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Marichuy, Le visage des sans Visages!

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Marichuy le visage des sans visages


traduction carolita d'un article paru dans Desinformémonos le 13 novembre 2017 : 

Coïncidant avec une étape historique pour les peuples indigènes mexicains et pour l'EZLN, nous sommes entrés sur leur territoire en accompagnant Marichuy, la première femme indigène à aspirer à la présidence de la République mexicaine, grâce à des années de coordination et de travail.
En 1994, la veille du Nouvel An, le monde entier s'est réveillé surpris avec un cri "Ya Basta "qui résonnait avec le jour et parcourait vallées, montagnes et océans jusqu'au dernier coin de la planète. C'était la voix d'un groupe de peuples indigènes qui avait perdu la peur et s'était levé en armes pour envoyer un message à l'humanité depuis
une petite chaîne de montagnes du sud du Mexique.
À une époque où la gauche européenne assumait encore la défaite de la guerre froide, la mondialisation, dernière phase du capitalisme, arrivait au Mexique dans le cadre de l'accord de libre-échange avec les États-Unis. Face à cette situation, qui menaçait les dernières failles de leur souveraineté, un groupe de guérilleros indigènes prit le contrôle des villes voisines. Mais non seulement ils se révoltèrent contre le cacique local qui leur prit la terre, cette armée de va nu pieds, cette légion affamée dont parlait l'international, voulut changer le monde.
Aujourd'hui, plus de 20 ans plus tard, peu importe la génération à laquelle elle appartient ou la partie du monde dans laquelle elle est née; si on l'appelle "1er janvier 1994", la référence au zapatisme est inévitable. Cela fait l'histoire.
Mais changer le monde ne demande pas un jour de travail. Que reste-t-il de ce mouvement qui a fait la une des journaux et suscité de longs débats au-delà de la gauche?
De même que les acquis et les échecs d'une révolution ne peuvent pas être analysés si ce n'est dans leur contexte, il n'est pas possible de savoir ce qui reste du soulèvement zapatiste sans connaître la réalité des communautés indigènes du Chiapas.
C'est pour cette raison, et en même temps qu'une étape historique pour les peuples indigènes du Mexique et de l'EZLN, que nous sommes entrés sur leur territoire en accompagnant Marichuy, la première femme autochtone à aspirer à la présidence de la République mexicaine, fruit d'années de coordination et de travail.
Qu'est-ce qui se cache derrière cette candidature?
Le Congrès national indigène (CNI) a été constitué en octobre 1996, en tenant compte des demandes formulées par l'EZLN au gouvernement mexicain la même année dans les accords de San Andrés, qui n'ont jamais été pris en compte. Face à cette attitude du gouvernement, les indigènes pauvres du Chiapas se sont lassés d'attendre. Ainsi, ils ont commencé à construire leur propre autonomie par en bas, en dehors des institutions qui ne les avaient jamais pris en compte, et dont ils n'attendaient plus rien. Le Congrès a été créé le 12 octobre, coïncidant avec l'anniversaire de la "découverte de l'Amérique", qui n'était en réalité que le début de la colonisation dont ils souffrent encore aujourd'hui. Rien n'est le fait du hasard. Chaque date, comme chaque mot, est soigneusement choisi et cache un symbolisme subtil qui donne de l'identité au mouvement, de la pipe du sous-commandant, des caracoles ( escargots) lents mais sûrs, et bien sûr, du passemontagne.
Le CNI est né pour apporter cette autonomie à tous les peuples indigènes du Mexique, en essayant d'être leur foyer, c'est-à-dire un espace qui servirait aux peuples indigènes pour s'organiser et se solidariser autour de leurs luttes de résistance et de rébellion, avec leurs propres formes de représentation et de prise de décision.
Dans la pratique, il s'agit d'une assemblée de travail qui se réunit de manière exceptionnelle lorsqu'il y a des questions spécifiques à traiter. Chaque peuple autochtone envoie le nombre de délégués qu'il veut (ou peut) et les décisions sont prises par consensus, ce qui peut prolonger les assemblées de plusieurs jours. Dans ces conditions, chaque réunion se tient généralement dans un état différent pour faciliter la participation. Néanmoins, les personnes qui composent le CNI n'ont pas toujours la possibilité d'envoyer des délégués à chaque réunion. Pour arriver à celle à laquelle nous avons assisté, par exemple, il y a ceux qui ont voyagé 7 heures pour rejoindre la ville la plus proche de leur communauté; de là, où il est possible de prendre les transports en commun, 10 heures de plus en bus jusqu'à Tuxtla, la capitale du Chiapas; et enfin, une heure de plus en bus jusqu'à San Cristóbal.
Lors de la cinquième assemblée du CNI, qui s'est tenue en octobre de l'année dernière, il a été convenu de former le Conseil Indigène de Gouvernement (CIG). La différence la plus fondamentale entre le CNI et le CIG est que ce dernier se compose de deux conseillers permanents (une femme et un homme) de chacun des peuples, élus par les communautés.C'est quelque chose comme un organe représentatif, au lieu d'une assemblée de travail; qui est cependant gouverné par les sept principes zapatistes du bon gouvernement: servir et ne pas se servir, représenter et ne pas supplanter, construire et ne pas détruire, obéir et ne pas commander, proposer et ne pas imposer, convaincre et ne pas vaincre, descendre et ne pas monter.
Face au mauvais gouvernement, l'exemple de l'autonomie indigène
La tournée du CIG sur le territoire zapatiste a fourni à l'EZLN une fenêtre ouverte sur le Mexique et le reste du monde. La preuve en est la logistique préparée pour les "médias nationaux et internationaux, gratuits et payants", comme cela est répété dans les remerciements à la participation à chaque événement politique.
En plus des près de 500 délégués du CNI, les 8 autobus qui composent la caravane se déplacent lentement le long des chemins de terre, soit 153 conseillers du CIG, représentants de 76 villages sur les 93 existant dans la nation mexicaine.
La campagne électorale n' a pas encore commencé, mais la candidature du CIG a déjà préparé sa première tournée. Ce n'est pas par hasard qu'elle se trouve au Chiapas, car c'est une référence pour le mouvement indigène. Et pour les mois à venir, des préparatifs sont déjà en cours pour le passage dans d'autres États mexicains.
Maria de Jesús Patricio Martínez est une indigène Nahua, originaire de Tuxpán, Jalisco, bien qu'elle soit connue sous le nom de Marichuy (diminutif au Mexique de son nom). Elle a 53 ans et a consacré toute sa vie à la médecine traditionnelle.
Mais en plus de cela, elle a été la seule femme indigène des 48 candidats indépendant à la présidence du Mexique au cours des derniers mois. Les élections de 2018 sont les premières élections au cours desquelles on lui permet d'opter pour cette position sans être soutenue par un parti politique. La condition est d'avoir 866 593 signatures de soutien dans au moins 17 des 36 états qui composent le pays. Ce chiffre stupéfiant, divisé par le délai de 120 jours, donne un total de 7 200 signatures par jour. Cela rend pratiquement impossible de devenir candidat et laisse tous les candidats en dehors du jeu, à l'exception de ceux qui sont déjà connus du public, comme les cas de Jaime Rodriguez Calderon, gouverneur de l'État du Nuevo Leon, le sénateur Armando Rios Piter et l'ex première dame Margarita Zabala, par exemple. Marichuy, par contre, part de zéro. Elle est aussi une sans visage, même si elle ne porte pas de passemontagne. Être femme et indigène, c'est être doublement invisible. Mais les femmes indigènes mexicaines s'organisent depuis des années, et la candidature du CIG est là pour le prouver.
De plus, l'INE a mis en place des obstacles supplémentaires auxquels ils ne s'attendaient pas. La collecte des supports devrait être faite exclusivement par des smartphones, en photographiant les pièces d'identité valides des signataires et leurs empreintes digitales. Ainsi, les signatures ne sont calculées qu'après avoir été envoyées par Internet à l'INE lui-même, un processus qui, selon l'agence, devrait prendre 4 minutes et 30 secondes et qui, selon le groupe de soutien du CIG, a duré plusieurs heures dans certains cas.
Lors d'un des arrêts de la tournée, la porte-parole dénonce qu'ils ne peuvent prendre ces photos qu'au milieu de la journée, car l'obscurité de l'après-midi nécessite une lampe qui émet une lumière de qualité. Une lampe! L'INE exige des signataires qu'ils aient un smartphone, quand ceux-ci n'ont même pas un accès facile à une lampe.
Si cela ne suffisait pas, le CIG a déjà annoncé qu'en cas d'obtention de garanties, elle rejetterait la part correspondante des 42 millions de pesos (presque deux millions d'euros) que l'administration réserve à la campagne des candidats qui relèvent le défi difficile.
Cela peut être difficile à comprendre, surtout si l'on considère le coût personnel et économique qui sera supporté par les peuples autochtones, dont 77% vivent en dessous du seuil de pauvreté au Mexique, selon CONEVAL. 
Mais les échelles qui mesurent l'indice de pauvreté sont des normes occidentales, et ce dont les peuples indigènes ont besoin, ce n'est pas d'un téléphone portable de dernière génération, ni même d'une lampe. Cela signifie simplement que le pillage du capital sur son territoire doit cesser et que ses formes d'organisation et d'autonomie doivent être reconnues. "Nous ne prendrons rien qui leur appartient. On va juste récupérer ce qui est à nous. Nous étions ici avant eux et nous exigeons que nous soyons respectés", chante un représentant du CNI devant les milliers d'autochtones qui écoutent en silence l'acte politique du caracol d'Oventic. Plus d'un siècle plus tard, la devise, comme l'ennemi, reste la même:"Terre et liberté."
Le temps est venu pour la femme indigène
Pour lancer cette aventure, le 12 octobre a été choisi une fois de plus, quand l'assemblée entre le CNI et le CIG, qui a duré jusqu'au lendemain à San Cristóbal de Las Casas, a commencé. Les installations du CIDECI-Unitierra, qui le reste de l'année servent de centre universitaire pour l'éducation non formelle (et qui ont été construites pour la formation de la communauté indigène sous les auspices de l'évêque Samuel Ruiz), ont accueilli plus de 600 personnes de tout le Mexique.
La tournée a débuté la nuit du vendredi 13. Plusieurs bus et voitures ont commencé à rouler à trois heures du matin pour arriver à l'heure au premier arrêt le lendemain: Guadalupe Tepeyac. Bien qu'il soit vrai que cette commune n'est pas zapatiste, elle ne manque pas de pertinence dans l'histoire du mouvement.
En août 1994, l'EZLN a inauguré ici le premier Aguascalientes, en le déclarant siège de la Convention nationale indigène. Des mois plus tard, le 9 février 1995, cet Aguascalientes a été détruit par les forces armées mexicaines, qui cherchaient à capturer le sous-commandant Marcos, forçant la société civile à se réfugier dans les montagnes. Leur destruction a conduit à la création de 5 nouveaux Aguascalientes: La Realidad, Morelia, La Garrucha, Roberto Barrios et Oventic; aujourd'hui connue sous le nom de Los Caracoles. Cet arrêt était aussi le plus proche de La Realidad, le seul caracol que la tournée n' a pas fréquenté, en raison de l'accès difficile. Les autres, en revanche, ont reçu la candidate et les délégations du CNI-CIG, ainsi que la ville touristique de Palenque.
A différents endroits sur le chemin, les signes emblématiques mettent en garde:"Ici, le peuple règne et le gouvernement obéit". En arrivant à chaque arrêt, nous sommes accueillis par des milliers de personnes qui chantent diverses chansons et Marichuy est accompagnée sur scène par des miliciens de l'armée zapatiste, à cheval, à moto ou à pied, formant de longs couloirs agrippés par les coudes.
Les discours, auxquels participent plusieurs représentants du CIG, des responsables locaux des Conseils de Bon Gouvernement et des commandants de l'EZLN, durent jusqu'au soir. Ça n' a pas d'importance. Le microphone passe de main en main sans hâte. Peu importe les heures de retard des actes par rapport à leur horaire. Qu'il pleuve ou que le soleil brûle, les gens attendent toujours leur candidate. Pour finir la partie politique, les événements culturels suivent. Les jeunes et les personnes âgées interprètent des chansons, dansent et jouent  des scènes de théâtre ensemble. A la dernière heure, et pour ceux qui ont encore de la force, la musique joue jusqu'à l'aube.
Et c'est qu'au-delà du contenu politique, chaque arrêt de la caravane dans un caracol est un grand événement social auquel viennent les habitants des communautés voisines, se mêlant aux insurgés qui profitent de cette parenthèse dans leur clandestinité pour danser quelques danses sous les étoiles du ciel du Chiapas. Cependant, la loi sèche proposée par le zapatisme est strictement respectée, ce qui contraste avec les fêtes auxquelles nous sommes habitués, où l'alcool occupe une place centrale.
Quant au contenu des discours, ils ne se sont pas limités à la candidature. Des milliers de personnes disparues ont été rappelées au mauvais gouvernement mexicain, avec une mention spéciale aux 43 d'Ayotzinapa et l'assassinat, le 2 mai 2014, du camarade zapatiste Galeano.
Une autre des grandes exigences était d'arrêter la destruction de l'environnement. Des femmes de différentes communautés ont pris la parole pour dénoncer les mégaprojets qui inondent le pays: mines, barrages, complexes hôteliers, industrie du bois, grands barrages hydroélectriques, etc. Il est également précisé que leur discours va au-delà de la question indigène, il s'adresse au monde. Les peuples autochtones sont pleinement conscients que l'oppression à laquelle ils sont confrontés n'est pas un problème isolé, mais le dernier maillon du capitalisme qui nous asservit tous.
Nous pouvons ici apprécier le courage dont ils font preuve: c'est émouvant de voir que, même s'ils sont la partie oubliée de la société, ils sont capables de se souvenir d'eux tous. Le 19 octobre, lors de la cérémonie de clôture de la tournée à Oventic, quelques mots ont été dédiés à Santiago Maldonado, le camarade argentin récemment assassiné par l'Etat alors qu'il participait aux protestations mapuches.
Mais ce qui nous a le plus frappés, c'est la présence des femmes dans les actes. Bien que nous ayons dû attendre la fin de la tournée pour le confirmer, le deuxième jour, c'était clair: toutes les interventions publiques, pendant les cinq jours, ont été faites par des femmes. Aucun homme n' a participé à aucun événement politique et culturel. Les femmes, en plus de quelques mentions des luttes LGTB, ont également été au centre de tous les discours. Bien qu'il s'agisse d'une image encourageante, il ne faut pas oublier que la réalité des femmes autochtones est très différente de celle que reflètent ces femmes cagoulées microphone en main. Les femmes autochtones souffrent d'une triple oppression: en raison de leur race, de leur sexe et de leur pauvreté. Elles n'hésitent pas, le capitalisme va de pair avec le machisme et il faut mettre fin aux deux.
Ce que nous avons également pu vérifier en tout lieu, c'est l'illusion que les indigènes se sont déposés en Marichuy, qu'on appelle généralement la porte-parole. Une bonne position pour ceux qui ont la tâche de donner la parole à ceux qui ne l'ont jamais eu auparavant.
Parce que Marichuy n'est pas seulement une politicienne de plus parmi ceux qui, tout au long de l'histoire, se sont consacrés à ignorer ou à tromper les peuples autochtones. Elle parcourra également le Mexique lors d'une campagne, mais contrairement au reste de la campagne, elle ne distribuera pas de T-shirts, de stylos et de promesses. Elle le fera en semant des espoirs, en coordonnant les luttes et en réaffirmant les processus de souveraineté. Parce que pour le Mexique d'en bas, la candidate et le projet d'auto-organisation derrière elle sont un espoir de poursuivre la lutte.
Bien que la présidence soit loin d'être achevée, le Mexique reste le pays le plus bas (au sud de l'empire). Et le costume et la cravate libérale ne représenteront jamais ou ne pourront jamais représenter les Mexicains d'en bas: femmes, indigènes et pauvres. Marichuy, d'autre part, comme chante la cumbia accrocheuse qu'ils lui ont dédiée, est "de la couleur de la terre, anticapitaliste au coeur".
Tout ce qu'il reste peut-être, c'est que ce Mexique métis regarde sa peau et se rappelle d'où il vient. Et ce matin-là, ils nous surprennent encore une fois avec un "Ya Basta! qui résonne dans le monde entier.