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Femmes zapatistes et femmes du monde: un petit pas pour les femmes, un grand pas pour l’humanité

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Du 8 au 11 mars dernier, à l’occasion de la Journée Internationale de la Femme, dans un des territoires récupérés depuis les premiers jours de janvier 1994 par l’EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale) plus de sept mille femmes se sont retrouvées au sein de la « Première rencontre internationale politique, artistique, sportive, culturelle des femmes qui luttent », organisée par les femmes zapatistes et interdite aux hommes.

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Texte et photos par Ophélie Parent
Un événement entre femmes, réservées aux femmes, n’avait encore jamais eu lieu en territoire zapatiste. Certaines rencontres entre femmes zapatistes et femmes métisses des villes avaient jadis provoqué de fortes ruptures. C’est ainsi qu’à l’ouverture de la rencontre, l’Insurgée Erika, du grade de Capitaine Insurgée d’Infanterie, donna le ton :
« Parce que ce ne sont pas que les hommes, il y a aussi des femmes des villes qui nous méprisent parce que nous ne savons pas de la lutte des femmes, parce que nous n’avons pas lu les livres dans lesquels les féministes expliquent comment doivent être les choses et toutes ces choses qu’elles disent et critiquent sans savoir comment est notre lutte ».
« De tout ce que nous verrons et écouterons, nous saurons prendre ce qui nous aide pour notre lutte en tant que femmes zapatistes que nous sommes, et ce qui ne nous aide pas, eh bah non. Mais nous, nous ne jugerons personne. Nous ne dirons pas que telle chose est bien ou mal. Nous ne vous avons pas invitées pour vous juger. Pas non plus pour rivaliser. Nous vous avons invitées pour que nous fassions connaissance, comme des personnes différentes mais égales. »

Ces paroles retentirent dans les esprits, elles furent reçues par de nombreux cris de soutien des femmes présentes : à ce moment précis la Capitaine Insurgé Zapatiste avait posé une exigence qui fut, à quelques exceptions près, respectées du début à la fin de la rencontre. Les entretiens réalisés le montrent, toutes les femmes interviewées témoignent du sentiment de sororité qu’elles ressentaient :
« J’ai du mal à trouver les mots, on sent une solidarité et une sororité si forte » me disait une Française.
Quelques minutes plus tard j’enregistrais ma conversation avec une jeune Américaine du Texas : « De voir toutes ces femmes venues du monde entier, qui marchent vers le même objectif c’est vraiment très puissant »
Deux sœurs mexicaines de la ville de Guadalajara ajoutaient « Il y a des femmes de partout, des femmes très différentes, et pourtant, on sent que l’on peut être comme on a envie d’être, on campe, on est mal coiffées, mal habillées mais on ne se sent pas jugées ».
« Je crois qu’il va me falloir plusieurs jours après la rencontre pour réaliser ce qu’il se passe et pour pouvoir l’exprimer » me disait une jeune femme grecque. En effet, pour n’importe quelle femme présente, les mots manquaient et ne suffisaient pas pour rendre compte de ce que nous étions en train de vivre à ce moment-même.


Le premier jour, les femmes zapatistes se mirent en scène pour nous délivrer leur message, nous parler de leur résistance contre le capitalisme et de leur lutte contre le machisme : elles ont joué plusieurs pièces de théâtre qui, pour certaines scènes, auraient mis mal à l’aise les plus prudes et n’auraient jamais pu avoir lieu en présence d’hommes. Elles ont aussi chanté, récité des poèmes, joué du violon, de la guitare, de l’accordéon, elles nous ont raconté leur vie, leur lutte, leurs obstacles, leurs difficultés, les violences des hommes envers les femmes autant que les violences des femmes envers les femmes.
Les femmes zapatistes nous ont montré leurs talents artistiques mais également leur génie en termes d’organisation. Nous sommes arrivées le 7 au soir et nous sommes reparties le 11 à l’aube, durant ces trois jours les incidents se sont comptés sur les doigts de la main alors que nous étions plus de 7 000 femmes à occuper l’espace.
« C’est incroyable »
« Je n’arrive pas à y croire »
« C’est magnifique »
La poésie des discours des femmes zapatistes aux messages de respect, et de tolérance font couler les larmes des femmes qui les écoutent. Les zapatistes savent comment se communiquer au reste du monde, par leur humilité elles touchent les sentiments les plus profonds de celles qui veulent croire en un monde meilleur. Cependant, la beauté du discours n’enlève rien au message qu’il sous-tend : les femmes zapatistes dénoncent les massacres et génocides effectués envers les peuples originaires, le dépouillement de leurs territoires au profit des entreprises multinationales qui exploitent les terres et les ressources naturelles aussi bien que les humains, elles dénoncent également la corruption, la spéculation financière, les partis politiques, bref, ce qu’elles appellent « le capitalisme ».

Pour les peuples indigènes en résistance, perpétuellement expulsés ou soumis au risque d’expulsion de leurs terres au profit de tous types de projets : miniers, de tourisme, d’éco-tourisme, de parcs naturels, le dit « développement », qu’il soit économique ou durable, représente une menace pour leur santé, pour leur culture, pour leur vie. Ce message des peuples originaires en lutte avait dernièrement été remis au grand jour au Mexique par la pré-campagne de la porte-parole du Congrès National Indigène (CNI) : Maria de Jesus Patricio Martinez, surnommée Marichuy, également présente à cette Rencontre organisée par les femmes zapatistes.
De la même façon que Maria de Jesus Patricio l’avait répété durant ses mois de pré-campagne, pour les femmes zapatistes la seule façon pour survivre est de faire tomber le système capitaliste et elles n’ont aucun doute sur les moyens à adopter, leur message est clair : ORGANIZATE, organise-toi, organisez-vous !
Depuis leur soulèvement le 1er janvier 1994, les zapatistes ont peu à peu construit leur autonomie. Sur des territoires récupérés appelés « Caracoles », se trouvent les « Gouvernements autonomes zapatistes », ils sont au nombre de cinq, dispersés dans l’état du Chiapas, au sud-est du Mexique. Cela fait maintenant vingt-quatre ans que les zapatistes construisent leur autonomie en développant leur propre système politique, économique, éducatif et de santé sur des bases essentiellement collectives. Cependant, les femmes zapatistes n’échappent pas au machisme au sein de leurs communautés et vivent également, au même titre que les autres femmes du Mexique et du reste du monde, la violence d’un système capitaliste basé sur l’idéologie du patriarcat.
A ce titre et face à l’augmentation des violences faites envers les femmes, l’organisation des femmes au niveau international était devenue nécessaire et les femmes zapatistes ont, une fois de plus, fait preuve d’une grande innovation en rassemblant femmes organisées et non organisées, féministes et non-féministes du Mexique et du monde.


Les deux jours suivant la journée d’ouverture, des centaines d’ateliers avaient lieux simultanément dans tout le Caracol, ces ateliers avaient été proposés auparavant par différents collectifs suite à l’appel que les femmes zapatistes avaient passé le 29 décembre dernier à travers leur page internet[1]. La diversité caractérisait les ateliers, autant que les femmes qui y participaient, femmes de tous les continents, elles partageaient leurs expériences par le biais de danses, de chants, de musique, de théâtre, de discussions.
Femmes du monde et femmes zapatistes ne faisaient qu’un :
«Esta muy bien conocer a otra gente »
“C’est très bien de connaître d’autres personnes” j’entendais un soir une femme zapatiste dire à une de ses amies. Jamais aucune d’entre nous n’avais vu autant de sourires, en passant du rire aux larmes les femmes partageaient entre elles, leurs douleurs mais aussi leurs rêves, leurs peines mais aussi leur joie à travers l’espoir, et l’espérance, qu’un jour, quelque part, ensemble, nous réussirons à vivre libre, sans violence, comme ces quelques jours où le temps s’est arrêté et où ensemble, le temps d’un instant, nous avons pu sentir la force du « oui c’est possible ».
« Et ce que nous avons besoin c’est que plus jamais aucune femme, quel que soit son monde, sa couleur, sa taille, sa langue, sa culture, n’aie peur. Parce que nous savons bien ici que quand on dit « Ça suffit », c’est qu’à peine commence le chemin »
Le 8 mars, alors que la nuit était déjà tombée, les femmes zapatistes ont allumé des milliers de bougies, autant de lumières que nous étions chargées d’amener avec nous chez nous, sur nos propres géographies et de les offrir à nos amies, à nos mères, à nos sœurs, sœurs du Mexique et du monde :
« Apporte (cette lumière) aux disparues. Aux assassinées. Apporte-la aux prisonnières. Apporte-la aux femmes violées. Apporte-la aux femmes frappées. Apporte-la aux femmes harcelées. Apporte-là aux femmes violentées de quelque forme que ce soit. Apporte-la aux migrantes. Apporte-la aux exploitées. Apporte-la aux femmes tuées. Apporte-leur et dis-leur à toutes et à chacune d’entre elles qu’elle n’est pas seule, que tu vas lutter pour elle. Que tu vas lutter pour la vérité et la justice que mérite sa douleur. Que tu vas lutter pour que la douleur qu’elle porte ne se reproduise plus jamais pour quelque femme que ce soit, dans le monde que ce soit.»
Du 8 au 11 mars 2018 les femmes zapatistes ont été réalistes et ont réalisé l’impossible.
Elles nous ont emplie de force, de lumière et d’espoir,
Gracias hermanas zapatistas y del mundo.
“ET PEUT-ÊTRE, QUAND ON VOUS DEMANDERA CE QUE VOUS AVEZ DÉCIDÉ, VOUS DIREZ QUE VOUS AVEZ DÉCIDÉ DE VIVRE,
ET COMME POUR NOUS LES FEMMES, VIVRE C’EST LUTTER, NOUS AVONS DÉCIDÉ DE LUTTER,
CHACUNE A NOTRE FAÇON, EN FONCTION DE NOTRE PROPRE LIEU DE VIE ET DE NOTRE PROPRE TEMPORALITÉ »


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