des Zones Economiques Spéciales, ainsi que les peuples Mayas, avec leur projet de train capitaliste qui spolie et détruit la terre à son passage. Les belles paroles sont inutiles, face à l'annonce de la plantation d'un million d'hectares d''exploitation arboricole et forestière dans le sud du pays, face à l'illégale et vicieuse consultation pour la construction du Nouvel aéroport de la ville de Mexico, ou face à l'offre faite afin que continuent à investir les entreprises minières qui ont obtenu la concession de grandes extensions des territoires indigènes. Les belles paroles sont inutiles, lorsque sans consulter nos peuples, le futur gouvernement impose la création, suivant le style du vieil indignénisme, de l'Institut National des Peuples Indigènes, dirigé par les déserteurs de notre longue lutte de résistance.

Les belles paroles sont inutiles, lorsque nous voyons le cynisme avec lequel sont cédés les peuples du Mexique aux intérêts des Etats-Unis par le biais du Traité de Libre Commerce. Le même traité que promet de ratifier le futur gouvernement de López Obrador, qui durant l'un de ses premiers discours n'a pas hésité à ratifier la continuité de la politique monétaire et fiscale actuelle. C'est-à-dire la continuité de la politique néo-libérale, qui sera garantie à travers l'annonce du fait que les corporations militaires resteront présentes dans les rues, et avec la prétention de recruter pour cela cinquante mille jeunes pour intégrer les files armées qui ont servi à réprimer, spolier et semer la terreur dans toute la nation.

Nous avons été trahis, lorsque nos exigences étaient d'arrêter cette guerre et que les droits des peuples indigènes soient reconnus dans la constitution mexicaine au travers de leur traduction par le biais des Accords de San Andrés, parce que le patron que nous ne voyons pas, et qui est celui à qui obéissent ceux qui disent gouverner, a ordonné que soient jetées par-dessus nous de nombreuses lois rendant légal le fait de nous voler la terre par la violence, ainsi que des programmes pour nous diviser et faire que nous nous battions entre nous, et semer le mépris et le racisme dans toutes les directions. Les belles paroles sont donc inutiles, lorsqu'avec cynisme, ils parlent de reconnaître les Accords de San Andrés ou notre libre détermination au sein de leurs lois pourries jusqu'à la moelle, sans même toucher à l'engrenage capitaliste assassin que représente l'Etat mexicain.

Si étaient approuvés les Accords de San Andrés dans le contexte actuel, avec encore en vigueur les réformes successives de l'article 27 de la constitution, qui ont transformé la terre en marchandise et qui ont mis les richesses du sous-sol à disposition des grandes entreprises ; sans en finir avec les régimes de concession des eaux, des activités minières, des biens nationaux et des hydrocarbures ; sans imposer de limites au pouvoir impérial, en dérogeant au Traité actuel de Libre Commerce et en limitant sérieusement les grandes corporations multinationales ; sans détruire le contrôle exercé par les grands cartels criminels soutenus par les corporations militaires sur nos territoires ; ce serait, pour nous, vivre dans le meilleur des cas une grossière illusion, nous occultant l'attaque exercée par l'argent contre nos peuples.

Nous, au sein du Congrès National Indigène - Conseil Indigène de Gouvernement, nous n'avons aucun doute, et nous ne serons partie prenante d'aucune transformation exponentielle du capitalisme qui, au travers de leurs pratiques pleines de vices, porte son regard sur nos territoires. Nous ne serons pas partie prenante de leur mensonge, avide de notre sang et de notre extermination.

C'est la raison pour laquelle nous passons l'accord de continuer à construire l'organisation qui se transforme en son propre gouvernement, autonome et rebelle, avec des compañeras et des compañeros d'autres géographies, afin de rompre de manière collective l'inertie qu'ils nous imposent, pour distinguer entre tous d'où vient la tempête, et au milieu d'elle ne pas cesser de tisser, jusqu'à ce que notre tissu se joigne avec les autres qui surgissent de tous les recoins du Mexique et du monde afin qu'ils se fassent conseils et qu'ensemble, nous soyons conseil de gouvernement avec les réseaux de soutien au CIG. Qu'ils se dédoublent avec leurs propres formes et leur propre identité, à la campagne et à la ville, sans se soucier des frontières.

Nous prenons l'accord de consulter nos communautés, peuples, nations, tribus et quartiers sur les formes et les manières de construire aux côtés des réseaux de réseaux, qu'ils soient petits ou grands, une coordination à même de nous enrichir par le soutien et la solidarité, qui fasse de nos différences notre force en réseaux de résistance et de rébellion, par la parole qui nous rassemble en un seul, de manière respectueuse et horizontale.

Et comme c'est de fait notre manière de procéder, chaque étape dépend de ce qu'à la base même nous accordons, raison pour laquelle nous ferons connaître ces résolutions dans nos régions d'origine afin que soit obtenu un consensus, et que la parole collective qui nous fait être ce que nous sommes nous marque le rythme, la manière et la direction.

Nos pas dépendront également de ce qu'en collectif décideront à la base même les autres hommes et femmes, instituteurs, étudiants, femmes, travailleurs de la campagne et de la ville. De tous ceux qui, au milieu de la guerre capitaliste, ont aussi décidé de tisser l'organisation qui mette un terme à la mort et la destruction dans laquelle les capitalistes ne voient qu'une source de profits. Si c'est leur décision, depuis en-bas et de manière autonome, nous les appelons à réaliser avec sérieux et engagement une consultation à l'intérieur de leurs organisations et de leurs collectifs, pour décider s'il est pour vous nécessaire ou non de former votre Conseil de Gouvernement.

Si c'est votre décision, suite à notre appel à faire trembler les entrailles de la terre par l'organisation d'en-bas à gauche, vous pourrez alors toujours compter sur notre parole compañera, désinteressée et solidaire. Compañer@s, ce ne seront pas des étapes faciles, ni rapides, mais nous sommes convaincus que de profondes brèches naîtront afin de démanteler le pouvoir d'en-haut.

Au moment approprié, et en accord avec [le résultat de la] consultation que nous réalisons au sein de nos communautés, le CNI - CIG discutera de l'incorporation à quelque chose de plus grand, qui soit capable d'incorporer nos luttes, réflexions et identités. Quelque chose de plus grand qui se renforce des visions, manières, formes et rythmes de chacun.

Soeurs, frères, cela constitue notre parole collective, qui continue à appeler à l'organisation d'en-bas afin de défendre la vie, et nous soigner aux côtés de notre mère la terre.

Depuis le CIDECI-UNITIERRA, San Cristóbal de las Casas, Chiapas

14 octobre 2018

Pour la reconstitution de nos peuples
Jamais plus un Mexique sans nous

Congrès National Indigène
Armée Zapatiste de Libération Nationale